Le cinéaste Fabien Gorgeart continue à explorer la question qui traverse tous ses films – comment faire famille ? – en sachant y distiller un humour savoureux, porté par une bande d’acteurs tous irrésistibles
S’il fallait une preuve du changement d’orientation réussie de la politique de sélection des organisateurs du festival de l’Alpe d’Huez, la voilà ! Il y a encore une poignée d’années on n’aurait pas forcément imaginé Fabien Gorgeart en compétition - ce cinéaste n'étant pas spécialement associé à la comédie. Ce temps-là est révolu. L'Alpe d'Huez s'est ouvert à différents types de comédies et aujourd'hui, on peut voir dans la même journée, ou quasi, Le Marsupilami et C'est quoi l'Amour ?
Dans ce film, Gorgeart continue à explorer la question qui traverse tout son cinéma depuis son premier long Diane a les épaules. A savoir : comment faire famille ? En 2017, ce premier film racontait l'histoire d'une jeune femme qui acceptait de porter l’enfant d’un couple d’amis homosexuels. Par le prisme de la GPA, Gorgeart regardait la révolution en marche des modèles familiaux. En 2021, dans La Vraie famille on suivait une famille d’accueil qui voyait le petit garçon qu’ils avaient accueilli à 18 mois repartir vivre avec son père biologique.
Et voilà donc son troisième film. L’émotion toujours là, mais jamais Fabien Gorgeart n’avait jamais poussé aussi loin le curseur de la comédie. Pour cela, il s'appuie sur une situation de départ inattendue : Fred va demander à son ex-femme Marguerite, des années après leur séparation, d'obtenir la nullité de leur mariage à l'Eglise. Sa nouvelle compagne, Chloé, catholique fervente veut se marier devant Dieu et pour cela, il a besoin de cette précieuse annulation. Marguerite, heureuse de le voir de nouveau en couple, accepte, sans se douter des emmerdes qu'ils vont devoir affronter.
La grande qualité de Gorgeart est de parvenir à trouver le bon ton pour traiter ce qui apparaît d’abord comme une formalité un peu exotique mais qui lui permet en réalité de traiter le sujet inflammable de la religion. Subtil, le réalisateur nous arrache des sourires et des rires sans verser dans la facilité de la charge anticléricale tout en montrant, à l’inverse, jusqu’à quelles extrémités les autorités du clergé peuvent aller pour obtenir cette nullité. Mais le film s'aventure aussi sur le terrain de l'intime et cette enquête sur leur propre passé va faire ressurgir chez les vieux amants des sentiments qu’ils croyaient éteints depuis longtemps. C’est quoi l’amour ? allie ainsi la légèreté et la profondeur dans un geste d'une grande fluidité en dépit de la multiplicité des mini-intrigues qui le composent.
Mais on est à L'Alpe d'Huez. Et Gorgeart excelle donc dans l’art du comique de situation réussissant à croquer les générations avec beaucoup d'humour. Aussi pertinent dans sa description des adultes que des adolescents, des parents comme des enfants, cette valse générationnelle lui permet de réfléchir autour du sentiment amoureux. Des premiers emballements du cœur aux hésitations et incertitudes qui nous assaillent lorsqu'on se pensait sincèrement engagé pour le reste de sa vie... c'est les variations de l'Amour, les libertés prises par Cupidon qu'ausculte le cinéaste.
Et rien ne résonnerait avec cette justesse-là sans la qualité du casting réuni devant sa caméra. Sans l’abattage de Laure Calamy, la délicatesse de Vincent Macaigne. On découvre Mélanie Thierry dans un personnage de femme pieuse éloignée de ce qu’elle a pu jouer précédemment ; Jean- Marc Barr en homme d’Eglise rigoriste ; Lyes Salem très juste, tout comme Céleste Brunnquell et Saül Benchetrit, révélée par la série Chair tendre, dans son premier grand rôle sur grand écran. Leur complicité crève l’écran. Et on pardonne volontiers ici et là quelques petites baisses de régime pour saluer cet hymne au vivre ensemble, dénué de toute facilité mielleuse et démagogique.
De Fabien Gorgeart. Avec Laure Calamy, Vincent Macaigne, Mélanie Thierry… Durée : 1h38. Sortie le 6 mai 2025







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