AFFICHE
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Millenium : Ce qui ne me tue pas

Résurgence de l’extrême-droite, cyber-terrorisme, révolte féministe contre les phallocrates et les prédateurs sexuels… Les thèmes des romans de Stieg Larsson n’ont jamais semblé autant d’actualité, plus de dix ans après leur publication. De quoi se réjouir du come-back de Lisbeth Salander dans notre monde post-MeToo. Sur le papier, la hackeuse goth est l’héroïne idéale de l’époque, l’une des silhouettes de fiction les plus pertinentes façonnées depuis le début du siècle.

Frédéric Foubert
GALERIE
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Mon cher enfant

Comment raconter une histoire qui traite de l’impensable, du déni et d’un drame que l’on n’a pas su prévoir ? Le réalisateur du remarqué Hedi, un vent de liberté se frotte à la question en s’immergeant dans le quotidien d’une famille tunisienne, dont le fils unique éprouve quelques problèmes de confiance à l’approche de son baccalauréat. Si l’équilibre familial semble fragile et qu’une certaine pression pèse sur les épaules du jeune homme, rien ne préparait les parents à la soudaine fugue de leur enfant vers de dangereuses contrées.

Damien Leblanc
Suspiria affiche
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Suspiria

Suspiria pose l’éternel problème de la pertinence des remakes. Sauf qu’ici, le projet tient bien plus de l’ambition personnelle du réalisateur que de l’habituelle logique des studios qui refont les grands succès pour cibler chaque nouvelle génération. Guadagnino ne cherche pas à plaire aux jeunes. Au contraire, il semble se faire plaisir en assouvissant sa fixation personnelle sur les années 70, déjà présente dans A Bigger Splash, remake arty de La Piscine dont le titre anglophone résumait son ambition d’éclabousser plus fort.

Gérard Delorme
affiche les crimes de grindelwald
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Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald

Honnêtement, même sans être un fanatique de Harry Potter (livres et/ou films), on avait été un rien déçus par Les Animaux fantastiques. La promesse excitante de sortir des murs de Poudlard, d'explorer le passé de l'univers de J.K. Rowling était surtout la promesse de partir dans l'inconnu. De quitter les rails d'une adaptation plus ou moins fidèle des bouquins et du destin du sorcier à lunettes.

Sylvestre Picard
AFFICHE
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Les Chatouilles

Les Chatouilles est adapté de la pièce à succès d’Andréa Bescond, mise en scène par Éric Métayer, qui cosigne ici la réalisation. Il raconte la pédophilie sous l’angle autobiographique, l’histoire d’Andréa, alias Odette. Férue de danse, elle a 8 ans quand Gilbert, l’ami de la famille (Pierre Deladonchamps, jeu mat et glaçant) en fait le jouet de ses attouchements.

Anouk Féral
GALERIE
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Carmen & Lola

Présenté à la dernière Quinzaine des Réalisateurs cannoise, le premier long-métrage d’Arantxa Echevarria raconte une romance lesbienne interdite. Les frémissements du désir adolescent, les atermoiements, la peur, et cette caméra collée au plus près des corps et des visages des actrices… Rien de neuf depuis Fucking Amal ? Pas grand-chose a priori, non. Sauf que Carmen et Lola est aussi une immersion très documentée dans la communauté gitane espagnole, territoire (de cinéma) méconnu où l’homosexualité est taboue.

Frédéric Foubert
Sami, une jeunesse en laponie affiche
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Sami, une jeunesse en Laponie

Une vieille dame se rend à l’enterrement de sa soeur mais refuse étrangement de s’attarder. Lors d’un long flash-back, on comprend que cette femme est issue du peuple same, cette minorité d’éleveurs et de pêcheurs répartie entre les trois pays scandinaves et la Russie. Elle Marja est une paria, rejetée par les Sames qui ne comprirent pas son désir d’éducation et d’émancipation, et méprisée par les Suédois qui refusèrent de l’intégrer.

Christophe Narbonne
Celebration affiche
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Célébration

Tourné entre 1998 et 2001, dans les coulisses des dernières collections d’Yves Saint Laurent, ce documentaire nous parvient après bien des aléas. Et c’est une révélation. À la limite du dispositif arty, avec son travail sur la bande-son flirtant avec l’abstraction et ses partis pris visuels (YSL constamment à l’arrière-plan ou filmé de près en noir et blanc, comme une présence fantomatique), Célébration raconte un monde finissant qu’incarne le grand couturier, physiquement atteint.

