Leonardo DiCaprio : "Je veux que mes films soient des événements"

Leonardo Dicaprio, The Revenant

Jamais aussi près de l'Oscar, la star de The Revenant fait le lien entre ses films et évoque ses exigences – toujours plus hautes.

Cette interview est publiée dans le dernier numéro de Première, le 3 février en kiosques. (Cliquer ici pour s'abonner)

Quand on pénètre dans le petit salon du dernier étage du Soho Grand Hotel de New York où on a nous donné rendez-vous, Leonardo DiCaprio est en train de fumer en contemplant le soleil qui tombe sur Manhattan. Il se retourne, s’avance en souriant, les yeux vaguement embués par la mélancolie (ou est-il simplement un peu crevé ?). On est persuadé d’avoir déjà vécu cette scène, mais où ? Quand ? Ah si, bien sûr, ça nous revient : remplacez la clope électronique par un porte-cigarette et le hoodie par un tuxedo et vous voilà face à Gatsby. Leo le magnifique. Princier et amical. Seul en son royaume. Il s’avachit dans un canapé, s’enquiert de la santé de la presse cinéma ("ça va pas très fort, n’est-ce pas ?"), puis on papote de Scorsese, qui vient d’atterrir à Paris quelques heures plus tôt pour inaugurer la grande expo de la Cinémathèque. Ses manières sont celles d’un quadra cool, bien dans son époque, mais quelque chose trahit insensiblement le fait qu’il vit dans une autre dimension, un autre espace-temps. On jurerait qu’il flotte quelques centimètres au-dessus du sol. Un léger voile semble le tenir à distance du reste du monde. C’est une star, oui, une vraie, à l’ancienne, de celles qu’on compte désormais sur les doigts d’une main (lui, Brad Pitt, Tom Cruise, qui d’autre ?). Il y a bientôt vingt ans, Titanic lui a donné les pleins pouvoirs, il en a fait bonne usage. A force d’efforts, de persévérance, il a fini par abattre les résistances et devenir l’acteur qu’il rêvait d’être – quelque chose comme Redford et De Niro roulés en un. Tous les titres de sa filmo témoignent de la très haute idée qu’il a de son métier : que des grands noms sur son CV, pas de blockbusters, pas de films de super-héros, pas de branchouilleries arty, pas de caméo, pas de blague. Du sérieux. The Revenant est son dernier fantasme, un survival de 2h40 où il roule des yeux furieux dans le Grand Nord, un mastodonte de cinéma au budget fou (on parle de 135 millions de dollars) qui a fini par menacer Star Wars au box-office le jour de sa sortie US. Une nouvelle pierre dans le jardin de Leonardo, un homme qui a une conscience aigue de son pouvoir – et de la façon de le mettre à profit. 

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Première : Depuis le triomphe de Titanic, le principe de votre filmo est clair : ne tourner qu’avec les plus grands cinéastes en activité. Scorsese, Spielberg, Eastwood, Tarantino, Nolan… On est d’accord ? C’est bien ça, le fil rouge ?
Leonardo DiCaprio : Oui. C’est mon credo en tout cas : le cinéma est l’affaire des réalisateurs. Un bon scénario, c’est important, mais j’ai vu tellement d’excellentes histoires donner des résultats irregardables… J’aime les cinéastes dont le nom est synonyme d’excellence. Ils ne sont pas si nombreux que ça. Si on va voir un Scorsese, c’est parce qu’on sait qu’il a une voix unique, une vision du monde qui n’appartient qu’à lui. C’est aussi ce que j’aime en tant que spectateur. Pour m’immerger dans une réalité alternative, j’ai besoin d’être pris par la main par quelqu’un dont je sais qu’il va me proposer quelque chose d’exceptionnel. 

Et donc, aujourd’hui, vous ajoutez Inarritu à votre tableau de chasse…
D’une certaine façon, il me fait penser à Scorsese. C’est un outsider, lui aussi.  Ce qu’il fait dans The Revenant est incroyable. Regardez la scène de bataille qui ouvre le film : on est à la fois avec le personnage principal, on peut sentir son souffle, sa sueur, sa peur, le tout au milieu d’un immense tumulte ultra-chorégraphié, avec ces grappes d’Indiens qui fondent sur leurs assaillants… Les mouvements de tous les acteurs étaient minutieusement préparés à l’avance, un peu comme dans L’Arche Russe. Mais le résultat est pourtant très authentique, presque documentaire. C’est comme du… (il réfléchit) néo-réalisme virtuel. C’est pas mal, comme formule, non ? Je devrais peut-être déposer le terme. (Rires)

