Affiches Sorties de la semaine du 6 août 2025
Walt Disney Company France/ The Jokers/ Warner

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
FREAKY FRIDAY : ENCORE DANS LA PEAU DE MA MERE ★☆☆☆☆

De Nisha Ganatra

L’essentiel

Passé le plaisir de retrouver Lindsay Lohan et Jamie Lee Curtis, cette comédie interminable se montre incapable de se renouveler par rapport au film de 2003

22 ans après Freaky Friday, revoici donc Lindsay Lohan et Jamie Lee Curtis de retour en fille et mère avec cette même idée de body swap movie qui a fait son succès en salles. Anna (Lohan) est devenue à son tour mère d’une ado, Harper, et s’apprête à se marier avec un restaurateur veuf ayant quitté Londres pour s’installer aux Etats- Unis avec sa fille Lily. Sauf que Harper, la surfeuse ultra- cool et Lily, la très snob british à la pointe de la mode se détestent et voient l’une comme l’autre d’un très mauvais œil ce mariage. Jusqu’au jour où la malédiction qui avait frappé Anna et Tess les frappent à leur tour. Et voilà Harper propulsée dans la peau de sa mère Anna, Lily dans celle de Tess… et vice versa ! Avec 110 minutes annoncées au compteur, on imagine une foule de rebondissements et de manière de jouer avec ce concept. Hélas il n’en sera rien. Freaky Friday 2 se contente de sa première à sa dernière minute à surfer sur la vague du premier film, au fil de situations qu’on voit toutes venir à l’avance. Au nom de la légèreté reine, on entend ici rester dans le registre du divertissement premier degré, sans prendre de risque, sans faire de vague, jusqu’à la dernière ligne droite dégoulinante de bons sentiments qui découle de ce parti pris. Une déception.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIME

LAST STOP : YUMA COUNTY ★★★☆☆

De Francis Galluppi

Depuis Reservoir Dogs, la recette n’a pas changé pour les jeunes cinéastes indépendants américains qui veulent se faire remarquer : enfermer des archétypes du polar dans un lieu clos et faire monter la pression, lentement mais sûrement… Francis Galluppi tente sa chance avec ce thriller théâtral dans un diner d’Arizona, où une poignée de personnages se regardent en chiens de faïence : un vendeur de couteaux ambulant, un couple d’amoureux à la Badlands, une serveuse amoureuse du shérif, et deux braqueurs en cavale, dont le butin va exciter les convoitises… La mise en scène joue brillamment des contraintes du huis-clos tandis que Jim « Thunder Road » Cummings, qui joue le VRP en coutellerie, fait son numéro habituel, mais toujours amusant, de gendre idéal partant soudain en vrilles hystéro. C’est mineur ? Peut-être, mais délectable. Si vous êtes d’humeur à avaler sur le pouce un petit néo-noir saignant, arrêtez-vous à Yuma County.

Frédéric Foubert

EVANOUIS ★★★☆☆

De Zach Cregger

Une petite ville de Floride où disparaissent la même nuit à la même heure tous les enfants d’une même classe, à l’exception d’un seul petit garçon. Pourquoi ? Comment ? On doit ce pitch que n’aurait pas renié Stephen King à Zach Cregger, propulsé nouvel enfant terrible du cinéma d’horreur indé avec son premier long solo, Barbare débarqué sur Disney +. Evanouis se révèle moins ouvertement brutal que son prédécesseur. On pense ainsi beaucoup à Magnolia pour le parti pris d’un récit polyphonique à la structure éclatée où cinq personnages - dont l’institutrice que la vox populi semble tenir pour responsable (Juli Garner, phénoménale) et le père inconsolable d’un enfant disparu (Josh Brolin, impeccable) - livrent chacun une pièce de ce grand puzzle. Evanouis appartient à cette catégorie de films où le chemin vers le dénouement compte plus que la résolution en elle- même. Et on se régale devant le talent de Cregger à créer de la tension par des petits riens par une mise en scène ample et élégante, donnant naissance à un climat dépressif, mélancolique qui permet à l’épouvante de frapper encore plus fort quand elle surgit. Dommage alors que la dernière ligne droite, celle des explications ne se situe pas à la hauteur de ce qui précède. Que tout paraisse trop immédiatement compréhensible et par ricochet trop simpliste. Mais même dans cette phase déceptive, des éclairs de mise en scène parviennent à ne pas tout gâcher. 

Thierry Cheze

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7 JOURS ★★★☆☆

De Ali Samadi Ahadi

Co- écrit par Mohammad Rasoulof, ce film témoigne une fois encore de la capacité des cinéastes iraniens à multiplier les angles pour raconter l’oppression dont sont victimes les femmes dans leur pays. Ali Samadi Ahadi met ici en scène une activiste emprisonnée depuis des années loin de son mari et de ses enfants qui, après avoir obtenu une permission de 7 jours pour raisons médicales lui permettant de retrouver les siens, se retrouve face un dilemme. Fuir en Allemagne avec eux ou rester pour continuer son combat. Un cas de conscience remarquablement orchestré jusqu’à son dénouement.

