Si les premiers essais sur grand écran furent désastreux, l’historique quatuor Marvel a le droit à une nouvelle chance. Surprise, c’est très réussi.
C’est l’été lavomatique. Les franchises essorées sont passées à la machine pour faire oublier des tâches que l'on croyait indélébiles. Les dinos sont ainsi revenus à leurs fondamentaux (pas mal !), le Superman de DC itou (mouais...) et Les 4 Fantastiques font mine de faire leurs premiers pas (plus que pas mal !). La marvélisation des esprits semble avoir troublé jusqu’à la maison-mère et donc son big boss Kevin Feige qui a grandement participé à faire des films de super-héros ces orgies pyrotechniques boursoufflées.
Épure du trait
On est surpris ici par l’épure du trait. Le rétro s’assume, un carton annonce "Terre : 828" mais on nous ment, ce sont les sixties. Rétro donc, jusque dans les sapes de La Chose (le très "fin" Ebon Moss-Bachrach), le seul des quatre à se coltiner le vrai monde assumant auprès de la populace son côté bête de foire et – pourquoi pas – son désir d’émancipation (une belle séquence suffit à dessiner une romcom’). Les autres vivent reclus dans leur tour d’ivoire où se décide le sort d’une humanité menacée d’extinction par un géant glouton (Galactus). Un mastodonte qui dans un rapport de force inversé veut faire main basse sur un... nouveau-né !
Rétro aussi dans cette façon d’envisager une société sous cloche prompte à se faire bourrer le mou par des beaux discours (rétro vraiment ?). Nous nous étions déjà marrés dans le Superman de James Gunn de voir les flashs infos retourner comme des crêpes une opinion-mouton réduite à lever la tête en l’air les yeux ébahis. Mais sur notre "Terre : 828" les téléviseurs sont encore ces gros cubes peu maniables.
Les 4 Fantastiques sont donc un peu seuls au monde et, de fait, nous sommes ici en famille : un couple, un beau-frère et un meilleur ami. Leur périmètre d’action est réduit à un magnifique penthouse au design high tech. Chacun attend ainsi les autres autour de la table pour le dîner du dimanche soir. "Qu’est-ce que vous faisiez, on s’inquiétait !" Bonjour l’intimité ! Ce ménage à quatre n’a pas empêché Reed l’élastique (Pedro Pascal, impeccable en patriarche perpétuellement inquiet) et Sue l’invisible (la charismatique Vanessa Kirky) d’avoir fait un bébé.
La première partie peut ainsi se voir comme une comédie familiale sur l’angoisse plus ou moins avérée d’accueillir un nouveau membre dans un foyer. Quant à celles et ceux qui se demanderaient si une super-héroïne a le droit à son congé maternité pendant que la terre brûle, le scénario a le bon goût de ne pas se poser la question. Féminisme bon teint avec un surfeur devenu surfeuse (émouvante Julia Garner). Et Sue Storm de conquérir l’espace à neuf mois de grossesse. C’est beau.
Godzillesque
La caméra de Matt Shakman (l’homme derrière la série WandaVision) ne joue pas des coudes, reste à sa bonne place le regard dans le rétro (décidément !) du comics originel. Son final godzillesque est d’une étonnante beauté (et sobriété) visuelle. Récemment Feige confiait à Empire Magazine, faisant référence aux précédents essais pas fantastiques : "C’était une autre époque. Il y avait toujours cette peur d’être un peu ridicule." Est-ce à dire qu’un bon gros géant comme Galactus avec ses yeux lumineux n’était pas possible avant ?
Sa démesure aujourd’hui pleinement assumée reconfigure notre perception d’un univers soudain magique. L’hyper-espace est un endroit-mouroir où la solitude se mesure à l’aune d’une grande échelle sans valeur. Ainsi la messagère Shalla-Bal - silver surfeuse - semble perpétuellement au bord des larmes cherchant l’effacement. Tout le monde trimballe sa propre douleur en bandoulière. Ce film-là, malgré son bleu rutilant, broie du noir. Angoissantes sixties au reflet pas si lointain.
Shakman, lui, va jusqu’à citer le 2001 de Kubrick s’émerveillant de la beauté des vaisseaux jouant aux poupées russes. C’est peut-être cette innocence-là qui s’était perdue en route et que ce rétropédalage narratif et esthétique des franchises tente de retrouver. Vintage, rétro, peut-être, mais pas réac’, ces 4 Fantastiques, lucides sur eux-mêmes, réenchantent un imaginaire fatigué. Profitons-en avant que nos amis soient avalés par l’ogre Avengers comme le laisse supposer la promotionnelle scène post-générique. Bas les masques !
Les 4 fantastiques : premiers pas. De Matt Shakman. Avec : Pedro Pascal, Vanessa Kirby, Joseph Quinn... Durée : 2h10. Sortie le 23 juillet.







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