Le temps d'aimer
Gaumont

La réalisatrice de l’ambitieux et séduisant mélo Le Temps d’aimer raconte sa relation et son travail avec ses deux comédiens principaux.

Première diffusion ce soir à la télévision pour Temps d’aimer. Sorti cet hiver au cinéma, ce mélo réussi arrive sur Canal +. Première vous le conseille, et vous propose de lire cet entretien avec sa réalisatrice, Katell Quillévéré, pour patienter. Initialement, il a été publié en novembre 2023.

Votre Temps d’aimer est un mélo qui met en scène, sur plus de 20 ans - de la fin de seconde guerre mondiale aux années 60 -, une histoire d’amour entre deux êtres abimés par la vie et que tout oppose : la mère célibataire d’un enfant né de sa brève union avec un soldat nazi et le fils d’une famille bourgeoise forcé à cacher son homosexualité. A quel moment pensez-vous à Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste pour ces deux rôles ?

Katell Quillévéré : Une fois le scénario co-écrit avec Gilles Taurand terminé. On débute à ce moment-là la réflexion avec ma directrice de casting Sarah Teper. On cherche qui pourrait incarner ces deux personnages dans la génération des trentenaires. Et j’arrive très vite à l’idée d’Anaïs et de Vincent.

LE TEMPS D'AIMER: UN MELO BOULEVERSANT [CRITIQUE]

Pour quelle raison ?

D’abord parce que ce sont de très grands acteurs, condition indispensable à tout ce que j’ambitionnais ici en termes d’émotion à doser. Je savais qu’ils sauraient prendre en charge… toute cette charge-là. Mais aussi que ce serait un challenge pour les deux, parce qu'ils n’avaient jamais eu ce type de personnages à jouer. Ce qui était vraiment une donnée essentielle pour moi. J’essaie toujours dans mes films de proposer aux acteurs de se renouveler car c'est ce qui va rendre la partie excitante. Vincent, je l'avais trouvé vraiment marquant dans De nos frères blessés d’Hélier Cisterne avec ce pas très grand et parfaitement maîtrisé vers une grande maturité. Et j’ai prolongé ce geste en lui proposant ici une véritable transformation physique. Je lui ai fait perdre dix kilos, mis des lunettes, lissé les cheveux. J'ai changé sa démarche, sa stature, son élocution, sa gestuelle. Il s'est en quelque sorte vidé de Vincent Lacoste pour composer ce personnage et on s'est régalé à faire ça, à ce travail qui passait beaucoup par le corps.

Et Anaïs Demoustier ?

C'est une actrice que j'admire depuis longtemps et j'avais vraiment envie de lui donner un rôle à sa mesure. C'est à dire un vrai rôle principal où elle puisse montrer l'étendue de sa subtilité, de son intelligence, de sa finesse avec cette profondeur qui est la sienne, essentielle pour camper cette jeune mère célibataire d’un enfant né de sa brève relation avec un soldat nazi, si ambivalente et complexe.  Je me suis aussi appuyé sur son côté solaire. Car comme son personnage crée de l'ambivalence chez le spectateur qui a du mal à l’aimer dans un premier temps, vu la dureté de son rapport à son fils, je savais qu'elle allait réussir à créer cette empathie indispensable à l’équilibre du récit.

Vincent Lacoste, Katell Quillévéré et Anaïs Demoustier
David Boyer/ ABACAPRESS.COM

Quelles étaient la teneur de vos discussions sur leurs personnages ? Avaient-ils spontanément la même que Gilles Taurand et vous ?

Avec Anaïs, on a beaucoup discuté sur la violence de son personnage. Et elle a su m’exprimer en amont sa peur d’aller trop loin. Car il y lié à ce rôle une culpabilité liée aussi à l'image qu'on se fait tous et toutes encore de la maternité. Elle me demandait par exemple si elle pouvait embrasser plus souvent son fils tout en ayant conscience que le projet du film se situait précisément dans le parti pris de l’inverse. Et que si on avait assoupli trop vite ce lien- là, la charge émotionnelle finale en aurait été impacté. Comme un thriller dévitalisé. Car pour moi, Le Temps d’aimer est un thriller sentimental. Anaïs a endossé tout cela de manière incroyable et la complicité qu’elle partage dans la vie avec Vincent a nourri le film. Car les personnages qu’ils incarnent sont certes des gens qui s’aiment mais aussi des amis, des partenaires de vie

Votre travail avec eux deux commence par des répétitions ?

Oui mais je parlerai plus de moments de lecture où on revisite les scènes, où on parle des endroits de difficulté pour chacun, où on réécrit éventuellement pour rendre le tout plus fluide. Car avec des acteurs aussi chevronnés que Vincent et Anaïs, je n’ai évidemment pas besoin d'aller vérifier en amont qu’ils vont être capables de donner telle ou telle émotion. C’est un luxe et un énorme gain de temps. Ensuite, une fois sur le plateau, je suis une méthode que j’ai créé sur le tournage de Suzanne. Je demande aux comédiens de faire chaque scène dans des directions émotionnelles hyper différentes, du très retenu au très explosif. Afin d’avoir toutes les couleurs possibles sur la table de montage, au moment où le film prend le pouvoir sur ce qu’on a écrit ou mis en scène et demande à certains moments, beaucoup de retenue et à d’autres, à l’inverse, que l’émotion éclate plein écran. J'ai besoin d'avoir toute cette palette dans les rushes.

Bande-annonce :


Katell Quillévéré : "Le cinéma doit fonctionner comme une catharsis"