On a souvent vu des lecteurs se demander comment l'écrivain américain Tony Hillerman a fait pour s'immiscer avec tellement de justesse dans l'esprit de Joe Leaphorn et Jim Chee, ses deux policiers Navajos. C'est très simple : tant historiquement que socialement, il y a moins de différence entre Hillerman - pourtant d'origine anglo-saxonne - et un indien, qu'entre Hillerman et un américain moyen. Tony Hillerman est né dans une famille de pauvres blancs, en 1925 à Sacred Heart, dans l'Oklahoma, au coeur d'une réserve indienne Pottawatonie. Après une enfance plutôt paisible même si profondément rurale, il s'engage dans l'armée au moment de la seconde guerre mondiale. Affecté en France dans une section d'artificier, il y retrouve quelques indiens Navajos, ceux-ci ayant eu un rôle très important pendant la guerre. Extrêmement patriotes, les Navajos étaient pour la plupart engagés dans les Marines. Ils firent également partie d'un plan de déstabilisation de l'ennemi, leur langue étant le seul code que les Allemands et les Japonais n'arrivèrent pas à déchiffrer. Ruraux, isolés, individualistes, relativement ouverts au monde et dotés d'un étrange sens de l'humour, les Navajos eurent toujours les faveurs de Tony Hillerman, même si celui-ci s'intéressa à beaucoup d'autres peuples indiens durant sa vie. Après son passage dans l'armée, Tony Hillerman s'intéresse donc logiquement à la mythologie et à la société Navajos. Hantant les bibliothèques universitaires, il parcoure de nombreuses thèses sur le sujets et se rend dans les réserves pour en discuter avec les principaux intéressés. Pourtant, son envie d'écrire n'est pas orientée vers la civilisation indienne au départ. En 1970, c'est son premier éditeur qui l'oblige à réécrire son premier roman, La Voie de l'ennemi, sous l'angle d'un policier indien. Ainsi naîtra la série des Polices tribales, mettant en scène Joe Leaphorn, un flic Navajo moderne et sceptique en ce qui concerne les superstitions et les croyances de son peuple, et Jim Chee, son jeune alter-ego, doté d'une vie intérieur plus riche, partagé qu'il est entre le désir d'être policier et celui de devenir chaman. Dans ses livres, Tony Hillerman, qui a exercé plusieurs métiers - dont celui de reporter criminel - met en scène des affaires inspirées de faits divers souvent réels, même si les situations et les enquêtes sont complètement romancées. Emprunte d'une grande humanité, l'oeuvre d'Hillerman se penche constamment sur l'aspect humain et les défauts inhérents à notre espèce, toutes origines ethniques confondues. Au fil du temps, l'oeuvre de l'auteur s'est également fortement imprégnés de croyances et de mysticisme indigène, empruntant à la philosophie Navajo, mais aussi Hopis et Zunis. Ecrivain de la dignité, Hillerman ne fait que très peu souvent allusion à la misère et au désespoir qui frappe aussi le peuple indien cantonné aux réserves allouées par le gouvernement. Ce n'est pas le sujet de ses livres, tout simplement. Mais la plupart des personnages mauvais de ses romans sont issus de milieux assez favorisés. Laissant une oeuvre originale et forte, celui dont on dira plus tard qu'il a introduit (peut-être malgré lui ?) un peu d'ethnologie dans le polar contemporain, Tony Hillerman est mort à 83 ans, le 26 octobre 2008 à Albuquerque, Nouveau-Mexique.
| Genre | Homme |
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