Interdit de tournage depuis 2010, Jafar Panahi continue de filmer dans la clandestinité. Sacré Palme d’Or à Cannes en mai dernier, son film Un simple accident sort aujourd'hui dans les salles. Rencontre avec un cinéaste, symbole de la résistance face à l’Iran des mollahs.
En décrochant la Palme d’or en mai dernier, Jafar Panahi a changé de statut. Il n'est plus seulement un cinéaste empêché, rusant avec les interdits. Un simple accident renverse la table et change le regard sur l’Iran – sans slogan, par la simple force de sa mise en scène. Trente ans après sa Caméra d’or pour Le Ballon blanc, Panahi impose son cinéma de résistance devenu populaire. Avec sa force tranquille, comme jamais entamé par les épreuves, il nous fait le récit d'une fabrication clandestine.
PREMIÈRE : Comment se passe au quotidien un tournage où tout peut s’arrêter à tout moment avec le risque de se retrouver de nouveau en prison ?
Jafar Panahi : On est dans un état de stress permanent. Dès que quelqu’un passe tout près de nous, on est déconcentrés, on se demande qui c’est, s’il vient nous espionner pour nous dénoncer. Cette pression est la même chaque matin et ne s’arrête jamais.
Tourner des films dans la clandestinité vous met aussi au défi de trouver des acteurs qui soient prêts à accepter les risques que cela implique...
Les interprètes d’Un simple accident sont des gens que j’ai croisés par hasard ou que j’avais déjà dirigés, comme Vahid Mobasseri, l’interprète du personnage principal, qui était déjà présent dans Aucun ours… et qui s’avère être aussi le propriétaire de mon appartement ! (Rires.) C’est en fait à chaque fois une histoire différente. Par exemple, un jour, je suis allé voir une pièce mise en scène par un ami, un spectacle original avec une lecture en parallèle de la représentation. Et je n’ai pas du tout regardé les acteurs qui jouaient mais celle qui lisait. À la fin, je suis allé lui dire que j’aimerais lui confier un rôle. Elle m’a dit : « Mais vous ne m’avez pas vue jouer ! » Et je lui ai répondu : « C’est exactement pour ça que je vous choisis. » (Rires.)
Vous avez le sentiment d’être devenu un symbole ?
Depuis mon retour, énormément de familles de prisonniers sont venues me voir chez moi et j’en suis aussi profondément touché qu’honoré. Je ne sais pas si je suis un symbole, mais j’ai une certitude : avec Un simple accident, j’ai réussi à passer du « je » au « nous ».
On se demandait ce qui allait se passer lorsque vous retourneriez en Iran. Avez-vous la sensation que cette Palme vous a mis une cible dans le dos ?
Non, à l’inverse, jusqu’ici, elle m’a plutôt protégé, grâce à l’impact qu’elle a eu dans l’ensemble de la population. Ça a commencé le jour de mon retour, à l’aéroport, où énormément de gens sont venus m’accueillir. Il y avait une ambiance incroyable. Si bien que les agents nous ont laissés passer, après un contrôle ultrarapide, pour éviter toute tension. Depuis, il ne m’est rien arrivé. Mais en Iran, je le sais pour l’avoir si souvent vécu, tout peut changer à tout moment. La vérité du jour est loin d’être celle du lendemain.
Un simple accident est à voir actuellement dans les salles de cinéma en France.
Retrouvez l'intégrale de notre interview de Jafar Panahi dans le magazine n°566 de Première, actuellement en kiosque (avec Jean Dujardin en couverture).







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