Alita : Battle Angel
20th Century Fox

Depuis, le réalisateur n’a cessé de vouloir en tirer un film… qui arrive enfin au cinéma.

Alita : Battle Angel sort cette semaine au cinéma, co-écrit et produit par James Cameron, mais finalement mis en scène par Robert Rodriguez, le papa de Terminator étant trop occupé par les suites d’Avatar. Pourtant, son influence est partout à l’écran, et le projet marque la concrétisation de 20 ans de travail et de réflexions de la part de Cameron, qui a découvert les mangas Gunnm, de Yukito Kishiro, grâce à Guillermo del Toro, à la fin des années 1990. Retour sur cette gestation mouvementée, qui a fini par donner vie à un film captivant.

Alita : Battle Angel, une vraie bombe [critique]

1999-2000 : James Cameron découvre Alita
Début février, Guillermo del Toro confirmait sur Twitter que c’est bien lui qui a fait découvrir Alita à James Cameron, ajoutant qu’ils ont même "commencé à le développer ensemble" au début des années 2000. Les deux hommes sont amis depuis le début des années 1990 : en 1997, c’est même Cameron qui a sauvé la vie du père de del Toro, celui-ci ayant été enlevé par un cartel mexicain qui réclamait une rançon énorme au moment où celui-ci préparait Mimic.

Gunnm est sorti au Japon en neuf tomes entre 1991 et 1995, et en version anglaise sous le nom Battle Angel Alita, en 1992. Il existe aussi deux animes reprenant l’histoire des premiers tomes, Rusty Angel et Tears Sign, qui sont sortis en 1993, mais seulement en 1999 en Amérique du Nord, période durant laquelle Cameron a découvert l’histoire de l’héroïne cyborg qui est retrouvée en pièces dans la décharge sous Zalem et reconstruite par Ido, et qui essaye d’en savoir plus sur son passé. On le précise car c’est dans ce dessin animé qu’apparaît Shiren/Chiren, le personnage joué par Jennifer Connelly dans le film, ce qui laisse entendre que Cameron a été aussi bien influencé par les mangas que par ses adaptations animées.

Dès 2000, Cameron fait enregistrer les noms de domaine liés au titre de l’œuvre ("battleangelalita.com", notamment), ce qui confirme qu’il est déjà en train de travailler dessus. Il produit à l’époque la série de SF Dark Angel, avec Jessica Alba, dont l'héroïne est fortement inspirée par Alita (et, qui ironie du sort, se déroule en 2019, année durant laquelle sortira finalement l’adaptation tant attendue de Battle Angel !).

2003 : Le scénario est déjà en cours d’écriture
Dès 2003, le cinéaste explique être en train d’écrire l’intrigue, non pas d’un mais de plusieurs films : toute la partie sur le Motorball est par exemple développée pour le second volet. On sait que l’histoire évoluera fortement au fil du temps, puisque ce sport très dangereux -et qui permet de mettre en scène des séquences d’action visuellement bluffantes- est finalement au cœur du blockbuster.

Du Motorball au Super Bowl : nouveau teaser d'Alita Battle Angel

2005 : Avatar pointe le bout de son nez (bleu)
En juin 2005, The Hollywood Reporter révèle qu’Alita est reporté car James Cameron travaille en parallèle sur une autre histoire de SF, qui ne s’appelle pas encore Avatar, mais Project 880.

2006 : La 20th Century Fox lance la production… des deux films
Hésitant visiblement entre Avatar et Alita, Cameron parvient à convaincre son fidèle producteur Jon Landau de préparer les deux en parallèle. Une idée acceptée par la 20th Century Fox, qui se lance donc dans ces projets de doubles trilogies. Alita est alors un temps annoncé en juin 2009 au cinéma, mais durant l’été, Cameron précise qu’il compte d’abord tourner les trois films Avatar, et que le premier prend la date de sortie de Battle Angel. Il sera finalement à l’écran en décembre 2009, soit quelques mois après la deadline prévue initialement pour l'autre blockbuster.

Pas besoin d’avoir vu Avatar pour découvrir ses suites

Décembre 2009 : La révolution Avatar
En plus de devenir le plus gros succès de tous les temps au box-office mondial (2,7 milliards de dollars de recettes sur la planète), Avatar impressionne par ses effets-spéciaux réalisés en performance capture, et par ses diffusions en relief. Cameron laisse entendre qu’il utilisera ces mêmes techniques pour créer l’univers visuel d’Alita, mais le projet stagne. Le cinéaste se veut pourtant rassurant et assure que le scénario est bouclé et qu’il va bientôt s’y atteler.

