Un robot sarcastique pirate son code pour fuir les humains... et binge-watcher en paix. Une farce étonnante qui fait sauter les lignes de code de la science-fiction classique.
Le géant nordique Alexander Skarsgård devient un androïde dans cette curieuse chronique futuriste, adaptée des nouvelles de Martha Wells.
Murderbot, c’est le nom que s’est choisi cet androïde de sécurité, le jour où il a réussi à hacker son propre système d’exploitation et les garde-fous qui l’empêchaient de faire ses propres choix. Il a recouvré sa liberté, peut désormais se déconnecter des humains, et passer ses journées à regarder des soaps futuristes. Mais très vite, il comprend qu’il ne doit surtout pas révéler qu’il n’est plus un simple robot obéissant, au risque de finir en pièces détachées. Alors il continue à faire semblant, accompagnant une mission scientifique sur une planète inconnue. Et découvre que l’indifférence n’est pas si simple.
Derrière son ton faussement léger, Murderbot est un objet télévisuel étrange et drôle, qui tord le cou aux codes de la SF en s’attaquant de front à la fameuse première loi de la robotique d’Asimov ("Un robot ne peut porter atteinte à un être humain"). Ici, le robot refuse d’obéir, mais refuse aussi de faire le mal. Il veut juste la paix. Et dans ce paradoxe, Murderbot interroge la place de l’intelligence artificielle dans nos vies : que se passe-t-il lorsqu’une machine développe une conscience, mais ne veut pas être exploitée ? Lorsqu’elle rejette la servitude, mais aussi l’héroïsme ?
La série explore avec finesse le libre arbitre, la désobéissance, la solitude algorithmique. Elle le fait sans trop se prendre au sérieux, en injectant une grosse dose d’humour absurde, pour offrir un miroir grinçant à notre monde saturé de technologie et d’assistants vocaux.
Un chaos millimétré, où Alexander Skarsgård surprend sous la peau synthétique de ce Murderbot, mélange déroutant de charisme sculpté et d’humour très goofy. Le grand blond à la beauté nordique incarne un robot blasé, fuyant tout lien social, mais livrant ses pensées internes avec une autodérision mordante, à travers une voix off omniprésente qui vanne, moque, commente et doute en continu. Un choix audacieux, certes. Mais ce ton léger, presque comique, flotte parfois maladroitement au milieu des réflexions existentielles. Et Murderbot aimerait être drôle. Sauf qu’il ne l’est jamais vraiment. Ses piques tombent souvent à plat, au point qu’on se demande si Skarsgård était vraiment le choix idéal pour ce rôle hybride.
Les meilleures scènes viennent d’ailleurs du faux space opera Sanctuary Moon – parodie géniale de Star Trek avec John Cho en capitaine – que Murderbot binge-watche dès que les humains daignent lui ficher la paix.
On finit par se dire que la série a du mal à dépasser son concept initial. Mais elle a le mérite d’essayer autre chose dans la SF, et ses épisodes courts (25 min) ne manquent ni de rythme ni de rebondissements, épicés par quelques séquences d’action franchement cool. Murderbot n’est peut-être pas une machine parfaitement huilée, mais ça reste un bon programme…
Murderbot, en 10 épisodes, à voir à partir du 16 mai sur Apple TV+ et Canal+ en France.







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