Terminator 2
StudioCanal

Retour sur l'histoire mouvementée du second volet de la saga. 

Mise à jour du 8 février 2019 : A l'occasion de la soirée spéciale consacrée à Arnold Schwarzenegger sur Arte, replongeons-nous dans l'histoire mouvementée de la suite Terminator 2, qui sera diffusé dimanche à 21h, suivi du documentaire La fabrique d'Arnold Schwarzenegger, à 23h10. En attendant des nouvelles de Terminator 6, prévu pour la fin de l'année au cinéma...

 

Terminator 6 : une vidéo de tournage dévoile les coulisses du film

"Ou en est Terminator 2 ?". "C'est quand qu'on fait Terminator 2 ?". Depuis la sortie du film original, Arnold Schwarzenegger ne manque jamais de rappeler à Cameron son désir d'incarner à nouveau le personnage du T-800. "Régulièrement, Arnold m'appelait, parlait de choses et d'autres pendant quelques minutes, puis au bout d'un moment, disait invariablement 'il se passe quoi, alors, sur Terminator 2 ?'" se souviendra plus tard James Cameron. L'obstination de Schwarzenegger est telle que "T2" est devenu un running gag entre eux. Si Schwarzenegger, comme son public, est frustré de l'attente, c'est que le projet est devenu une arlésienne. "Nous avons déjà une idée de l'histoire", confie Cameron a Starbust magazine en 1985, "mais pour le moment, on est pas allé plus loin que d'en parler (avec le studio)".

Prudence et longueur de temps

Suite au succès d'Aliens, James Cameron a créé avec sa co-productrice Gale Ann Hurd une société de production nommée TechNoir (d’après le nom de la boite de nuit dans le premier Terminator), et c’est sous cette bannière qu’il envisage dans un premier temps de réaliser Terminator 2. Mais une fois le tournage d’Aliens passé, il semble moins emballé par l'idée d'enchainer avec T2. "Nous n'avons pas eu d'offre concrète pour le moment pour réaliser Terminator 2", confie-t-il à Starlog en 1986. "Le film se fera. Mais il ne se fera que dans les conditions que Gale (Ann Hurd) et moi-même trouverons acceptables. Et jusqu'à présent, cela n'a pas été le cas. Il y a aussi de fortes chances pour qu'un autre le réalise, et que Gale et moi-même le supervisent de près"

A ce stade de sa carrière, Cameron semble commencer à s'inquièter des accusations de non-originalité que ses détracteurs lui envoient (déjà) à la figure. C'est pourquoi il se décide, provisoirement, à ne pas réaliser lui-même T2. "Ce serait la quatrième suite dans laquelle je suis impliqué, et ma troisième en tant que réalisateur, et ce n’est pas une bonne moyenne sur quatre films !" explique-t-il toujours à Starlog. Alors qu’Abyss se profile, il songe dans un premier temps à reconduire la franchise Terminator en une série de films façon Star Wars, sur lesquels il conserverait un contrôle solide tout en laissant d’autres réalisateurs gérer les tournages. Martin Campbell, le futur réalisateur de Goldeneye et Casino Royale, est approché. Les deux hommes se sont rencontrés pendant la production d’Aliens à Pinewood et ont sympathisé. Cameron est un grand admirateur de sa série Edge Of Darkness, diffusée à la télévision britannique en 1985, dans laquelle il a puisé plein d’idées de mise en scène pour Aliens.

