Date de sortie 6 mai 2026
Durée 163 mn
Réalisé par Hagai Levi
Avec Sebastian Koch
Distributeur Dulac Distribution
Année de production 2025
Pays de production France, Allemagne, Pays-Bas
Genre Drame

Synopsis

Dans un Amsterdam contemporain sous occupation nazie, Etty Hillesum, étudiante juive de 27 ans, animée par un profond désir de vivre, voit l’étau se resserrer peu à peu autour d’elle. Sa rencontre avec le thérapeute et bientôt amant Julius Spier, qui l’encourage à tenir un journal, va bouleverser sa vie. Leur relation passionnée déclenche chez elle une métamorphose spirituelle, qui s’intensifie à mesure que se durcissent les persécutions antijuives, la menant à accomplir un acte de solidarité extraordinaire.

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Critiques de Etty

  1. Première
    par Gael Golhen

    Des vélos s'entassent par milliers dans une décharge à ciel ouvert. Confisqués, abandonnés par ceux à qui ils appartenaient. Un peu plus tôt, des hommes en uniforme tabassaient des Juifs dans la rue. Et puis il y a eu ces saluts hitlériens, qui claquaient dans l'air. Le récit d'Etty Hillesum se déroule à Amsterdam, en 1941, en pleine occupation nazie. Mais la série de Hagai Levi (BiTipul) nous transporte à Amsterdam aujourd'hui - ou presque. Les voitures sont contemporaines, les visages aussi. Rien n'indique vraiment le passé, sinon ce qui est en train de se produire.

    Etty commence donc dans ce décalage instable, où il ne s'agit plus de reconstituer le passé mais de le laisser contaminer le présent : l'Histoire ne revient pas, elle s'infiltre, et la série avance comme une dystopie sans signal, un monde à peine déplacé, juste assez en tout cas pour devenir inquiétant. Le pari formel a dérouté, et certains y ont vu un simple gadget. Mais c'est mal comprendre ce que Levi met en place. On sait depuis longtemps que la reconstitution historique nous met à l'abri, qu’elle installe une distance rassurante en reléguant l'horreur dans un autre temps, un autre monde. Ici, ce bouclier disparaît : les personnages nous ressemblent, marchent comme nous, s'habillent comme nous, et l'occupation leur tombe dessus comme elle pourrait tomber sur n'importe qui, n'importe où, n'importe quand. Il y a quelques années, Ari Folman avait sorti Anne Frank du musée pour la transporter aujourd’hui (Où est Anne Frank ?). C’était en animation. Presque fantasmé. Levi pousse les choses plus loin - ici plus de filtre, plus de détour. Et tout à coup, ça devient vraiment notre problème.

    Au centre de ces 6 épisodes (diffusés sur Arte.tv, la semaine suivant sa sortie en salles en deux parties), Etty Hillesum, 27 ans, étudiante instable, inquiète, qui entame une thérapie et commence à tenir un journal. Elle va vivre l’oppression mais n'entre pas dans la galerie des héroïnes combattantes que la série télé nous a habituées à fréquenter - exemplifiée par la June Osborne de The Handmaid’s tale. Etty n’est pas l'héroïne d’une riposte visible, d’un geste héroïque ou d’une résistance spectaculaire. Elle est une héroïne de l'endurance intérieure, de la lucidité et surtout du refus de la haine. Son histoire suit une trajectoire inverse à celle du monde qui l'entoure : plus l'étau nazi se resserre, plus elle s'ouvre. Au monde, et à elle surtout. Et là où les grandes figures féminines sérielles organisent la résistance, Etty la désarme. Elle tient, simplement; sans adopter les formes de violence qu’elle subit. Ses journaux racontent son refus de se sauver seule quand tout pousse à le faire. Son refus aussi de se croire indispensable. « C’est une curieuse surévaluation de soi-même que de se considérer comme trop précieux pour partager avec les autres un destin de masse. »

    Levi adapte donc son histoire avec une liberté presque sèche. Champ-contrechamp. Pas d’esbrouffe. Il ne chercher ni fidélité biographique ni l'illustration. Il filme une transformation plus qu'un destin, en s'appuyant sur un dispositif minimal, tendu, où chaque scène semble pouvoir basculer. Julia Windischbauer porte la série de bout en bout avec une intensité stupéfiante, toujours au bord de la rupture. Face à elle, Sebastian Koch (La Vie des autres) compose un Julius Spier trouble et magnétique - à la fois son mentor, son amant, et surtout son révélateur. Il agit moins comme un guide que comme un détonateur. Il n’y a rien de spectaculaire dans son destin et dans Etty, rien de démonstratif. Juste une ligne claire, tenue jusqu'au bout.

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Etty : une série magistrale sur grand écran [critique]

Hagai Levi adapte les journaux d'Etty Hillesum, jeune Juive morte à Auschwitz en 1943, dans un Amsterdam délibérément contemporain. Un pari radical, une révélation d'actrice, une réussite majeure.