Première
par François Léger
Après le succès de Vermines, Sébastien Vaniček pensait rester en France et s’éviter un passage à Hollywood, de peur d’y être dépouillé de sa singularité et de sa liberté de mouvements. Et puis Sam Raimi a décroché son téléphone… L’offre Evil Dead était bien trop alléchante mais Vaniček n’a pas venu son âme, ou alors uniquement aux deadites. Evil Dead Burn est à peu près exactement le film de la saga qu’on était en droit d’attendre du réalisateur de Vermines : violent, gore, sec comme un coup de trique et parcouru de visions horrifiques réjouissantes. Avec son coscénariste Florent Bernard, ils ont imaginé l’histoire d’Alice (Souheila Yacoub), femme battue dont le mari vient de décéder. La veuve se rend dans la maison de campagne isolée de son horrible belle-famille, où feu le grand-père consignait ses recherches sur les démons… Spoiler : ça tourne mal, et plutôt salement. Pas question de lorgner vers l’elevated horror ou de faire des chichis auteuristes, Sébastien Vaniček est avant tout là pour en découdre. Cette approche frontale lui permet de faufiler dans un trou de souris pour s’inscrire pleinement dans la mythologie tout en cassant le jouet. Le spectacle est indéniablement fun, mais Evil Dead Burn patine un peu plus du côté de la psychologie de ses personnages, bloqués dans des stéréotypes. Le film y perd en tension (une mise à mort est tout de suite moins impressionnante quand on se fiche de la victime) et mise un peu trop sur les traumas de son héroïne pour se donner du fond. Il serait cependant idiot de bouder son plaisir face à l’inventivité de la mise en scène (notamment les jeux vertigineux sur la verticalité) et au talent de Souheila Yacoub, qui dévore sans effort le reste du casting. Une reine de l’horreur est née.