Pourquoi Eddie Redmayne mérite mieux que The Danish Girl

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En compétition pour les Oscars, The Danish Girl est le parfait exemple du syndrome Full Retarded. Pardon ?

Dans les années 20, au Danemark, Einar, un jeune peintre veut devenir une femme et va prendre le nom de Lili et subir, avec le soutien hésitant de sa femme, la première opération de changement de sexe. De l'or en barre pour un sujet de film : les costumes d'époque, l'identité sexuelle, l'histoire vraie, les Années folles, la peinture, l'art, la promesse d'une performance d'acteur. Tout est là. The Danish Girl est adapté d'un best-seller de David Ebershoff paru en 2000 qui romance l'histoire d'Einar d'après son journal intime (publié en anglais sous le titre Man into Woman). La scénariste Lucinda Coxon (auteur du scénario de Petits meurtres à l'anglaise, remake british de Cible émouvante de Pierre Salvadori) travaille sur le script depuis 2004. Les réalisateurs Neil LaBute, Tomas Alfredson (Morse, La Taupe) et Lasse Hallström ont failli réaliser le film avant que Tom Hooper ne prenne les rênes de The Danish Girl en 2014. Avec Eddie Redmayne dans le rôle principal.

Le film a donc toutes les caractéristiques du film à trophées. Trop, même. "Dans la course aux Oscars, The Danish Girl brigue tellement de catégories qu'il mériterait d'être éliminé pour concurrence déloyale", écrit notre camarade Gérard Delorme dans sa critique du film, "mais ses propres excès devraient suffire à le disqualifier." Excès, en effet. Excès dans tous les domaines et surtout la chasse aux trophées. Avec sa bonne bouille de petit film indé au sujet true story adulte, The Danish Girl ressemble à une prod Weinstein racoleuse, calibrée pour cartonner aux Oscars. Pensez : le réalisateur oscarisé du Discours d'un roi (et des Misérables avec déjà Eddie), l'acteur oscarisé de Une merveilleuse histoire du temps, le compositeur oscarisé du Grand Budapest Hotel (Alexandre Desplat). A vouloir faire une strike team d'élite, la production en fait. Le problème de Danish Girl est surtout Eddie Redmayne : en devant incarner un rôle écrasant, il ne fait que livrer une perf caricaturale d'hétéro devenant femme parce que... Parce que quoi, en fait ? Jamais le film ne parvient à évoquer avec subtilité le mystère de la confusion des genres, des peaux et des sexes, ou tout simplement le destin tourmenté de Lili. La réalisation très peu subtile d'Hooper est également -surtout?- à blâmer, voir cette scène pivot et caricaturale où Einar semble réaliser qu'il veut être une femme parce qu'il enfile une paire de collants et des chaussons de danse. Le script avance ainsi le long de plot points balourds et attendus. Comme quand Gerda parvient enfin à vendre ses toiles à une galerie qui la rejetait jusqu'ici -un twist qui intervient tout simplement parce qu'elle se met à peindre son mari travesti. Le script élude en plus toute la cruauté de l'histoire vraie (notamment la fin de vie de Lili) en préférant pousser le curseur mélo tire-larmes dans le rouge.

Le coup de perf Redmayne avait déjà marché avec Une merveilleuse histoire du temps, épais mélo où il jouait le scientifique de génie Stephen Hawking. Et comme dans Une merveilleuse histoire du temps où c'était la femme de Redmayne (Felicity Jones) qui livrait le jeu le plus subtil du film, dans The Danish Girl c'est Alicia Vikander qui se tire le mieux de son rôle -elle est d'ailleurs mise au même niveau qu'Eddie dans la promo du film, et le titre The Danish Girl s'applique aussi bien à Lili qu'à Gerda. Hawking avait valu le Golden Globe et l'Oscar à Eddie : cette année, les membres du jury des Golden Globes ne se sont pas laissés avoir et ont remis le trophée du Meilleur acteur dans un drame à Leonardo DiCaprio pour The Revenant. Face à Leo, les chances de Redmayne à l'Oscar sont assez réduites. Sortons le mauvais esprit et disons que la performance d'Eddie est d'un niveau Full Retarted, comme le dit Kirk Lazarus dans Tonnerre sous les tropiques : pour avoir un Oscar, il faut jouer un handicapé mais ne pas le jouer "100% gogol" (Full Retarted). On peut même l'appliquer au film en entier. The Danish Girl a été trop loin : Full Retarded. C'est d'autant plus dommage que Redmayne mérite bien mieux que d'être cantonné à ce genre de rôle de chasseur de trophées -et on l'aime même quand il en fait des caisses au sein d'une prod qui demande d'en faire des caisses comme Jupiter : Le Destin de l'univers. Heureusement il a déjà prévu l'avenir : le blockbuster. Les producteurs d'Harry Potter ont eu une bonne idée en l'engageant comme Newt Scalander, héros des Animaux fantastiques, une trilogie de fantasy où il joue un sorcier lunatique et maladroit dans les années 20.

Bande-annonce de The Danish Girl, en salles le 20 janvier :

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