Date de sortie 24 janvier 2018
Durée 127 mn
Réalisé par Emmanuel Finkiel
Avec Mélanie Thierry , Benoît Magimel , Benjamin Biolay
Scénariste(s) Emmanuel Finkiel
Distributeur Les Films Du Losange
Année de production 2017
Pays de production France, Belgique
Genre Drame
Couleur Couleur

Synopsis

Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l'angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris.

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Mélanie Thierry : “Ce rôle incarne tout le cinéma que j’aime”

Dans La Douleur, en jeune Marguerite Duras guettée par la folie, Mélanie Thierry est exceptionnelle. Rencontre.

Critiques

  1. Première
    par Anouk Brissac

    Paris, l’Occupation. La jeune Marguerite, employée dans une maison d’édition et déjà écrivaine, attend dans l’angoisse le retour de son mari, le résistant Robert Antelme, fait prisonnier en 1944. L’attente de Marguerite est d’abord comme celle des autres, pénible mais acceptable, avant de devenir insoutenable à la Libération. Les prisonniers rentrent des camps mais, parmi ce compte-gouttes de miraculés, point d’Antelme. Alors la terrible peine bat croissant aux tempes de la jeune femme, qui s’y laisse couler. Paradoxalement, ce sont l’instauration définitive de la paix et le retour du soleil brûlant le pavé parisien noirci qui signent le début de l’horreur en Marguerite. Les véritables déclencheurs de la singularité du film aussi, qui ne va désormais cesser de frotter entre ces antagonismes. Finkiel, obsédé par le manque et la Shoah (VoyagesJe suis), décortique le vide créé par l’absent, présence en creux à la fois entêtante et ambiguë. Car, si Marguerite souffre, elle trompe Antelme avec l’essayiste Dionys Mascolo, avec qui elle travaille, et fréquente un collabo aux intentions troubles. Comme dans Je ne suis pas un salaud, son précédent film, le cinéaste sonde dans cette adaptation du roman autobiographique de Marguerite Duras la moralité de son personnage avec une frontalité sourde. Deux heures d’images vibrantes que vient briser un montage frôlant parfois l’abstraction, ahurissant de justesse tant il reproduit le mental chahuté de son héroïne. Ce chaos impressionniste fait d’espoirs, d’obsessions qui obstruent littéralement son rapport aux gestes les plus quotidiens, de pensées taboues et d’accès de détresse pure.

    ASCENSION
    Entourée d’un casting masculin robuste et taiseux (Benoît Magimel, Benjamin Biolay), Mélanie Thierry traverse là le pont entre jeunesse et maturité, celui du personnage mais aussi le sien comme actrice. Elle transcende sa solide partition, entre posture romantique de l’attente et droiture, enivrement à son propre chagrin et lucidité écrasante caractéristique de l’oeuvre de Duras. Grave, visage nu et phrasé subtilement « durassien », elle rend vivace cette figure légendaire, à la fois star littéraire et héroïne tragique anéantie par l’Histoire. La comédienne entre, avec ce rôle, dans la cour des grandes.