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Avec son nouveau film, le franco-sénégalais Alain Gomis (Félicité) cherche à renverser les codes généralement admis du récit cinématographique par une absence de surplomb narratif, d’une mise en scène à l’affut, d’espaces mouvants et un encombrement des personnages à l’intérieur du cadre… La fiction, ainsi dépouillée de ses trop beaux atours, entend se réinventer. Cela passe par un accord tacite avec ses futurs interprètes que l’on découvre en ouverture lors des séances de casting. Cet échange-confession met à jour ce pacte non faustien où le « je » ne sera pas forcément un autre. Le film prend ensuite deux directions : la banlieue parisienne où se déroule le mariage de Nour la fille de Gloria. Gloria que l’on retrouve dans un village de Guinée Bissau pour une cérémonie mortuaire en hommage à son père. Les deux célébrations se succèdent jusqu’à s’interpénétrer dans un élan de vie partagée. Gloria interroge son rapport à sa culture, son identité, son histoire plus ou moins récente (l’ex refait surface), sa volonté de transmettre… Sans rien théoriser Gomis se sert de ces espaces de ces deux évènements de représentation pour interroger son rôle de cinéaste. Où est-on exactement ici ? A cet endroit qu’Antonioni appelait « le documentaire du tournage », celui de la fiction en train de se (dé)construire, dans cet instant où le simulacre fait partie de la vérité. Le retour régulier aux séances de casting sont autant de commentaires sur ce qui se joue ici et ailleurs. « Croire » est le verbe moteur du film. Croire en l’autre, croire aux rites, croire à ce qui s’imprime sur l’écran. La réponse est tout entière sur les corps et les visages. Le Dao lit-on en préambule est un “mouvement perpétuel et circulaire, qui coule en toute chose et unit le monde.” C’est, on s’en doute, le programme même du film.
Dao

