"Je ne pense pas que nous ayons jamais imaginé que le film serait adopté par les gars de Wall Street... Ce n’était pas notre intention." La réalisatrice hallucine devant la réception de son film devenu culte, ironiquement devenu le modèle des hommes qu'elle voulait caricaturer.
Patrick Bateman électrise les écrans depuis 25 ans. Le personnage central d'American Psycho, imaginé par Breat Easton Ellis en 1991, a pris vie sous les traits de Christian Bale en l'an 2000 et un quart de siècle plus tard, une étrange et sinistre tendance émane du film, laissant sa réalisatrice perplexe.
Interrogée à l’occasion du 25e anniversaire du film, Mary Harron s’est confiée au Letterboxd Journal et avoue être mal à l'aise devant l’étrange fascination de certains jeunes hommes, notamment parmi les garçons de Wall Street, pour Patrick Bateman, le banquier new-yorkais sociopathe et tueur en série incarné par Bale. Popularisé sur TikTok sous forme de clips stylisés et de mèmes, Bateman est devenu, contre toute attente, une figure admirée pour son apparente maîtrise, son pouvoir et son esthétique, occultant totalement la critique glaçante que le film dresse de ce type d’homme. Comme l’écrivait GQ Magazine il y a quelques temps : "Le culte toxique de Patrick Bateman sur TikTok est un signe de plus que les jeunes hommes sont perdus." Et la cinéaste avoue :
"Ça me laisse toujours complètement perplexe", confie Harron. "Ni Guinevere [sa co-scénariste] ni moi n’avons jamais pensé que le film serait adopté par les gars de Wall Street, mais alors vraiment pas ! Ce n’était pas du tout notre intention. Est-ce qu’on a échoué quelque part ? Je ne sais pas pourquoi c’est arrivé, parce que Christian se moque d’eux de manière très claire… Mais bon, certaines personnes lisent la Bible et pensent qu’il faut tuer plein de gens. D’autres lisent L’Attrape-cœurs et décident d’aller tirer sur le président."
Harron reconnaît que TikTok et les mèmes ont largement contribué à cette glorification de Bateman, parce qu’"il est beau, il porte des costumes stylés, il a de l’argent et du pouvoir. Mais en même temps, il est joué comme un type ringard et ridicule. Quand il est en boîte et essaie de parler de hip-hop à quelqu’un — c’est tellement embarrassant, cette tentative désespérée d’être cool."
Ce qui la frappe particulièrement, c’est l’ironie que Bateman puisse devenir un modèle pour certains hommes, alors qu’elle a toujours vu American Psycho comme "une satire de la masculinité, vue à travers les yeux d’un homme gay".
Le film est basé sur le roman éponyme de Bret Easton Ellis, ouvertement homosexuel, un détail que, selon elle, les fans de Bateman sur Wall Street semblent totalement ignorer.
"Le fait qu’Ellis soit gay lui permettait de voir les rituels homoérotiques entre ces mâles alpha — ce qui est aussi vrai dans le sport, à Wall Street, et dans tous ces univers où les hommes glorifient la compétition extrême et leur puissance virile. Il y a quelque chose de très, très queer dans cette manière de fétichiser les apparences et la salle de sport."
Pour Harron, American Psycho est avant tout "un film sur une société prédatrice", une société qui, selon elle, est encore pire aujourd’hui. Elle conclut ainsi, de manière pas très optimiste :
"Les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres. Jamais je n’aurais imaginé qu’on assisterait à une célébration du racisme et de la suprématie blanche — ce qui est littéralement ce qu’on a vu à la Maison Blanche. Je n’aurais jamais cru vivre ça."







Commentaires