Colin Firth : "Vous prenez le mec de Bridget Jones et Mamma Mia et vous en faites un héros d'action"

Kingsman

Les agents de Matthew Vaughn reviennent au cinéma... et sur M6.

Ce soir, alors que sa suite arrive sur grand écran, M6 diffusera Kingsman : Services secrets, la comédie d'espionnage de Matthew Vaughn qui a cartonné au cinéma en 2015. A l'époque, Première avait été agréablement surpris par cette parodie de James Bond remplie de bonnes idées et avait rencontré l'équipe pour parler de sa création. Colin Firth avait même fait la couverture du magazine. Voici son entretien, publié dans le numéro 456.

 

Première n°456

Critique de Kingsman : Ils sont vraiment forts ces Anglais !

Ils ont finalement réussi à vous enrôler dans le cinéma d’action comic book. Ça devenait difficile d’y échapper, non ?
Peut-être. Mais je ne pense jamais en termes de ce que j’ai fait ou de ce que je n’ai pas encore fait. Je n’accroche pas de fonction narrative à ma carrière. Personne ne m’avait demandé jusqu’à maintenant de faire un de ces films comic book, ou même un Bond… Matthew Vaughn m’a parlé de Kingsman un an avant le tournage : « Un truc comme ça, ça t’intéresse ? L’entraînement physique, ce genre de choses ? »… L’angle « spy movie » m’a immédiatement séduit. J’ai toujours adoré les histoires d’espions, comme tout bon Anglais qui se respecte. De tous les archétypes de cinéma, c’est pour moi celui qui conserve la plus grosse part de mystique. Il existe plusieurs versions : l’espion dopé à l’action extrême, la version « vérité » et low-tech façon John Le Carré (où l’on voit moins de flingues), ou la dépendance américaine du « Gumshoe », du détective à la Raymond Chandler… Une sorte de solitude romantique est souvent associée à la figure de l’espion. Une aura à laquelle je suis sensible.

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Le romantisme des illusions perdues était au cœur de La Taupe
Et pourtant le film lui-même ne l’était pas, romantique ! Les personnages de La Taupe sont des romantiques déçus, tous. C’était bien sûr le sujet… Qu’est-ce que j’aime ce film ! Beaucoup de gens l’ont mal interprété, me disent par exemple qu’ils ne comprennent pas la résolution finale. Mais ça n’a rien à voir avec ça… C’était le portrait d’hommes isolés contraints d’affronter leurs désillusions romantiques vis à vis de leur pays, de l’idée même de loyauté et, dans le cas de Smiley, vis à vis de sa femme. Mon personnage, le traître, développe une romance avec le système soviétique, parce qu’il est déçu des idéologies de l’Ouest…

Si on y ajoute Another Country (1984, de Marek Kanievska), votre tout premier film devant la caméra, ça fait de vous un habitué du genre…
(Soudain nostalgique) Oh oui, c’est vrai, je l’avais presque oublié… Another Country racontait la vie estudiantine de Guy Burgess (Rupert Everett, ndr), l’un des « Cinq de Cambridge » (groupe d’universitaires passés à l’Est, séduits par l’idéal communiste, ndr). Le film essayait de montrer comment on crée des espions. Burgess et ses camarades représentaient l’élite de l’Angleterre, la classe dominante, élèves à l’université de Cambridge… Pourquoi trahir le système, puisqu’ils en étaient les produits ? Certains d’entre eux étaient homosexuels et le film établit clairement cette connexion. La nécessité de se cacher en permanence, de manipuler leur entourage etc…

La BD dont est tirée Kingsman, « The Secret Service », est une mise en abyme de la pop culture au sens large : ça commence par l’enlèvement de Mark Hamill et s’achève sur les marches du festival de Cannes… Le film, lui, se situe de plain pied dans un univers de cinéma « augmenté ».
Oui, très « self-conscious ». Un film qui se passe dans le monde des films. C’est ce que j’adore chez Matthew : il part du familier. Il n’essaye pas de réinventer la roue. Il utilise l’iconographie du genre d’une façon qui devient entièrement sienne. Vous regardez la bande-annonce et vous vous dites : « Tiens, ça, c’est très Bondien… ». C’est fait exprès. Au final, oui, le film est très Bondien, très Ipcress, Danger Immédiat, très Men in Black, mais une fois tout ça digéré à l’écran, ça ressort comme une pure création Vaughnienne. Derrière sa sophistication, Matthew a une capacité incroyable à se mettre dans la peau du gamin qui veut être diverti. ‘Qu’est-ce que je veux voir ? Qu’est-ce qui est excitant ? Energisant ?’... Comme un artiste qui trouve des objets perdus dans la rue, des objets familiers, et, à partir de ça, crée une œuvre originale et spécifique. 

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Vous aimez Kick Ass ?
J’adore Kick Ass ! C’est mon film préféré de Matthew. J’aime la façon qu’il a de subvertir les attentes. Dans Stardust, Robert De Niro est un roi pirate menaçant et terrifiant… qui se révèle une gentille folle portant des sous-vêtements féminins ! Scandaleux… C’est un peu ce qu’il fait avec moi. Vous prenez le mec de Bridget Jones et Mamma Mia, et vous en faites un héros d’action…

Le système de classes est très marqué en Angleterre. « Les lords et les gueux », comme dit Kingsman
Oui, les riches et les pauvres sont constamment exposés les uns aux autres. Je viens d’une famille de classe moyenne : éducation académique, langage soutenu etc… Et je suis allé à l’école avec des gamins qui n’étaient pas comme moi. Ce n’était pas une époque très confortable. Je cachais mes origines, je ne voulais surtout pas faire de vagues… J’ai pu observer depuis longtemps cette juxtaposition. C’est profondément anglais, oui.

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Un point de départ comme un autre pour un film d’action fun et coloré… 
Le film se sert du système de classes comme d’un élément dramatique, plus qu’il essaye de réfléchir dessus… Tous les pays que je connais ont les mêmes problèmes de classe. Mais je crois qu’en Angleterre, il y a cette idée que si vous êtes privilégié, ou si vous venez de l’East End, c’est quelque chose qui est profondément, génétiquement, ancré en vous. Rien à voir avec votre situation économique, ou les circonstances qui vous ont construit : ça vient de vous, c’est tout. C’est absurde, mais c’est comme ça chez nous. Et Harry Hart, mon personnage, s’élève contre cette idée.  

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Au cinéma, vous représentez aujourd’hui la quintessence de la distinction et de l’élégance british. Ça vous convient ?
C’est tout aussi absurde. Croyez-moi, ce n’est pas une image que je cultive. C’est davantage un avatar de cinéma… Si je me montre en public, étant le garçon de bonne famille que je suis, je m’habille bien, oui, j’essaye d’être poli. Mais pas pour perpétuer une image de gentleman… Je ne rejette pas l’idée. Je m’en fiche, en fait. Je sais que c’est lié aux rôles que j’interprète…  Et ça me sert parfaitement sur un film comme Kingsman. Mais ça devient difficile de m’en dissocier. Ce n’est pas demain qu’on me fera jouer un travailleur dans une mine en Afrique du sud.

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