Pelé de David Tryhorn et Ben Nicholas
Netflix

Un focus sur le plus grand joueur de l’histoire du foot, réussi car refusant de céder aux sirènes de l’hagiographie

Après, entre autres, Michael Jordan et Zoltan Ibrahimovic et en attendant Neymar, c’est au tour d’une autre légende du sport à être célébrée par Netflix : le roi Pelé, sujet de ce documentaire produit par Kevin MacDonald (Oscarisé en 2000 pour Un jour en septembre qui relatait la prise d'otages de onze athlètes israéliens lors des JO de Munich en 1972).

Comment raconter le plus grand joueur de l’histoire du ballon rond sans bégayer avec les précédents docs et milliers de reportages qui lui ont été consacré ? Pleinement conscients de cet écueil, les réalisateurs David Tryhorn et Ben Nicholas (deux connaisseurs de foot qui ont notamment produit le docu Tout ou rien : la sélection brésilienne, sur la conquête de la Copa América 2019 par l’équipe du Brésil) ont choisi un angle : se concentrer sur les 12 années les plus intenses de sa carrière, de sa première victoire à la Coupe du Monde 1958 alors qu’il n’a que 17 ans jusqu’à la conquête de son troisième titre mondial au Mexique en 1970. Ne pas raconter tout Pelé donc mais la période qui a fait sa légende.

Ce documentaire s’y emploie en mêlant images d’archives (nombreuses et de qualité), témoignages d’anciens joueurs qui l’ont côtoyé et confessions de Pelé en personne, bien qu’affaibli physiquement. Sur le papier, le risque paraissait forcément donc grand de ne voir qu’un film à la gloire du Dieu Pelé, célébrant ad lib ses exploits sur le terrain. Mais Pelé ne tombe pas dans ce piège. Car aux images impressionnantes de ses dribbles, ses buts, sa manière de porter la sélection nationale sur ses épaules, répondent ici en permanence des réflexions sur l’homme Pelé. Qu’as-tu fait de ta légende ? pourrait être le sous- titre de ce doc qui montre l’envers du décor. Pelé et ses frustrations. Pelé et ses enfants cachés. Pelé et son rapport avec la dictature brésilienne

On voit ainsi à l’écran des intervenants lui reprochant son absence d’engagement voire sa servilité face au pouvoir militaire, en particulier envers le général Emilio Garrastazu Medici qui l'a poussé fortement à participer à la Coupe du monde 1970 alors qu'il n'y tenait pas, échaudé par ses graves blessures lors des éditions précédentes. En évoquant ces sujets – et en laissant Pelé la liberté de donner sa version des faits – le film entend montrer un Pelé plus intime, loin de l’image du champion toujours sourire aux lèvres, sans pour cela chercher à le faire tomber à tout prix de son piédestal. On n’atteint certes pas ici la maestria du Maradona d’Asif Kapadia, plus singulier et brillant dans ses parti pris cinématographiques (notamment celui de ne faire entendre que les voix des intervenants pour laisser le spectateur immergé dans les archives) mais amateurs de foot comme profane y trouveront leur plaisir.

De David Tryhorn et Ben Nicholas. Durée : 1h48. Disponible le 23 février 2021 sur Netflix

A lire aussi sur Première

Que vaut Love and monsters sur Netflix ? [critique]

Un Bienvenue à Zombieland familial qui sans révolutionner le genre, tient ses promesses de feel good movie d’aventures