Mais la relation avec Hemdale, la société de production de Terminator, continue à se détériorer au point que T2 va être mis en sommeil. Si l'on fait le compte de ce que Cameron a subi avec Hemdale on comprend pourquoi la suite a mis tant de temps à émerger : Hemdale l'a obligé à mixer le premier Terminator en mono plutôt qu'en stéréo pour économiser 40 000 $ sur le budget. Hemdale a refusé de mettre plus d'argent dans la promotion après son démarrage en tête du box office le premier week-end de sa sortie. Hemdale a refusé de l'épauler contre les menaces juridiques de l’auteur SF Harlan Ellison, que Cameron a été obligé de créditer en ouverture du générique de fin, ruinant légalement à vie le dernier plan (magnifique) de son premier film qui était intact en salles lors de la sortie originale. Enfin pour couronner le tout, Orion, le distributeur de Hemdale, a lancé parallèllement le projet Robocop de Paul Verhoeven, qui avoue s'être largement inspiré de Terminator pour le film et que Cameron considère comme une exploitation opportuniste du succès de son propre cyborg. Le monteur de Terminator, Mark Goldblatt, y officie comme réalisateur de seconde équipe ! "Nous avons compris au bout d'un moment que Hemdale n'arriverait jamais à produire la suite que l'on voulait faire" explique Schwarzenegger, "faire un film ambitieux avec un gros budget ne les intéressait pas. Ils voulaient juste produire une suite cheap".

Carte blanche

A l’automne 1989, James Cameron émerge du bassin d’Abyss pour subir de plein fouet le semi-succès du film. Alors qu'il collabore à l'écriture d'un autre projet de science-fiction avec son ami William Wisher, le téléphone sonne : c'est Mario Kassar, le producteur des Rambo, pour qui Cameron a écrit Rambo 2. "Tu veux réaliser Terminator 2 ?", lui demande Kassar. "Non merci je ne suis pas intéressé", répond Cameron, pour qui les événements récents avec Hemdale sont encore tout frais en mémoire. Kassar enchaine : "Je te propose 6 millions de dollars". "D'accord, je suis TRÈS intéressé !", répond Cameron, n'en croyant pas ses oreilles. C'est que Kassar a réussi l'impossible : sa compagnie Carolco a racheté les droits à Hemdale, qui traverse alors de graves soucis financiers, pour 5 millions de dollars, et a versé la même somme à Gale Ann Hurd, s'assurant ainsi une autoroute juridique pour produire le film. Seul problème : Carolco veut que Terminator 2 soit prêt pour une sortie le week-end du 4 juillet 1991, afin de recouper ses investissements le plus rapidement possible. Soit un an et demi seulement pour avoir un produit fini, alors qu'aucun scénario n'est rédigé, là où des films de cette ampleur prennent habituellement trois ans à se monter. Quand Cameron dit au producteur qu'il a déjà en tête une vague idée pour la suite, incroyablement, celui-ci lui répond : "Parfait. On n’a pas d'histoire, de toute manière. C'est toi qui a créé cet univers. Donc tu fais ce que tu veux, on est d'accord d'avance. Tu te débrouilles". James Cameron raccroche, éberlué. Carolco vient de lui offrir un pont d'or et une liberté totale. Le rêve ! Il appelle Wisher : "J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise", explique-t-il à son ami. "La bonne, c'est que Terminator 2 a le feu vert. La mauvaise, c'est qu'on est déjà en retard sur le planning. Tu veux l'écrire avec moi ? Je te laisse le temps d'y réfléchir". Wisher y réfléchit "en tout et pour tout trois secondes" et dit oui.

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Good Terminator/Bad Terminator

