Apprendre de ses erreurs« Shane Black a pris le temps nécessaire pour perfectionner l’essentiel, à savoir l’histoire qu’il allait raconter ». Ce que dit Robert Downey Jr. de la préparation d’Iron Man 3 semble être une évidence, mais dans une énorme machine comme la franchise Marvel, prendre le temps d’écrire un scénario n’est pas le plus courant. L’acteur confiait d’ailleurs à demi-mot que tel n’avait pas été le cas sur le deuxième volet, globalement considéré comme un ratage : « Sur Iron Man 2, Jon Favreau et moi étions encore en train de prendre la mesure de l’énorme changement que le succès du premier épisode avait provoqué dans nos vies. On a à peine eu le temps de souffler qu’il fallait déjà remettre ça. On a fait ce qu’on a pu… »Prendre des risquesOn ne les y reprendra pas. Les nouvelles aventures de Tony Stark doivent clore une trilogie, et le faire en beauté. D’autant plus ardu qu’une malédiction plane sur les troisièmes épisodes de ce type de séries (L’Arme fatale 3, Le Parrain 3, Retour vers le futur 3, Rambo 3, Rocky 3...). Après avoir confié les clés des Avengers, apothéose de la première série d’adaptations Marvel, à Joss Whedon, star des geeks et des séries télé mais cinéaste quasi débutant, le studio a fait confiance à Shane Black, dont Iron Man 3 n’est que la deuxième réalisation. Son premier film, Kiss Kiss Bang Bang, signait en 2005 son retour de l’enfer après un trou noir de dix ans et marquait aussi le come back d’un certain Robert Downey Jr. Juste retour des choses ? « Je pense que Robert me renvoyait effectivement l’ascenseur lorsqu’il a fait en sorte que je sois le premier réalisateur qu’on appelle pour Iron Man 3 » confirme l’intéressé à Première.Revenir à la sourceMais il ne s’agit pas que de pur copinage. Shane Black avait de sérieux atouts en main : à 22 ans, il signe le scénario de L’Arme fatale et devient aussitôt le golden boy d’Hollywood. Son ironie et ses répliques instantanément cultes (« I’m too old for this shit », c’est lui) donneront le ton de tous les films d’action qui sortiront pendant quinze ans. Pourtant, après d’autres faits d’arme comme Last Action Hero, Shane Black est emporté par la débâcle d’Au revoir à jamais, et mettra presque une décennie à refaire surface. Avec son polar sans foi ni loi qui marque ses premiers pas de cinéaste, le scénariste redevient cool et passe sur le radar du patron de Marvel, Kevin Feige : « Shane est un brillant storyteller. Il entretient une relation privilégiée avec Robert, et Kiss Kiss Bang Bang est un film auquel on se référait sans arrêt avec Jon Favreau lorsqu’on cherchait celui qui incarnerait Tony Stark. Lui confier la réalisation de ce troisième volet nous paraissait très sensé ».Donner les moyensSi Shane Black est indirectement à l’origine de l’incroyable succès de la franchise Iron Man, lui confier les clés de la boutique n’avait pourtant rien d’évident au vu des enjeux. Il en fut le premier étonné : « J’ai été franchement surpris par l’aide dont j’ai bénéficié chez Marvel. Ils m’ont complètement pris en charge, ce qui m’a permis de me concentrer sur l’histoire et les personnages » s’émerveille le scénariste, qui parle de cette expérience comme un gamin lâché dans un magasin de jouets : « Il suffisait que je leur dise ‘je veux faire ça !’ pour que, une semaine plus tard, ils reviennent en m’expliquant comment on allait y parvenir ». Car chez Marvel, on utilise les gens à bon escient. Si Kevin Feige a engagé Shane Black, c’est pour ses idées et ses talents d’écriture : « Qu’ils aient ou non déjà dirigé des projets de ce niveau, nous mettons l’infrastructure nécessaire à la disposition des cinéastes » confirme le patron du studio.Laisser l’auteur en libertéL’arrivée du réalisateur de Kiss Kiss Bang Bang sur la franchise confirme la politique des auteurs en vigueur chez Marvel, une stratégie payante jusqu’ici comme l’a prouvé le méga hit Avengers. Avec Shane Black, le studio cherche des compétences spécifiques et lui laisse la liberté de les exercer. « C’est ce que j’aime chez Marvel. Après l’énorme succès d’Avengers, ils auraient très bien pu venir me voir en me demandant de faire un copier-coller du film. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Non seulement ils ne voulaient pas d’une nouvelle invasion extraterrestre, mais ils m’ont encouragé à revenir à quelque chose de plus réaliste, de plus décalé, de plus risqué ». Plus réaliste, plus risqué, plus torturé…, si Iron Man 3 est un film de Shane Black, il ne devrait pas négliger l’humour, que l’homme qui a créé le duo de L’Arme fatale manie royalement. « Le troisième acte d’Iron Man 3 a un vrai côté buddy movie, avec Tony et Rhodey qui partent régler leurs comptes en tandem, révèle Don Cheadle. Ces deux mecs qui font preuve d’une répartie hallucinante alors qu’on leur tire dessus de tous les côtés, c’est du pur Shane Black ». Une Black’s touch dont la dernière bande annonce donne déjà un aperçu, même si l’intéressé tempère. « Quand vous dites oui à Iron Man, vous acceptez d’évoluer dans un cadre préétabli » reconnaît l’homme, dont les scénarios finissaient jusque là en films interdits aux moins de 17 ans. « Il a fallu trouver un équilibre (…). A l’arrivée, j’ai l’impression que tout le monde y trouve son compte : le studio a un film de superhéros qui s’inscrit dans sa mythologie et son plan global, tandis que moi, je me suis ménagé ces petits moments tordus, inattendus, qui correspondent à ma sensibilité ».Combo gagnant ? Réponse à partir du 24 avril.Vous pouvez retrouver le dossier Iron Man 3 dans le dernier numéro de Première, déjà dans les kiosques.







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