Date de sortie 9 mars 2022
Durée 121 mn
Réalisé par Frédéric Tellier
Avec Gilles Lellouche , Pierre Niney , Emmanuelle Bercot
Scénariste(s) Frédéric Tellier, Simon Moutairou
Distributeur StudioCanal
Année de production 2022
Pays de production France
Genre Drame
Couleur Couleur

Synopsis

France, professeure de sport le jour, ouvrière la nuit, milite activement contre l'usage des pesticides. Patrick, obscur et solitaire avocat parisien, est spécialiste en droit environnemental. Mathias, lobbyiste brillant et homme pressé, défend les intérêts d'un géant de l'agrochimie. Suite à l'acte radical d'une anonyme, ces trois destins, qui n'auraient jamais dû se croiser, vont se bousculer, s'entrechoquer et s'embraser.

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Critiques de Goliath

  1. Première
    par Thierry Chèze

    Frédéric Tellier, c’est Bertrand Tavernier qui en parlait le mieux. Sans doute parce que le réalisateur de L627 s’était reconnu dans L’Affaire SK1, son premier long métrage. Il fallait l’entendre célébrer la manière dont Tellier avait su s’emparer de l’affaire Guy Georges pour signer un polar haletant, alors que son issue finale était connue de tous. Mais aussi s’emporter contre ceux qui trouvaient alors que ce même SK1 pouvait faire pâle figure face à Zodiac. Ce classique petit jeu des comparaisons pour prendre de haut un cinéaste français qui s’aventure sur un terrain de jeu prisé par les Américains. Certes, Tellier n’est pas Fincher pas plus qu’il n’est le Michael Mann de Révélations ou le Todd Haynes de Dark waters quand avec ce Goliath, il embrasse le sujet des pesticides et des dommages collatéraux de leur utilisation intensive dans cette même idée d’un film de lanceur d’alerte sur le combat entre le pot de terre et le pot de fer, entre David et… Goliath. Mais lire son troisième long à la seule aune des références américaines du genre apparaît comme un contre- sens. Si cousinage il y a, il faut plutôt chercher du côté d’un Boisset – lui- même souvent regardé avec dédain à l’époque face aux géants Pakula, Pollack et consorts – avec qui Tellier partage, comme avec Tavernier, le goût des histoires vraies et l’obsession de les transmettre avec un grand souci de pédagogie.

    Comment alors raconter cette problématique des pesticides sans enfoncer des portes ouvertes ni perdre un spectateur pas forcément au fait d’un sujet qui devient technique dès lors qu’on ne se contente pas de l’écume des choses ? Tellier s’appuie d’abord sur la connaissance dans les moindres détails de celui- ci, pour explorer la complexité de la question. Et dans cette même logique, il choisit de construire un récit en mode choral, embrassant donc une multitude de points de vue. Celui d’une prof dont le mari est en train de crever simplement parce qu’ils vivent à côté d’un champ arrosé quotidiennement de pesticides. A l’autre bout du spectre, celui d’un lobbyiste qui défend les intérêts d’un géant de l’agrochimie sans remords ni regret, expliquant que si ce n’est pas lui qui fait le sale boulot, ce sera un autre. Et au centre, un avocat spécialiste en droit environnemental, abîmé par la vie et l’alcool, prêt à remonter sur le ring pour défendre un couple de jeunes agricultrices, dont l’une s’est donnée la mort

    Ecrit avec Simon Moutaïrou, le scénario de Goliath tient de la mécanique de précision dans la manière de faire apparaître, un temps s’éloigner puis ressurgir ces trois figures là et les personnages secondaires qui les entoure (dont l’un incarné par le magnifique et trop rare Jacques Perrin), sans en perdre un au passage, sans privilégier une histoire par rapport une autre. Ce geste- là est effectué avec une infinie limpidité et quand le récit conduit à des face- à – face, il donne naissance à des scènes aussi intenses que bouleversantes. Le lobbyiste sûr de son pouvoir face à un avocat dont toutes les blessures en font un colosse aux pieds d’argile. Ou ce même avocat face aux parents de la jeune agricultrice qui s’est donnée la mort, incapable de contenir sa rage qu’ils aient accepté de l’argent d’un géant de l’agrochimie pour abandonner les poursuites. On tient dans ces deux exemples un élément clé du cinéma de Tellier. Celui de ne pas avoir peur de l’émotion. De ne pas s’enfermer dans sa tour d’ivoire de réalisateur trop occupé à façonner un grand œuvre.

    Il y a aussi chez lui un refus de l’efficacité pour l’efficacité. Un désir, par exemple de prendre le temps de contempler les choses comme ces plans célébrant une nature sublime pour raconter par ricochet cette beauté que l’abus de glyphosates risque de détruire. Il peut se le permettre car il propose dès l’ouverture de Goliath – à la mise en place volontairement lente, comme les premières pièces d’un puzzle dont la forme finale reste alors incertaine – un pacte avec le spectateur. Celui de ne jamais rien prémâcher pour que chacun s’empare à son rythme d’un récit et des personnages incarnés par des acteurs emballants, en tête desquels Pierre Niney saisissant de violence implacable en lobbyiste mais aussi Gilles Lellouche poignant en homme brisé qui va peu à peu comprendre son combat voué à l’échec et Emmanuelle Bercot déchirante en femme refusant de s’enfermer dans un statut de victime quitte à apparaître peu aimable. Sans jamais confondre ambition et prétention, Goliath permet à Frédéric Tellier de prendre encore une nouvelle dimension. Nul doute que Tavernier aurait adoré voir ça.

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