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Mads, dans La Chasse, vous avez une fois de plus la gueule abîmée... Ah non, pas au début en tout cas ! Et puis qu’est-ce que vous voulez dire exactement par « une fois de plus » ? Que c’est une constante dans mes films ?Quasiment : les cicatrices du Chiffre, l’oeil de One-Eye et maintenant les blessures de Lucas...  OK, mais vous oubliez les comédies danoises, Coco et Igor ou After the wedding où là, j'étais en un seul morceau... Et puis, je n’y suis pour rien : c’est dans le scénario qu’on me donne. Moi je ne suis qu’un instrument au service du metteur en scène... Je ne tiens pas particulièrement à être moche dans les films où j’apparais.J’aurais cru pourtant. Comme pour faire oublier que vous êtes régulièrement élu l’Homme le plus sexy du Danemark et que vous avez été danseur de ballet... Je vois que vous avez fait des recherches (rires). Mais c’est du passé tout ça, j’ai vieilli et je ne suis plus dans la course... Comme le ballet d'ailleurs. Mais si on doit parcourir mon CV, rajoutez quand même que j’ai botté le cul de Sam Worthington dans La Colère des Titans, ça fera plaisir à mes enfants.J’allais y venir justement... On a l’impression que vous alternez films d’auteur européens et blockbusters US. C’est ça la logique de carrière ? Ouh là ! Je ne cherche pas de logique. Ca c’est bon pour les journalistes. Quand je joue dans La Colère des Titans, je m’amuse ! Je retourne en enfance, à l'époque où je regardais des peplums ou des films de kung fu... A 45 ans, c’est à moi d’arriver dans une scène et de manier le glaive ou de foutre une branlée au méchant. J’adore ! Evidemment, ce n'est pas la même chose quand je travaille avec Nicolas (Winding Refn) ou avec Thomas (Vinterberg). Là, j'explore l'intimité d’un personnage. Mais au fond, ce sont deux façons de faire un même métier et j’ai besoin de faire les deux. D'un côté l'aspect physique, enfantin, de l'autre le drame et son intensité, extrême...Qu’est-ce qui vous a séduit dans La Chasse ? Son intensité justement ? Oui, et son côté redoutablement dérangeant. Mais en lisant le script j’étais surtout frustré. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, tout se retourne systématiquement contre le personnage de Lucas. Il clame son innocence, mais on ne le croit pas. Au fond, ce personnage est le symbole de l’homme moderne, un type rationnel et éduqué, qui déteste le conflit et pense que le dialogue ou la logique est la bonne réponse.Visiblement il se trompe  Visiblement ! C’est la force et le courage de Thomas dans ce film : montrer à quel point la rumeur peut détruire un homme et comment une communauté peut se transformer en meute assoiffée de sang... C'était un sujet casse-gueule, mais je trouve qu'il s'en sort brillamment.Vu le sujet et votre personnage, on imagine que le tournage fut intense  C’est un euphémisme ! Parfois, j’étais accablé. L'histoire de Lucas est une suite d'humiliations et de violences. Et franchement à certains moments je saturais. Mais ce qui me sauve c'est que, une fois la journée terminée, je n’emporte rien avec moi, je laisse tout sur le plateau. Vous n'êtes pas un adepte de la Méthode ?  Très peu pour moi.... J'admire Day-Lewis, mais je ne me vois pas rentrer chez moi en demandant à mes enfants de m’appeler par le prénom de mon personnage. Ces trucs là m’ont toujours ennuyé et ceux qui prétendent le contraire vous racontent des bobards. Moi, je n’ai pas de problème pour chialer ou rire. C'est des trucs d'acteur. Ca s'apprend. La scène dans l'église par exemple, a duré une éternité. J'ai dû pleurer pendant 6 heures... j'aurais pu continuer autant que je le voulais. Ca se contrôle, c'est tout.Propos recueillis par Gaël Golhen