Le nouveau long-métrage de la cinéaste/actrice réunira Jessie Buckley et Christian Bale dans une relecture de La Fiancée de Frankenstein. Rencontre.
La très chouette deuxième bande-annonce de The Bride! vient d’être dévoilée, confirmant l’ampleur du virage opéré par Maggie Gyllenhaal pour son second long-métrage en tant que réalisatrice. Après l’intimité âpre de The Lost Daughter, la cinéaste s’aventure cette fois sur un terrain beaucoup plus spectaculaire, baroque et frontal. Une relecture de La Fiancée de Frankenstein, pensée comme un film à la fois gothique et parfaitement contemporain. Première a dernièrement assisté à une session de questions/réponses virtuelle avec Gyllenhaal, qui est revenue longuement sur la genèse du projet, ses obsessions thématiques et ses choix artistiques.
Elle expliquait notamment que expérience The Lost Daughter lui a offert l’opportunité de s’interroger sur ce que produirait un changement radical d’échelle et de ton dans son cinéma. Et une question s’est imposée : « Que se passerait-il si j’essayais de dire la vérité sur autre chose et de le faire d’une manière pop et brûlante ? » Une vérité qui concernerait, « les aspects monstrueux à l’intérieur de chacun d’entre nous », qu’elle assure reconnaître en elle-même comme chez les autres.
L’étincelle initiale du film est venue d’une image : le tatouage de La Fiancée de Frankenstein aperçu sur l’avant-bras d’un inconnu. Gyllenhaal raconte avoir été immédiatement happée par cette figure iconique incarnée par Elsa Lanchester. En découvrant le film original, elle est frappée par un paradoxe : la Fiancée est au centre du titre, mais « le film n’est en aucune façon à son sujet ». Elle souligne surtout un geste fondamental : « Elle se réveille et dit non ». Pour la réalisatrice, la puissance du personnage réside dans sa capacité à refuser, silencieusement mais fermement. The Bride! naît précisément de cette interrogation : « Et la compagne, dans tout ça ? » Que se passe-t-il si cette femme revient à la vie avec « ses propres besoins, son propre agenda, ses propres désirs et ses propres terreurs ? »
Le film se déroule dans une version très personnelle des années 1930. Gyllenhaal explique avoir d’abord envisagé une autre époque, avant de comprendre que son Frankenstein était un être d’une solitude extrême, dont la relation principale passe par le cinéma. Il fallait donc que l’action ait lieu à une période où le 7e art existait déjà. Elle décrit ce choix comme quelque chose d’intimement lié aux thèmes du film, soit « la différence entre le fantasme - l’amour fantasmé, le sexe fantasmé, les apparences fantasmées - et la réalité ».
Au cœur du récit se trouve donc la Fiancée, interprétée par Jessie Buckley. Maggie Gyllenhaal la décrit comme une femme qui, de son vivant, « n’avait pas pu s’exprimer ». Revenant d’entre les morts, elle devient quelqu’un « qui a énormément de choses à dire ». Elle ajoute que la Fiancée revient « sans savoir qui elle est, sans aucun point de repère », et que l’un de ses moteurs essentiels est cette question fondamentale : « Qui suis-je ? ». Une interrogation souvent réservée aux personnages masculins, que le film choisit ici de placer au centre d’un parcours féminin.
Cette relecture du mythe participe, selon Gyllenhaal, d’un geste profondément punk. « Qu’est-ce que le punk ? À mon avis, c’est la célébration de quelque chose qui ne rentre pas facilement dans une case. Et dans ce cas, ouais, le film est carrément punk. Et je me souviens que quand j'ai commencé à bosser avec Christian Bale, il m'a envoyé des images et même des vidéos de Sid Vicious, pour l’inspiration. La base même du punk, non ? J'ai adoré qu'il pense le rôle comme ça. Et puis il y a un tout autre genre de punk, rien que dans le fait de faire La Fiancée de Frankenstein et pas juste Frankenstein, comme on pouvait s’y attendre. »
Un Frankenstein venu du roman
Quant à Jessie Buckley, l'actrice s’est imposée comme une évidence. La réalisatrice affirme ne pas imaginer quelqu’un d’autre dans le rôle et loue sa capacité à incarner toute la complexité humaine : « La férocité et la puissance, juste à côté de la vulnérabilité la plus profonde », mais aussi « l’intelligence, l’irrationalité, le désir et parfois la laideur ». C’est cette totalité qui permet, selon elle, au personnage de fonctionner et de devenir un point d’identification pour un large public.
Face à elle, Christian Bale incarne un Frankenstein profondément inspiré du roman original : « Plein de sentiments, vulnérable, affamé de relations », mais aussi capable d’actes monstrueux. Gyllenhaal insiste sur la nécessité de montrer cette monstruosité sans la fuir, afin que le spectateur puisse y reconnaître « la part de rage » qui existent en chacun.
La réalisatrice décrit le travail avec ses acteurs comme un exercice de funambulisme permanent, une « ligne électrique vivante » où elle se contente parfois de légers ajustements. Elle raconte des échanges presque instinctifs avec Jessie Buckley, allant jusqu’à lui crier des indications en plein tournage, tant leur collaboration relevait, selon ses mots, d’un « rêve fiévreux ».
Visuellement, The Bride! assume une esthétique forte, marquée notamment par la trace noire autour de la bouche de l’héroïne. Gyllenhaal explique que cet élément est né d’un travail collectif et qu’il est lié à cette matière sombre et visqueuse qui participe à sa résurrection. Elle évoque une recherche à la fois « graphique, belle et signifiante », toujours au service du récit.
Tourné en IMAX, le film exploite les variations de format pour traduire l’entrée dans l’imaginaire, les rêves et la magie. Maggie Gyllenhaal explique avoir voulu étendre l’image sur tout l’écran « quand on entre dans l’esprit de quelqu’un », soit une approche émotionnelle du format qui, selon elle, n’avait jamais été utilisée de cette manière.
Et ce point d’exclamation du titre, alors ? Gyllenhaal confie l’avoir ajouté presque par malice, avant d’y voir le symbole d’une femme revenue à la vie avec « un immense retard de choses à dire ». The Bride! s’annonce ainsi comme une histoire d’amour imparfaite, sombre et exaltée à la fois. « Une histoire d’amour profonde sur une connexion très imparfaite », résume la réalisatrice.
The Bride!, à découvrir au cinéma le 4 mars 2026.







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