Il y a toujours eu cette dimension masochiste dans votre travail, aussi bien dans les personnages que vous choisissez d’interprétez que dans l’idée sous-jacente que les grands films américains naissent dans la douleur. Là, sur The Revenant, vous étiez servi : les températures glaciales, le tournage décrit par certains figurants comme un véritable enfer…
Je savais que c’était une entreprise risquée et, par bien des aspects, ça a été beaucoup plus difficile que ce que j’avais imaginé. Sans doute mon tournage le plus hardcore depuis Titanic. Cette immense équipe qu’il fallait trimballer plusieurs heures par jour dans des coins reculés, la nature qui imposait sa loi… Sans les qualités organisationnelles d’Alejandro, sa rigueur, la certitude qu’il avait dans sa vision, on aurait pu se retrouver dans une situation à la Apocalypse Now ! (Rires) Mais on s’en est tiré. Et les difficultés n’empêchaient pas une certaine légèreté. Alejandro et Chivo (le chef opérateur Emmanuel Lubezki) s’éclipsaient parfois dans la forêt, on les retrouvait en train de filmer les feuilles en train de tomber des arbres, ou des fourmis cheminant sur une brindille… 

Vous avez été Howard Hughes, J. Edgar Hoover, Gatsby… Hugh Glass aussi est une légende américaine – même si, en France, on le connaît à peine…
Oui, aux Etats-Unis, il fait partie du folklore. C’est une camp fire legend, on se raconte ses exploits le soir au coin du feu. Il incarne l’esprit des pionniers, des grands aventuriers, des survivalistes. Mais faire un film sur lui, ce n’est pas comme raconter la vie d’Abraham Lincoln ou de Steve Jobs. On sait très peu de choses sur son compte, il n’y a presque aucun document le concernant, alors ça permet de fantasmer un peu, de l’aborder de façon poétique. 

Est-ce que vous percevez tous les échos thématiques entre vos rôles ? Il y a eu le fameux doublé Shutter IslandInception en 2010, ces deux films jumeaux en forme de voyages mentaux. Puis votre filmo s’est mise à ressembler à une vaste réflexion sur l’histoire du capitalisme US, avec l’esclavagiste dégénéré de Django Unchained, le trader cintré du Loup de Wall Street, Gatsby le magnifique...
Oui, ma trilogie du rêve américain...

The Revenant en serait presque
 un nouveau chapitre...

C’est un peu différent à mes yeux. Django, Gatsby, Le Loup de Wall Street étaient vraiment trois films sur le rêve américain, la poursuite du bonheur et la corruption morale engendrée par la richesse. Hugh Glass est à part. C’est un outsider. Il s’est rapproché des indigènes, il a un fils métis, il est horrifié par la violence à laquelle il assiste. C’est comme s’il voulait disparaître, se dissoudre dans le paysage.

Et ces connections thématiques, sont-elles conscientes? Ou vous les 
faites seulement après coup ?

Disons que je suis clairement attiré par un certain type de sujets. Et que ça m’intéresse d’en parler. Mais je préfère y réfléchir une fois les films tournés. Maintenant que vous me le faites remarquer, par exemple, je me dis qu’on pourrait peut-être en effet inclure The Revenant dans ce mouvement-là, comme si je remontais le fil de l’histoire américaine. Là, ça y est, on est aux origines. À l’échelle de notre pays, l’époque de The Revenant, c’est presque la préhistoire.

La plupart des films qu’on vient d’évoquer n’existent que parce que vous jouez dedans. C’est votre présence qui garantit leur existence. Est-ce difficile de maintenir ce degré d’exigence ? Et est-ce que c’est plus difficile aujourd’hui que, disons, il y a quinze ans ?
De plus en plus difficile, oui. C’est toujours un combat. Vous l’avez souligné, je suis attiré par ce genre de films : des films d’auteur à grand budget, réalisés par des artistes. Ça ne signifie pas que je ne m’intéresse pas au cinéma indépendant, j’en ai fait. Mais je veux que les films que je tourne soient des événements. Une fois par an, si possible, faire entendre un son de cloche différent. Hollywood est en pleine transition. Le niveau de la production télé n’a jamais été aussi élevé. On est pris en étau entre les séries, où prospèrent les bonnes histoires, et les gros spectacles type Transformers ou Star Wars. Il y a de moins en moins d’opportunités pour les films que j’aime faire. Alors quand j’en trouve un qui m’intéresse, je saute dessus et je ne le lâche plus. 

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Bande-annonce de The Revenant, d'Alejandro Gonzalez Iñárritudans les salles françaises le 24 février prochain :  

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