Genre Homme
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Biographie

Considéré comme l'un des plus grands écrivains de la Troisième République, Anatole France a considérablement influencé son temps. Conscience engagée, il prit position en faveur de nombreuses causes sociales et politiques du début du XXe siècle et a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1921.Issu d'une modeste famille paysanne d'Anjou, son père, François-Noël Thibault est un sous-officier légitimiste qui démissionna au lendemain de la Révolution de 1830. Il tint sur le quai Malaquais, à Paris, une librairie (d'abord librairie France-Thibault, puis France) spécialisée dans les ouvrages et documents sur la Révolution française, fréquentée par de nombreux écrivains et érudits, comme les frères Goncourt. Le nom d'Anatole France lui vient ainsi de son père. Élevé dans la bibliothèque paternelle, Anatole en garda le goût des livres et de l'érudition, ainsi qu'une connaissance intime de la période révolutionnaire, arrière-plan de plusieurs de ses romans et nouvelles, dont Les dieux ont soif qui est considéré comme son chef d'oeuvre.Bien qu'il soit un élève peu doué et souffrant d'être pauvre dans un milieu riche, il est remarqué pour ses compositions, dont La Légende de sainte Radegonde qui sera éditée par la librairie France et publiée en revue et obtient son baccalauréat en 1864.À partir du début des années 1860, il travaille pour diverses libraires et revues, mais refuse de prendre la suite de son père, qui juge très négativement les « barbouillages » de son fils. Sa carrière littéraire commence par la poésie ; amoureux de l'actrice Élise Devoyod, il lui dédie quelques poèmes, mais elle le repoussera en 1866. Il est disciple de Leconte de lisle, avec qui il travaillera quelque temps comme bibliothécaire au Sénat et fait partie du groupe littéraire du Parnasse à partir de 1867.En 1876, il publie Les Noces corinthiennes chez Lemerre, éditeur pour lequel il rédige de nombreuses préfaces à des classiques (Molière par exemple). La même année, il devient commis-surveillant à la Bibliothèque du Sénat, poste qu'il conserve jusqu'à sa démission, le 1er février 1890.France s'est orienté tardivement vers le roman et connaît son premier succès public à 37 ans, en 1881, avec Le Crime de Sylvestre Bonnard, couronné par l'Académie française. Cette oeuvre est remarquée pour son style optimiste et parfois féerique qui tranche avec le naturalisme qui règne alors.Il devint en 1887 critique littéraire du prestigieux Temps.Anatole France est élu, dès le premier tour, avec 21 voix sur 34 présents, à l'Académie française le 23 janvier 1896, au Fauteuil 38, où il succède à Ferdinand de Lesseps. Il y est reçu le 24 décembre 1896.Devenu un écrivain reconnu, influent et riche, Anatole France s'engage en faveur de nombreuses causes. Il tient notamment plusieurs discours dénonçant le génocide arménien et rejoint Émile Zola lors de l'affaire Dreyfus ; au lendemain de la publication de J'accuse, en 1898, il signe, quasiment seul à l'Académie française, la pétition dite « des intellectuels » demandant la révision du procès. Il rend sa Légion d'honneur après qu'on l'a retirée à Zola et refuse longtemps de siéger sous la Coupole. Il participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme. Son engagement dreyfusard se retrouve dans les quatre tomes de son Histoire Contemporaine (1897 - 1901), chronique des mesquineries et des ridicules d'une préfecture de province au temps de l'Affaire. C'est dans cette oeuvre qu'il forge le terme xénophobe.France s'engage pour la séparation de l'Église et de l'État, pour les droits syndicaux, contre les bagnes militaires. Au début de la Première Guerre mondiale, il écrit des textes guerriers et patriotes, qu'il regrettera par la suite, mais milite en faveur d'une paix d'amitié entre Français et Allemands, ce qui suscitera l'indignation et l'hostilité, et lui vaudra des lettres d'insultes et des menaces de mort. Il prend position en 1919 contre le Traité de Versailles, signant la protestation du groupe Clarté intitulée « Contre une paix injuste », et publiée dans l'Humanité du 22 juillet 1919.Ami de Jean Jaurès, il collabore dès sa création à l'Humanité, en publiant Sur la pierre blanche dans les premiers numéros. Proche de la SFIO, il est plus tard critique envers le PCF. À partir de décembre 1922, il est exclu de toute collaboration aux journaux communistes. Anatole France, tout en adhérant aux idées socialistes, s'est ainsi tenu à l'écart des partis politiques, ce dont témoignent ses romans pessimistes sur la nature humaine, tels que L'Île des pingouins et surtout Les dieux ont soif (publié en 1912) qui, à cause de sa critique du climat de Terreur des idéaux utopistes, fut mal reçu par la gauche.Il est lauréat en 1921 du prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son oeuvre, et le reçoit à Stockholm le 10 décembre.En 1922, l'ensemble de ses oeuvres (opera omnia) fait l'objet d'une condamnation papale (décret de la Congrégation du Saint-Office du 31 mai 1922).Pour son 80e anniversaire, au lendemain de la victoire du Cartel des gauches, il assiste à une manifestation publique donnée en son honneur le 24 mai 1924 au palais du Trocadéro. Il meurt le soir du dimanche 12 octobre à La Béchellerie, commune de Saint-Cyr-sur-Loire. À l'annonce de sa mort, le Président de la Chambre des députés Paul Painlevé déclare : « Le niveau de l'intelligence humaine a baissé cette nuit-là. »Le 19 novembre 1925, l'Académie française élit, après quatre tours de scrutin, Paul Valéry au siège d'Anatole France. Reçu dix-neuf mois après, il ne prononce pas une fois le nom de son prédécesseur, dans l'éloge qu'il doit prononcer, et le qualifie de lecteur infini, et donc lecteur se perdant dans ses lectures.