Si la participation d'Arnold est déjà acquise par Carolco, Cameron, échaudé par son expérience sur Aliens (que Sigourney Weaver a failli ne pas faire), veut s'assurer que Linda Hamilton sera bien de la partie avant d'écrire la moindre ligne du script. "Je lui ai donc téléphoné après ne pas avoir donné de nouvelles pendant trois ans. Ce jour là, elle allait accepter un rôle pour un autre film de science-fiction, qui aurait été en conflit direct avec le notre. Elle m'a juste dit : 'Je veux être folle.' Je lui ait répondu que je pouvais écrire ça. Sur la base de cette conversation, elle a refusé l'autre film. Et elle a bien fait, parce-que le film s'est revélé être un four" (il s'agissait de Highlander 2). Pour Cameron, qui n’a pas encore de script, une seule chose est certaine : Arnold devra cette fois incarner un "bon" Terminator reprogrammé pour se battre contre un méchant. L'idée n'est pas récente : il l'a eue tout de suite après le premier film quand il a vu les réactions du public au premier Terminator, hurlant de joie quand le robot dégommait les policiers dans le commissariat, ce que confirme son assistant Van Ling : "Il m'a parlé de son idée d'Arnold reprogrammé pour être le héros, la toute première fois où je l'ai rencontré, chez moi, fin 1986". Mais dans quelle histoire intégrer cette idée ? "Nous avons d’abord envisagé de faire un film se déroulant entièrement dans le futur", explique Cameron. "Nous avons même eu l'idée de faire revenir Sarah et Reese ensemble, en utilisant la machine à voyager dans le temps. Mais ça ressemblait trop à Retour vers le futur, où le voyage dans le temps fait partie intégrante du scénario. Dans le premier film, le voyage dans le temps ne servait qu'à mettre l'histoire en place et je préférais que les choses continuent comme ça." Finalement, Cameron trouve la clé, griffonnée sur une des pages de ses blocs notes jaunes plusieurs années auparavant : "Jeune John Connor et son Terminator". "La première fois qu'il m'a raconté ça on a bien rigolé explique Wisher. Et puis je me suis rendu compte qu'effectivement, ça avait du sens. Faire une suite commençant à la fin du premier film, avec un autre Terminator pourchassant Sarah Connor enceinte, aurait été trop similaire et on n’avait pas envie de refaire le même film".

Dans un premier temps, Cameron et Wisher envisagent la lutte de deux Terminator identiques, un bon et un méchant, tous les deux joués par Arnold. "Mais deux choses m'ont fait abandonner cette idée", explique Cameron : "je trouvais d'abord que c'était trop gimmick, et ensuite pour que ça marche, il aurait fallu arriver à différencier les deux Terminator visuellement. Ca voulait dire qu'Arnold serait maquillé pendant les cinq mois que dure le tournage et je ne voulais pas lui imposer un stress pareil. Personne n'a envie de voir Arnold énervé tout au long d'un tournage". Finalement Cameron dépoussière un concept qu'il avait rédigé, en résumé, avant même d'écrire le scénario du premier Terminator. Dans cette première ébauche, le T-800 était envoyé en 1984, comme dans le film final, mais était neutralisé par Reese et Sarah à la moitié du film. Skynet envoyait alors un robot plus dangereux et élaboré, le T-1000, métamorphe en métal liquide, et le cauchemard reprenait. Cameron avait abandonné l'idée parce que The Thing de John Carpenter, qui mettait aussi en scène une créature métamorphe, était sorti cette année là, et qu'il n'avait à l'époque ni la technologie ni les moyens de réaliser une idée pareille. Mais peut être que le moment était venu ?

Un film de fous

Seul problème avant de lancer l'écriture : il faut convaincre Arnold qu'il ne jouera plus un "méchant" Terminator. Pour lui annoncer la nouvelle, Cameron l’invite à déjeuner - cette fois, il a de quoi payer – et lui explique le nouveau concept du film. Oh, et aussi, qu'il ne tuera personne. "Comment est-ce possible que je ne tue personne ? Je suis le Terminator ! Les gens veulent me voir pousser des portes d'un coup de pied et tirer sur tout ce qui bouge !", répond Arnold, abasourdi. Echaudé par l'expérience de Conan le Destructeur, qui a détruit la série en la tournant vers le comique et en atténuant sa violence pour en faire un film familial, Arnold soupçonne une interférence du studio. Cameron lui explique qu'il n'en est rien, et que le film sera bien classé R comme le premier. Juste que cette fois, il sera programmé pour être le héros, et qu'il applique au personnage les questions de moralité qui vont avec. Arnold n'y comprend rien. "Il était complètement décontenancé au départ", expliquera Cameron au journaliste Don Shay, "il s'attendait, comme tout le monde, à quelque chose plus proche de l'esprit du premier film et il a mis du temps à apprivoiser l'idée". Cameron lui suggère d'attendre de lire le script, qu'il va commencer à écrire avec William Wisher aussitôt que le contrat avec Linda Hamilton est signé. Petit problème : nous sommes à ce moment là en mars 1990, et il ne reste aux deux complices que 4 semaines pour avoir un premier jet de script fini et présentable, pour coïncider avec l'annonce de Carolco de Terminator 2 au festival de Cannes en mai, et pouvoir le faire lire aux acheteurs du marché du film ! Cameron et Wisher, après trois mois de brainstorming, ont déjà couché sur Mac plein d'idées de scènes en créant un fichier par séquence. "On se poussait l'un et l'autre de la chaise du bureau, en écrivant dans les fichiers toutes les idées qui nous passaient pas la tête", explique Wisher. "Nous avions des fichiers séparés, par exemple, 'Sarah à l’hôpital psychiatrique', 'Terminator et John à Bridge', 'Terminator dans le centre commercial'". "Une fois qu'on a eu fini", poursuit Cameron, "on a imprimé toutes les pages et on avait l'équivalent d'un traitement. C'était un film de fou, qui aurait coûté plus cher à produire que l'Opération Tempête du désert, mais on avait une histoire".