Thierry Cheze

CONFIDENTE ★★★☆☆

De Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Six ans après le remarquable Sibel, Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti signent un nouveau portrait de femme tentant de garder la tête hors de l’eau dans une société patriarcale écrasante. Elle s’appelle Arzu et travaille comme opératrice dans un center- call érotique d’Ankara, avant que sa vie bascule un soir de 1999 où la ville subit un tremblement de la terre. Quand, au bout du fil, un client ado la supplie de venir en aide et qu’elle prend le risque de joindre le Procureur d’Ankara, le seul à pouvoir donner le feu vert des secours, qu’elle sait via un appel précédent participant à une partie fine dans un hôtel. Thriller en huis clos et quasi uniquement basé sur des conversations téléphoniques, Confidente se révèle d’une efficacité redoutable dans sa manière de jouer avec la tension durant ses 73 minutes riches en rebondissements parfaitement orchestrés à l’intérieur desquelles son héroïne fait un sort au statut de victime auquel elle semblait assignée. Un tour de force.

Thierry Cheze

SOME LIKE IT CLASSIC ★★★☆☆

De Romain Juchereau

Plages paradisiaques, planches vintages et vagues à perte de vue, voici la recette de ce magnifique documentaire qui remet au goût du jour l'authenticité de la culture surf. Ici pas d'effets de mode, seulement une façon de redécouvrir avec simplicité les racines d'un sport qui a traversé les générations. Intégralement tourné en 16 mm et avec beaucoup d'humilité, Romain Juchereau signe son deuxième film sur le sujet. Pour l'occasion, il a parcouru le monde à la rencontre de passionnés - artisans et professionnels - qui ont, chacun à leur manière, laissé leur empreinte dans l'histoire de ce sport à sensations. 7 années. C'est le temps qu'il a consacré à réunir des témoignages, des souvenirs d'enfance et des anecdotes plus techniques. De la côte californienne à Hawaï, en passant par la France et le Mexique, les plans des sportifs en action sont sublimes, avec en toile de fond, de la musique jazz et quelques notes de nostalgie. Atteignant le parfait équilibre entre récit instructif et images à couper le souffle, en seulement une heure, Some like it classic suffit à nous faire voyager. 

Marie Janeyriat

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

BADH ★★☆☆☆

De Guillaume de Fontenay

Marine Vacth trace une étrange carrière. Née sous le signe du cinéma d’auteur, sa filmo ressemble à un jeu de piste où elle passe d’Ozon à Bedos. Impossible à suivre. Nouvelle exemple avec Badh, thriller musclé signé Guillaume de Fontenay. Dans ce polar inspiré par Jason Bourne ou Taken, l'actrice incarne une agent française larguée en Syrie et chargée d’éliminer, seule, des terroristes islamistes (belle séquence d’ouverture). Passée cette intro, l’ex-soldat est devenue prof de surf, vite obligée de replonger dans son passé quand son compagnon flic est abattu dans la rue. Sa vengeance sera méthodique. La violence chirurgicale. Vacth impose sa présence sans jamais forcer le trait, aidée par la mise en scène percutante mais pas frimeuse. Action sèche, chorégraphies millimétrées, montage au cordeau : ici pas de fioritures, juste du savoir-faire. Badh ne révolutionnera rien, mais de Fontenay exécute son cahier des charges avec une efficacité bienvenue. 

Pierre Lunn

L’ETE DE JAHIA ★★☆☆☆

De Olivier Meys

On a découvert Olivier Meys en 2019 avec Les Fleurs amères, un mélo bouleversant dans les pas d’une jeune mère chinoise qui s’exilait en France dans l’espoir d’une vie meilleure et faisait tout pour que ses rêves ne se fracassent pas sur la violence de la réalité. Avec L’été de Jahia, Meys s’intéresse de nouveau à un personnage féminin déraciné dont l’horizon sur le sol français paraît pour le moins bouché : Jahia qui donne son titre au film. Une jeune fille de 15 ans ayant fui le Sahel avec sa mère et vivant avec elle en attente de papiers dans un centre d’accueil où elle va faire connaissance et se lier d’amitié avec une ado de son âge, biélorusse, dans la même situation qu’elle. La belle idée de ce film est de raconter le quotidien de sans- papiers par le prisme de l’adolescence, de ses tourments et de l’impatience décuplée qui va avec cet âge. L’Eté de Jahia se construit comme un choc de personnalités entre ses deux héroïnes - formidablement incarnées par Noura Bance et Sofiia Malovatska – aux tempéraments opposées, la première étant aussi réservée que l’autre fonceuse. Mais si le récit décolle dès qu’elles sont ensemble, il redevient un peu trop didactique dès que Jahia se retrouve seule ou avec sa mère. D’où la petite déception par rapport aux Fleurs amères.

Thierry Cheze

SLOW ★★☆☆☆

De Marija Kavtaradze

La qualité majeure de ce film de la lituanienne Marija Kavtaradze est d’aborder un sujet très peu traité le cinéma, l’asexualité, à travers un coup de foudre entre un interprète en langues des signes et une danseuse qui se heurte donc à l’incapacité du premier à éprouver le moindre désir sexuel pour quiconque. Mis en scène avec élégance (avec à la clé le prix dans cette catégorie au festival de Sundance 2023), Slow a hélas du mal à dépasser le stade des bonnes intentions faute à un scénario qui ne fait au fond qu’enchaîner les péripéties communes à tout récit de romance contrariée, sans parvenir à trouver des rebondissements spécifiquement liés à la situation de ce couple.

Thierry Cheze

 

Et aussi                                                                                                                    

Jijutsu Kaisen : Trésor cachée- mort prématurée : Le film, de Shouta Goshozono

Y a pas de réseau, de Edouard Pluvieux

Les reprises                                                                                                             

Chronique des années de braise, de Mohamed Lakhdar Hamina

Oslo, 31 août, de Joachim Trier

Yi Yi, de Edward Yang