Genre Homme
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Biographie

Joe Matt est né à Philadelphie en 1963 et possède un diplôme de la Philadelphia Art School. Outre le portrait ci-dessus vous pouvez retrouver sur Fluctuat la chronique de ses deux ouvrages traduits en français : Strip-tease et Epuisé.  C'est toujours un peu gênant de faire l'apologie d'un artiste fainéant et sans grande imagination, surtout quand celui-ci est totalement égocentré, imbu de lui-même et aigri. C'est pourtant à l'éloge de Joe Matt que vont être consacrées les lignes qui suivent.     Dans la vie, Joe Matt a deux activités essentielles : dessiner des BD et se masturber. Encore que le dire ainsi décrit mal son arithmétique de vie : en réalité Matt a publié 4 BD en 15 ans et se branle plusieurs fois par jour - obsession qu'il détaille de manière assez prosaïque dans sa BD « Epuisé ».    Pour être complet il faudrait ajouter son hobby qui consiste à coller dans des carnets des vieux Comics achetés parfois très chers, ce qui constitue au passage son unique source de dépense -; Joe Matt est atrocement radin.  Pourtant en une poignée de BD torchées, Joe Matt est devenu l'un des représentants les plus estimables du Graphic Novel.  Empruntant la voie autobiographique tracée par Robert Crumb ( tendance Mon problème femmes récemment réédité au Seuil) le dessinateur américain décrit sans aucune complaisance l'étendue de ses névroses.  Un auteur névrosé narre la vie névrotique d'un auteurAbonné au porno, dont il remonte ses scènes préférées en ôtant soigneusement tous les plans sur les organes ou visages masculins, animé d'une culpabilité catholique héritée d'une mère particulièrement bigotte, Matt le névrosé raconte dans ses ouvrages l'histoire d'un type névrosé qui veut raconter son histoire en BD.  Rarement capable de s'asseoir à sa table de travail, il subsiste en livrant des bandes dessinées pour des libraires indépendants ou colorie les bandes dessinées des autres. Armé d'une solide philosophie de vie, « plus on se débat, plus ça serre », Matt se laisse porter de Philadelphie -; où il est né -; à Toronto en passant par Montréal qu'il abhorre mais où part s'installer sa petite amie Trish.  Tout cela il le raconte dans Strip-Tease, recueil d'histoires d'une ou deux pages initialement parues dans des magazines américains et qui ne poursuivent d'autre ambition que de narrer les épisodes de la vie grotesque et essentielle de Joe Matt : son job d'étudiant à la fabrique de balais, la plupart de ses fantasmes (ou plus rarement partenaires) sexuels, la psychologie de ses ex-colocataires ou son appétit pour les croutes de pied (les siennes). Il y ajoute à l'occasion des conseils utiles pour chier en silence ou être un radin efficace.  Epuisé plutôt que désoeuvré Les cases saturées de bulle et le choix très minimal du noir et blanc dépouillé constitue le corollaire formel du souci de (se) raconter sans fard; ce qui n'exlut ni l'immodestie radicale de l'auteur ni la conscience de l'insondable vacuité de son oeuvre. Et c'est pourquoi Joe Matt est grand. Parce qu' il évite l'écueil qui réduit ordinairement la mise en abyme des tourments intérieurs en masturbation autofictionnelle de scribouillard sans talent. Ou plus exactement : il sait n'être au fond qu'un gribouilleur dépourvu d'imagination et convertit ce handicap en puissance grâce à une lucidité qui fait feu de tou bois et vise un seul projet : être un artiste et vivre chaque jour comme bon lui semble suivant ainsi la méthode préconisée par Bob Dylan.  Epuisé, son ouvrage récemment édité en France par les éditions du Seuil, pousse à son paroxysme le projet « Mattenien ».  L'auteur s'y auto-analyse en bon névrosé, qui se branle jusqu'à 20 fois par jour et ne fréquente quasiment plus personne. Le livre est encore plus dépouillé que Strip-Tease, qui comparativement devient presque un trépidant divertissement -; il nous fait toutefois cadeau d'une bichromie noire et verte et d'un graphisme nettement épuré.  Une preuve de courageTotalement enchainé à ses désirs biologiques hétérosexuels, Matt y est plus prisonnier que jamais de son indomptable ego et quasiment incapable de faire quoi que ce soit. Dans sa piaule pourrie de Toronto où il vit désormais en parfait célibataire, il a encore réduit son train de vie. L'histoire d'un type seul qui veut être artiste et n'a d'autre solution pour ce faire que de détailler ses échecs pour ne pas finir littéralement désoeuvré parlera à beaucoup de monde.On voit mal comment l'auteur pourrait poursuivre ce maigre filon qu'il a certainement épuisé en quelques dizaines de pages parce qu'il menaçait de virer au procédé.   Sur notre modeste échelle de la témérité, Epuisé est donc une belle preuve de courage.    Dernièrement, Joe Matt serait parti à Los Angeles, aurait collaboré avec HBO et découvert le bouddhisme. Il est prié de donner rapidement de ses nouvelles. Par Daniel De Almeida Consultez aussi le Myspace de l'auteur