La "chose"

Pour réussir à finir le scénario avant le 10 mai 1990, les deux hommes se divisent l'écriture des scènes. Wisher écrit la première moitié du film tandis que Cameron écrit la deuxième, même s'ils s'échangent les pages quand l'un ou l'autre sèche. "Ne t'arrête surtout pas d'écrire", dit Cameron à Wisher, "abats les pages. Si c'est de la merde, on peut toujours réécrire". Cameron, qui déteste écrire, travaille la nuit, se crashant dans son lit quand les premières lueurs du jour arrivent, refusant de prendre les appels téléphoniques. La "Chose", comme il l'appelle, commence a grossir sur son disque dur, alors qu'il copie/colle les scènes de Wisher avec les siennes. Quand finalement il lance l'impression du script complet, nous sommes le 10 mai 1990 et la limousine de Carolco l'attend en bas pour l'amener à l'aéroport. "J'avais écrit les 25 dernières pages sans m'arrêter. Mes doigts étaient raides. J'ai attrapé le script, l'ai enfourné dans ma valise et pris la direction de l'aéroport." Arrivé dans l'avion, Cameron se fait siffler par tout le monde : il est le dernier passager de la centaine à bord du jet spécial affrêté par Carolco et a mis l'avion en retard. Il passe le script à Schwarzenegger et s'écroule dans son fauteuil, lessivé. Pendant tout le vol, Arnold distribue les pages du scénario aux pontes de Carolco au fur et à mesure qu'il les lit, tandis que Cameron ouvre un œil de temps à autre, pour voir sa réaction. "Quand finalement l'avion s'apprête à atterrir, on est tous en train de courir dans les couloirs de l'avion et à sauter en l'air tellement le script était dément", se souviendra Arnold. "Arnold m'a confié après que c'était plus que ce qu'il attendait", poursuit Cameron. "On tenait enfin un film". A Cannes, Carolco annonce T2 et son budget, qui est alors de 70 millions. La presse s'étouffe, prédisant un désastre. Le film coûte dix fois plus cher que l'original, et à peu près autant d'argent que ce que le premier Terminator a mondialement rapporté. Selon les journalistes, le plantage est donc assuré : comme toutes les suites produites à cette époque, ce Terminator 2 ne peut mathématiquement rapporter au maximum que la moitié du box office original du premier, soit 40 millions de dollars. Comment pourrait il en être autrement ? Pendant ce temps, sur le marché du film, Carolco se remplit les poches en même temps que son carnet de commandes, en pré-vendant Terminator 2 dans le monde entier. "Les acheteurs / distributeurs étrangers devenaient fous en parcourant le script", explique Schwarzenegger, "il faisaient la queue pour acheter le film". Carolco vient de toucher le jackpot, alors que pas une seule image n'est encore tournée. Cameron, lui, garde la tête froide. C'est qu'il ne lui reste plus que 13 mois pour préparer, caster, tourner, monter, mixer, et étalonner le film. Une mission à priori impossible.

David Fakrikian

Cet article est extrait du livre James Cameron L'Odyssée d'un cinéaste paru en 2017 aux éditions Huginn et Muninn.

Le prochain Terminator est repoussé fin 2019