Affiches Sorties de la semaine du 3 septembre 2025
ARP/ SND/ Ad Vitam

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
EXIT 8 ★★☆☆☆

De Genki Kawamura

L’essentiel

Cette adaptation d’un jeu vidéo à succès mêle boucle temporelle oppressante et drame intime pour explorer les angoisses de la société japonaise. Inégal mais ludique.

Le jeu vidéo Exit 8 répond à des règles on simples : piégé dans un couloir vide de métro tokyoïte se répétant à l’infini, le joueur doit repérer des bizarreries qui se glissent dans le décor. Si une anomalie apparaît, demi-tour immédiat. S’il n’y en a pas, alors il faut avancer pour espérer trouver la sortie, la moindre erreur vous faisant reprendre à zéro dans ce dédale infernal. En transposant le jeu au cinéma, Genki Kawamura en garde l’ambiance oppressante, le motif répétitif et les murs d’un blanc immaculé, mais ajoute une surcouche psychologique avec un personnage principal confronté à l’annonce surprise de la grossesse de sa compagne. Doit-il aller de l’avant et assumer cette paternité ? Pas toujours très malin dans ses effets de manche ; Exit 8 ne perd pourtant jamais de vue son héritage ludique et parvient à maintenir à feu bas un sentiment d’étouffement. On n’aurait pas craché sur un peu plus de visions horrifiques, mais le film préfère prendre la voie de la critique d’une nation écrasée par ses conventions et la pression sociale. Il y gagne en profondeur ce qu’il y perd en efficacité.

François Léger

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PREMIÈRE A AIME

LA VOIE DU SERPENT ★★★☆☆

De Kiyoshi Kurosawa

Le troisième film de Kiyoshi Kurosawa à sortir cette année est français ! Remake d’un de ses précédents films (Serpent’s path, tourné en 1998 et resté inédit en France), La Voie du serpent suit Albert Bacheret (Damien Bonnard), honnête père de famille dont la jeune fille de huit ans se fait un jour kidnapper. Plongeant dans la veine paranoïaque de Kurosawa, le film montre avec un certain goût du sordide jusqu’où un homme ordinaire peut aller pour retrouver son enfant. Loin bien évidemment, mais surtout jusqu’à devenir un monstre à son tour ; torturé aisément devenu tortionnaire, un monstre de banalité donc. Le twist final du film peu à peu révélé au cours d’une chasse à l’homme sans merci, particulièrement terrifiant et cynique, invite alors à reconsidérer l’intégralité de l’histoire, l’origine de son horreur, le rôle des images en son intérieur. Pas de doute, on est bien en présence d’un film de Kurosawa (sous son meilleur jour) !

Nicolas Moreno

CIUDAD SIN SUENO ★★★☆☆

De Guillermo Galoe

Partir ou rester ? Tel est le dilemme qui se pose aux habitants de Cañada Real, le plus grand bidonville d’Europe situé dans la banlieue de Madrid. Au sein d’une communauté Rom qui l’habite, la question se fait doublement difficile pour Toni, un adolescent de quinze ans dont la famille se divise à ce sujet : partir dans l’espoir d’une vie meilleure, ou rester avec ses amis et son grand-père dont il est très proche ? Inspiré de situations bien réelles, le film joue sur la frontière entre fiction et documentaire. La part d’onirisme et de fantaisie à même de justifier le recours à la fiction se fait parfois trop discrète, mais offre à Ciudad sin sueño ses meilleures séquences : de nuit ou lors des fréquentes pannes de courant, lorsque Toni est accompagné de son chien ou quand il filme directement avec son téléphone. À défaut d’espoir, la caméra filtrée d’un téléphone offre encore à l’enfant de rêver un autre quotidien. Et c’est déjà ça de pris.

Nicolas Moreno

L’EVANGILE DE LA REVOLUTION ★★★☆☆

De François-Xavier Drouet

Et si on observait la résistance aux dictatures d’Amérique latine par le prisme de la théologie de la libération ? C’est le pari de François-Xavier Drouet, qui propose dans ce documentaire une subtile relecture de l’histoire politique du Salvador, du Mexique, du Nicaragua et du Brésil. Au fil des témoignages de prêtres et théologiens de l’époque se tissent des liens insoupçonnés entre les différentes rébellions, savamment mises en exergue par des images d’archives. Un travail de recherche aussi passionnant qu’exhaustif.