Christophe Narbonne
Premières solitudes affiche
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Premières solitudes

C’est un documentaire né d’une rencontre avec des lycéens d’Ivry. Où, pour préparer le court qu’elle devait réaliser avec eux, Claire Simon a commencé par les interroger sur leur quotidien avant d’imaginer un long métrage à part entière, nourri de nouvelles sessions où elle a enregistré leurs échanges. Une parole libre donnant le sentiment que ces confidences-là n’avaient été faites à aucun autre. Et qui dresse le portrait d’une génération chamboulée par la dislocation de la cellule familiale, celle qui pouvait rassurer ou contre laquelle on avait envie de se rebeller.

Thierry Chèze
8, avenue Lénine - affiche
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8, avenue Lénine

Salcuta Filan est une héroïne. C’est en tout cas comme ça qu’aiment la présenter les deux réalisatrices du documentaire qui trace son portrait. Un doc sous-titré : Heureuse comme une Rom en France. Pas d’ironie là-dedans, ni de provocation. Sur l’affiche, Salcuta en maillot de bain, les mains sur les hanches, a un sourire franc qui ne dit pas autre chose qu’un bonheur simple et direct. Si ce visage radieux va de soi à priori, dans les faits, c’est une autre affaire.

Thomas Baurez
Chien de garde affiche
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Chien de garde

JP et Vincent sont frères. Le premier est un ténébreux taciturne, le deuxième légèrement déficient mental et incontrôlable. Collecteurs de dettes pour leur oncle, les frangins trempent dans le deal et l’argent sale, mais JP veut se ranger des bagnoles, aspirant à une vie meilleure. Chronique de la galère ordinaire et portrait transversal d’une famille dysfonctionnelle, Chien de garde suit les traces de ses aînés, de Nicolas Winding Refn à Larry Clark, sans vraiment arriver à s’en démarquer.

François Rieux
Pour l'amour de l'art affiche
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Pour l'amour de l'art

Un an après L’Ombre de Vénus, Jean-Luc Piacentino poursuit son exploration du monde de l’art avec un nouveau documentaire. Pour l’amour de l’art retrace quatre expériences artistiques, projets amateurs ou professionnels, en musique, danse, photographie et théâtre. Le résultat, qui trahit une hésitation permanente entre la grammaire du reportage télé et celle du film d’art et d’essai, ne convainc pas.

Maxime Grandgeorge
Frères de sang affiche
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Frères de sang

Les frères du titre sont deux amis de la banlieue de Rome dont la vie assez minable de livreurs n’a besoin que d’une impulsion pour basculer du côté obscur. C’est ce qui arrive lorsqu’un accident révèle chez eux une faiblesse morale qui les entraîne, sous l’impulsion du plus insensible des deux, à travailler pour la mafia comme exécuteurs de mauvais payeurs. Bien que prévisible, leur parcours est rempli de surprises et c’est une des nombreuses qualités de ce premier film des frères D’Innocenzo qui, entre fable morale et réalisme social, réussissent un bel exercice d’équilibristes.

Gérard Delorme
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Rumble : The Indians who rocked the world

Ce documentaire met en lumière la contribution des musiciens amérindiens à la musique américaine, pan peu connu de la culture populaire U.S. Du blues (Charley Patton) au rock (Link Wray, Jimi Hendrix, Robbie Robertson), en passant par le jazz (Mildred Bailey) et le folk (Buffy Sainte Marie), le film dévoile la manière dont certaines icônes musicales d’origine amérindienne ont influencé en profondeur leur temps et leur art. Mélangeant interviews, images d’archives et extraits de concerts, Rumble offre une autre vision de la musique du XXème siècle.

Maxime Grandgeorge
High Life affiche
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High Life

Dans un avenir proche, des condamnés à mort sont rassemblés dans un vaisseau, partis dans un voyage sans retour : aborder les trous noirs pour permettre d'exploiter leur énergie. Mais les tensions -sexuelles et sanglantes- vont éclater. De la même façon que les prisonniers flirtent avec la mort, High Life frôle forcément l'horizon du nanar spatial avec décors en carton-pâte et ciel étoilé de studio.

Sylvestre Picard
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Kursk

Kursk commence sur une belle idée : après un prologue filmé au format 4/3, l'image passe au scope lorsque le sous-marin du titre, filmé de très loin, plonge dans les flots au son d'un choeur élégiaque d'Alexandre Desplat. A l'instar de ses emplois récents -par exemple dans Le Monde fantastique d'Oz ou Mommy- ce spectaculaire changement de cadre annonce l'entrée dans un autre monde, bigger than life : celui où l'on exhibe les moyens spécifiques au cinéma pour mieux affirmer que ce récit n’aurait pas pu être raconté autrement.

