Genre Femme
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Biographie

Proche des surréalistes à Paris, collaboratrice du Bauhaus et membre de la " nouvelle photographie ", Germaine Krull est une célèbre photographe allemande de l'entre deux-guerres. Elle a réalisé des portraits, des paysages et des reportages.  Germaine Krull fait partie de ces femmes qui ont bravé les conventions et fait avancer leur condition. Elle fut une photographe accomplie, une artiste jusqu'au boutiste et une femme de tête. Germaine Krull (1897-1985) a influencé des générations entières de photographes. Son travail se situe à la naissance même de la photographie telle qu'on la connaît aujourd'hui tant et si bien qu'il est difficile de regarder ses images avec un oeil frais et disposé à reconnaître le caractère extrêmement novateur de leur composition. Pourtant le travail de Krull dans les années 20 lui confère d'être une artiste représentative de la photographie moderne, de la "nouvelle vision".Germaine Krull fait des études à Munich juste avant la première guerre mondiale et s'installe à Paris en 1926 où elle s'investit et s'impose dans le modernisme photographique. Ses oeuvres sont publiés dans divers magazines, comme Vu, et en 1927 elle publie Metal, un recueil de 64 planches, composé d'images industrielles d'une grande force d'abstraction, qui apparaît rapidement comme le manifeste de cette nouvelle tendance, résolument moderniste et non conventionnelle. Sa vie va suivre le contre-courant qu'elle applique à son oeuvre. Elle fuit aux Etats-Unis pendant la deuxième guerre mondiale puis s'engage dans le service de propagande de la France libre à Brazzaville, où elle va réaliser des clichés très intéressants chargés d'anti-colonialisme. Elle part ensuite à Bangkok où elle dirige un hôtel puis finit sa vie en Inde. "L'appareil photographique peut perfectionner l'instrument optique qu'est notre oeil". Laszlo Moholy-Nagy, le chef de file de la "nouvelle" photographie, considérait la photographie comme un média enrichissant, la possiblité technique et artistique d'explorer un nouveau regard sur le monde. Dans les années 20, en Europe et aux Etats-Unis, la photographie et le cinéma deviennent les outils nécessaires de la révolution moderne. Moholy-Nagy était professeur au Bahaus et étudiait l'unité entre l'art et la technique de Walter Gropius. Dès 1922, il travaille sur un langage plastique expérimental inspiré des sciences techniques et de la géométrie. A Marseille dans les années 20, il élabore, avec quelques autres artistes comme Herbert Bayer, Florence Henri ou Tim Gidal, une vision propre du Pont Transbordeur et construit ainsi les bases de la "vision moderniste". Germaine Krull fait partie de ce groupe de "chercheurs" de l'image. Elle expérimente la contre-plongée audacieuse, les cadrages inédits, les gros plans, les principes du photomontage et se situe ainsi au coeur d'un mouvement qui utilise la photographie pour décaler le regard et façonner une vision réellement nouvelle, anticonformiste. Les photos du Pont transbordeur de Marseille de Germaine Krull en 1935 sont parmi les meilleures et traduisent parfaitement ce souci documentaire lié à une recherche de formes nouvelles d'expression plastique.Les thèmes centraux de son travail et de son engagement politique ressortent de manière assez évidente. On y retrouve ses études de nus féminins, ses images urbaines de l'entre-deux-guerres, ses portraits et son travail avec son compagnon Elie Liotar, ses travaux sur le fer et l'acier de l'industrie moderne (Tour Eiffel, pont transbordeur...), ses photos de rue et des clochards endormis, ses clichés sur l'Afrique et sur l'Asie... L'émancipation des femmes, la croissance de l'industrialisation et le déclin du colonialisme ont été les principaux sujets documentaires de la recherche artistique de la photographe.Communiste, contre-révolutionnaire, moderniste, anti-colonialiste, féministe, la personnalité de Germaine Krull est à l'image de ses engagements et de sa photographie. Elle manifeste à chaque tournant de sa vie la volonté de dépasser son époque, de transgresser ses propres lois, et, en décalant le regard, de changer le monde. C'est peut-être pour cela que Jean Cocteau la décrivait comme étant un "mirroir réformant".