Première
Du jasmin, de la poésie et le chant de la langue arabe. Une femme qui se dévêt, une autre qui se cache et une troisième qui pleure son amour perdu, La Maison dorée narre la tragédie des femmes tunisiennes à travers des portraits puissants mais caricaturaux. Madame Jalila, la cinquantaine, interroge son existence face à son mari qu’elle ne reconnaît plus. Salwa se sert de son corps comme d’une arme pour punir les hommes. Aroua, jeune femme puritaine, subit les affres de son compagnon qui la persécute. Leurs trajectoires se croisent à l’hôtel de La Maison dorée, où elles se lient d'amitié. Au milieu de leurs tourments, le film de Salma Baccar met en scène à travers des archives la crise politique qui a frappé la Tunisie à l’été 2013. A la Fontaine du Bardo, sous les cris des slogans et la chaleur, les trois femmes reprennent espoir. Si la réalisatrice aborde des thématiques poignantes, la dimension tragique s’éteint au fil des scènes rattrapées par des répliques peu travaillées. Chacune des protagonistes perd en épaisseur malgré la singularité de chaque histoire. La sororité mise en scène, en dépit de son intention, croule sous le poids des bons sentiments. Une tragédie tunisienne saisissante mais hélas trop inaboutie.
Lou Valette