2010 : Alita change de nom, gagne une scénariste mais perd face à Avatar
Laeta Kalogridis, co-productrice d’Avatar et future scénariste de Terminator Genisys, rejoint Cameron à l’écriture d’Alita. Landau jure qu’il s’agira du prochain projet du réalisateur, mais en juillet, Cameron change d’avis : suite au succès monstre d’Avatar, il décide de tourner d’abord les épisodes 2 et 3 de cette saga. Il explique aussi étoffer ce projet en priorité, considérant que l’histoire de Pandora pourrait éveiller les consciences concernant la protection de l’environnement. Il reste cependant rattaché à la mise en scène de Battle Angel, qu’il compte toujours décliner en trilogie au cinéma. On ne sait pas encore à ce moment-là que la production des nouveaux Avatar prendra autant de temps...

Avatar 2 : James Cameron promet des séquences sous l’eau bien plus réalistes qu’Aquaman

2015 : Robert Rodriguez rejoint l’aventure
En octobre, le réalisateur de Sin City, qui connaît bien Cameron, entre en négociations pour réaliser Alita : James lui propose de mettre en scène son film, tout en gardant le poste de producteur exécutif. Au même moment, Avatar 2 et 3 sont une nouvelle fois reportés, mais l’on sait que le cinéaste compte les filmer en même temps, puis les sortir à un an d’écart (les dates actuelles sont décembre 2020 et décembre 2021). Il a également expliqué que la majeure partie du film serait tournée en performance capture, notamment des séquences sous l’eau. Passionné par la plongée, le réalisateur réalise un rêve, mais cela demande de peaufiner la création des effets-spéciaux.

Robert Rodriguez : "Alita est un film de James Cameron qu'il n'a simplement pas eu le temps de réaliser !"

2016 : Alita est officiellement lancé
La 20th Century Fox valide un budget de 175 millions de dollars, et une date de sortie est fixée : 20 juillet 2018. Le projet sera finalement reporté en décembre, puis en février 2019, ses effets-spéciaux demandant énormément de travail aux équipes de chez Weta Digital, Double Negative et Framestone. Maika Monroe, Zendaya et Rosa Salazar sont évoquées pour tenir le rôle principal. C’est cette dernière qui est choisie, juste avant l’arrivée de Christoph Waltz en Dr. Ido. Le tournage a lieu d’octobre 2016 à février 2017, dans les studios de Rodriguez, au Texas.

Décembre 2017 : Alita surprend les fans avec ses "grands yeux de manga"
Le premier teaser du blockbuster est dévoilé juste avant Noël, et le look de Rosa Salazar ne passe pas inaperçu : l’actrice du Labyrinthe est méconnaissable avec ses yeux immenses. Rodriguez défend ce design, en expliquant que ce choix vient directement de Cameron, qui a toujours voulu "créer une version photo-réaliste des yeux de manga qu’on a l’habitude de voir sur le papier. Ça a toujours été son intention. On voulait vraiment honorer cette tradition et voir ce que ça donnait face à un personnage humain. Trouver la bonne personne pour faire passer de l’émotion à travers les grands yeux était essentiel. Ses origines seront détaillées dans le film, donc vous comprendrez pourquoi elle a cette apparence. Si les yeux sont la fenêtre de l’âme, nous avons de grandes fenêtres. Vous pouvez y voir un tas de choses ! Dès qu’il y a des scènes émouvantes, l’effet devient vraiment troublant, frappant. Et captivant !"

Robert Rodriguez explique pourquoi Alita a "des grands yeux de manga"

2018 : La renaissance de l’héroïne
D’abord déroutant, le design du film se dévoile davantage au fil des bandes-annonces et finit par intriguer le public. Même s’il tourne Avatar 2 et 3 au beau milieu de la promotion d’Alita, James Cameron ne cesse de défendre "son bébé", revenant en détails sur sa création, partageant des vidéos dédiées à la fabrication des effets visuels ou rendant hommage à l’auteur Yukito Kishiro. Il vient d’ailleurs de revenir sur la longue gestation de ce projet sur les réseaux sociaux, confirmant qu’il y travaillait depuis 20 ans et expliquant pourquoi il était "tombé amoureux de cette héroïne au grand cœur."

Robert Rodriguez : "Pour Alita : Battle Angel, j'ai dû m'habituer aux dimensions à la James Cameron"

2019 : Alita est une réussite
A la rédaction Première, on aime beaucoup le résultat, qui ressemble effectivement plus à un film de James Cameron qu’au style de Robert Rodriguez, et qui parvient surtout à dépeindre une héroïne à la fois badass et attachante, lui offrant des bases solides pour construire une saga. En cas de succès, bien sûr : les premiers avis américains étant moins enthousiastes que les français, les prédictions du box-office ne sont pas au beau fixe pour son démarrage aux US, ce week-end. On saura la semaine prochaine si Alita assure ou déçoit...