De loin, sa Loi du Marché ressemblait au pire du “film social à la française”. Stéphane Brizé montre le quotidien de Thierry, chômeur de longue durée. Rendez-vous à Pôle emploi, entretiens d’embauche par Skype, vie de famille avec épouse et fils handicapé, nouveau job de vigile… De près, Brizé réussit un exploit puisque tout est traité de façon sobrement comportementaliste. Pas de lourdeur idéologique, pas d’insistance dégueulasse ou mélo, mais au contraire : de la finesse, de la dignité, un regard. Et Lindon. Impérial. Puissant. Emouvant. D’autant plus qu’il est privé de ses prérogatives habituelles (le naturel, l’explosion, l’influx nerveux) puisqu’il joue face à des non-professionnels et doit s’adapter.
La scène la plus impressionnante dans ce registre est celle où une employée du magasin fête son départ avec tous ses collègues. Lindon observe, regarde, témoin souriant d’un moment de vie communautaire. Par un effet de montage hyper subtil, Brizé oppose les acteurs qui n’en sont pas, les employés, le patron (le côté documentaire), à Lindon, saisi en gros plan, seul, aspirant à intégrer ce groupe (il vient à peine d’être embauché). Chimie cinématographique passionnante, Brizé inscrit son corps de fiction dans un environnement documentaire et son personnage isolé à la lisière du groupe. Le symbole d’un film passionnant et d’un acteur fascinant qui prend ici un des risques les plus fous de sa carrière. Un risque justement récompensé par la Palme du Meilleur acteur dimanche soir.
Bande-annonce de La Loi du marché, en salles depuis le 20 mai dernier :







Commentaires