Lucie Chiquer

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

ADIEU JEAN- PAT ★★☆☆☆

De Cécilia Rouaud

Suite à un concours de circonstances, Etienne se retrouve bien malgré lui à organiser l’enterrement de Jean- Pat qui n’a eu de cesse de l’humilier dans son enfance et qu’il avait perdu de vue depuis des années. On retrouve dans ce pitch l’espièglerie du tandem d’écriture formé par le regretté Laurent Tirard et Fab Caro qui avait donné naissance au Discours. Mais rien de cela ne transparaît hélas à l’écran sous la direction de Cécilia Rouaud (Photo de famille) où la comédie y apparaît trop corsetée et le mélange ambitionné entre rires et émotions ne fonctionne jamais. La faute à une intrigue trop riche en personnages qui empêche de creuser les plus intéressants d’entre eux. Mais aussi à une interprétation bien trop sage, Hakim Jemili en tête, dans une composition qui bégaie trop avec le récent L’amour c’est surcoté. A deux exceptions près : Fanny Sidney et Constance Labbé qui, dans les rôles respectifs de sa compagne et de sa meilleure pote, redonnent à chacune de ces scènes de l’énergie à un récit souvent amorphe.

Thierry Cheze

LA CASA ★★☆☆☆

De Caroline Bennarosh

Pour ce documentaire, Caroline Bennarosh est allée filmer une école de mode alternative et gratuite réunissant des jeunes gens entre 18 et 25 ans, issus de milieu défavorisés. Le geste est sincère, celles et ceux qu’elle a choisi de suivre jamais réduits à des archétypes. La Casa ne bascule d’ailleurs à aucun moment dans un discours lénifiant mais manque d’un vrai geste cinématographique pour justifier pleinement sa présence sur grand écran. A la différence du Allons enfants où le duo Demaizière- Teurlai avait filmé la section hip- hop d’un lycée pas comme les autres auquel on pense beaucoup.

Thierry Cheze

CHRONIQUES D’HAÏFA- HISTOIRES PALESTIENNES ★★☆☆☆

De Petra Volpe

Scandar Copti (le très beau Ajami sorti en 2010) explore la vie d’une famille palestinienne à Haïfa, en Israël, dont le quotidien bascule après un accident. Quatre points de vue pour dévoiler secrets, tensions et conflits identitaires. Le tournage chronologique et le choix d’acteurs non professionnels (épatants) offrent une authenticité frappante, mais la narration éclatée, pourtant audacieuse, peine à créer de l’émotion. Et le dispositif finit par laisser le spectateur légèrement à distance.

François Léger

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

FILS DE ★☆☆☆☆

De Carlos Abascal Peiro

Une semaine après la présidentielle, la France se cherche toujours un nouveau premier ministre. Un jeune assistant parlementaire (Jean Chevalier) est missionné pour convaincre son père (François Cluzet), homme politique retiré des affaires, d’accepter le poste dans les prochaines 24 heures… S’ensuit une course contre la montre entre Paris, la Bretagne et Bruxelles, toute en dialogues mitraillettes et mouvements de caméra survoltés, qui se veut burlesque et délirante, mais se révèle surtout très brouillonne. Les seconds rôles bouffonesques (Alex Lutz en ministre cynique, Karin Viard en conseillère de l’ombre lookée comme une grenouille de bénitier…) sont lourdement dessinés et le propos, assez filandreux. On pense beaucoup devant Fils de à une autre fiction politique récente, Second Tour de Dupontel, tout aussi maladroite. Dans le genre « comédie d’assistant parlementaire », un binge- watching de la série Parlement est sans doute plus recommandé.

Frédéric Foubert

NI DIEUX NI MAÎTRES ★☆☆☆☆

De Eric Cherrière

Après avoir visité le film de serial-killer (l’âpre Cruel en 2017), Eric Cherrière, par ailleurs auteur de polars, part au Moyen-Age : épée, robe de bure et droit de cuissage. Ça commence façon Le Pacte des Loups avec des combats à la John Woo pour se poursuivre sur un ton plus sentencieux dans des intérieurs au feu de bois. On aperçoit la regrettée Edith Scob dans ce qui restera son ultime rôle, Pascal Greggory joue les seigneurs vieillissants et le magnétique Saleh Bakri se demande sûrement ce qu’il fait là. Dans quel film est-on exactement ?

Thomas Baurez

 

Et aussi                                                                                                                    

Dans l’ombre de Marlow, de Aurélien Harzoune et Bertrand Mineur

Histoires ordinaires et extraordinaires, de Laurent Firode

Nenuphar, de Julien Botzanowski

Terminal, de Shudi et Yann Cornières

Les reprises                                                                                                             

Entre le ciel et l’enfer, de Akira Kurosawa

Palombella Rossa, de Nanni Moretti

The Party, de Blake Edwards

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