Si l'on devait comparer l'écrivain américain James Crumley à un animal, c'est bien à un ours grizzly. Il en avait la carrure, le caractère aussi, parfois. Ce qui n'a pas empêché cet immense auteur, pas assez reconnu dans nos contrées, d'être l'un des plus fins psychologues du polar américain, doublé d'un raconteur d'histoire au grand coeur, de la trempe d'un ernest hemingway, d'un Jim Harrison ou d'un Hunter S. Thompson. James Crumley est né le 12 octobre 1939 à Three Rivers, dans une famille extrêmement modeste du Sud Texas. Très tôt, il est amené à fréquenter les jeunes mexicains de l'école publique où il est inscrit. Cet apprentissage du métissage, et les conflits qui en résultent marqueront l'écrivain à vie. Il apprendra à respecter les plus démunis, se mettant à leur place, et développera, à partir de là, une vision anarcho-socialiste de l'existence. Plus tard, il sera particulièrement critique envers la société Texane : une ploutocratie où une petite minorité de gens aisés règne en maître sur une population misérable et souvent asservie. Malheureusement, la cohabitation entre blancs pauvres et mexicains qui ne le sont pas moins est particulièrement difficile. Crumley est obligé d'apprendre à se battre très tôt. D'autant plus que sa passion pour la lecture et sa curiosité ne sont pas toujours bien accueillis dans le monde rural. Le déménagement de toute la famille Crumley dans le nord de l'état, sauvera certainement le jeune James, même si ses relations avec sa mère s'enveniment. Dûment diplômé, il quitte rapidement le giron familiale pour s'engager dans l'armée. Il y fera son temps, de 1958 à 1961 au début du conflit nord-vietnamien.Cette expérience, l'auteur la relate dans Un pour marquer la cadence, son premier roman très ambitieux qui voit un certain sergent Krummel (notez l'analogie du nom avec celui de l'auteur) et Joe Morning, un soldat forte tête, s'opposer jusqu'à la mort, sur fond de guerre du vietnam. Deux Amérique s'opposent ici : celle de la loi et de l'ordre, et celle de la liberté et du libre arbitre (le tout fortement teinté d'anarchie). Toute la philosophie de James Crumley, quasiment résumé en un roman, et que l'on retrouvera, dans tous ses livres. Mais l'écrivain phare de ce qui deviendra "l'école du Montana" (aux côtés de Thomas McGuane, Jim Harrison ou Rick Bass) est aussi un grand lecteur. De fedor dostoievski à friedrich nietzsche, en passant par franz kafka, Crumley dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Étonnamment, il découvre Raymond Chandler sur le tard (grâce à son ami, le poèteRichard Hugo) ainsi que l'écrivain de polars psychologiques Ross McDonald, pour qui il avoue une grande admiration.C'est ainsi sous la double emprise de McDonald, pour l'aspect psychologique, et de Chandler, pour le côté troublé et le non-dit, que James Crumley débuta dans le roman noir. A la lecture de ses deux premiers polars, Fausse piste et du Dernier baiser, on pense aussi à Hunter S. Thompson pour le burlesque et l'aspect excessif de l'écriture. Fausse Piste et Le Dernier baiser lance respectivement la série des Milo Milodragovitch et C.W. Sughrue, deux personnages récurrents de l'oeuvre de James Crumley et qui ne le quitteront plus. Jusqu'à sa mort, l'auteur alterne les "enquêtes" de ses deux anti-héros d'un livre à l'autre. C'est tout d'abord l'indépassable Danse de l'ours, puis Le Canard siffleur mexicain, Les Serpents de la frontière (qui voit les deux compères se retrouver et où le lecteur découvre qu'ils sont amis depuis toujours) et enfin La Contrée finale et Folie douce. Entretemps, James Crumley tombe dans le piège hollywoodien et devient script doctor pour l'usine à rêves californien. Il écrit de nombreuses nouvelles et travail sur un roman hors-cycle Milo/Sughrue qui n'aboutira jamais, The Muddy Fork, où il tente de revenir sur son enfance au Texas et ses racines. Les années 2000 sont dures pour Crumley qui sombre dans la dépression (il s'en explique dans la très belle introduction de Folie douce). Le constat d'une vie pleine de bruit et de fureur, d'excès en tout genre (alcool, cocaïne...) et de mariage fracassants (et fracassés, Crumley fut marié près de 6 fois !) n'y est pas pour rien. Ces folies de jeunesse pas si douce feront payer le prix fort au géant, qui malgré son gabarit de lutteur de foire (il fut également base avant de football américain) doit affronter d'importants problèmes de santé. Ceux-ci causeront sa mort : Crumley s'éteindra le 17 septembre 2008, à Missoula dans le Montana, sa ville d'adoption, suite à des insuffisances pulmonaires et rénales. Un siège en son honneur lui est toujours réservé dans son bar préféré.
| Genre | Homme |
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