Sylvestre Picard
Family Film affiche
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Family film

L’explosion de la famille Ricoré. Avec la froideur d’un Yorgos Lanthimos (mais sans le malaise), la rugosité d’un Ruben Östlund (mais sans l’humour) et la pudeur d’un Joachim Trier, le deuxième film du Slovène Olmo Omerzu est une bombe à fragmentation familiale qui se désagrège au ralenti. Tout est dit dans son titre. Family Film est un long métrage dans une famille, sur la famille. Celle nucléaire en l’occurence d’Erik et Anna, dont les parents, des bourgeois CSP+ de Prague, partent faire un voyage en bateau quelques semaines avant Noël, les laissant seuls.

Perrine Quennesson
heureux comme lazzaro affiche
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Heureux comme Lazzaro

Le spectateur est d’emblée plongé dans une nuit épaisse. Des hommes s’approchent d’une maison et se mettent à chanter une sérénade. A l’intérieur, une famille. La caméra attend le lever du jour et part visiter la baraque décrépie. Cette maison, et le pays qui l’environne, c’est l’Italie éternelle, pauvre et insouciante, où cette drôle de colonie survit à l’écart du monde.

Gael Golhen
The Spy Gone North affiche
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The spy gone north

Il existe bel et bien deux versions de ce film là. La particularité, c’est qu’elles sont rigoureusement identiques. Récit d’espionnage 90’s auscultant comment les rapports entre les deux Corées se sont soudainement réchauffés (puis immédiatement refroidis) via l’entremise d’un agent infiltré, The spy gone north pouvait encore s’envisager il y a quelques mois comme la métaphore d’un échec perpétuel, un film-spirale autour d’un dialogue impossible.

François Grelet
affiche Un amour impossible
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Un amour impossible

Cinéaste des amours empêchés et de la féminité dans tous ses états, Catherine Corsini avait sans le savoir pris date avec Christine Angot dont elle adapte Un amour impossible, récit de la relation fusionnelle entre une mère et sa fille avec, planant au-dessus d’elles, l’ombre maléfique de l’amant et géniteur absent. Subtilement photographié par Jeanne Lapoirie, le film s’inscrit à première vue dans le genre “qualité française” avec sa reconstitution impeccable, sa voix off littéraire et son grand sujet.

Christophe Narbonne
Samouni Road affiche
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Samouni Road

Installée dans la périphérie rurale de Gaza depuis des décennies, la famille Samouni a subi un véritable cataclysme en 2009. Vingt-neuf de ses membres se sont fait abattre par l’armée israélienne. Leurs champs, leurs maisons, leurs arbres ont disparu.

Eric Vernay
Sale temps à l’Hotel El Royale affiche
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Sale temps à l'hôtel El Royale

Six ans après l'excellent La Cabane dans les bois (2012), film d'horreur à (très, très gros) twist qui déterrait avec bonheur les monstres de la pop culture (comme Cloverfield qu'il a co-écrit), on attendait beaucoup du deuxième film de Drew Goddard, d'autant que le pitch était tellement classique qu'il en était alléchant : dans les années 60, un prêtre, un VRP en aspirateurs, une jeune hippie et une chanteuse de soul noire se retrouvent dans un motel à la gloire passée situé pile sur la frontière entre Californie et Nevada.

Sylvestre Picard
Nous, Tikopia affiche
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Nous, Tikopia

« Tikopia n’existe pas, elle n’est pas sur la carte ! », s’exclame un bambin. Stupeur chez cet écolier, se rendant compte que la minuscule île qu’il habite est perdue en plein milieu du Pacifique et n’apparaît pas sur le globe de sa classe. Nous, Tikopia est un documentaire à plusieurs voix, immersion dans une tribu inconnue peuplant une île majestueuse. Le réalisateur y dissèque minutieusement les us et coutumes de ces autochtones bloqués entre les traditions millénaires et l’arrivée lente de la technologie.

François Rieux
Affiche Un homme pressé
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Un homme pressé

Il y a quelque chose relevant de la mise en abyme dans le fait de confier à Fabrice Luchini, maître de l’éloquence et du bon mot, le rôle d’un homme d’affaires perdant l’usage correct de la langue à la suite d’un AVC. Empêché, l’acteur bredouille, parle en verlan (une habitude chez lui, certes), remplace un mot par un autre (grossier de préférence, c’est plus comique)... Le résultat est dans un premier temps efficace mais l’argument finit par tourner en rond, voire par irriter -l’abus de verlan est mauvais pour la santé du spectateur.

Christophe Narbonne
En liberté !
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En liberté!

« Voilà, c’est fini !» Bien qu’amusante, la première phrase d’En Liberté!, sonne le glas d’un mythe. Celui de Santi (Vincent Elbaz) super flic dont la veuve Yvonne (Adèle Haenel), elle aussi inspectrice, réalise qu’il n’était qu’un ripou.

Eric Vernay
Silvio et les autres
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Silvio et les autres

Commençons par là : Silvio et les autres est l’anti-Caïman. En 2006, alors que le Cavaliere était politiquement ruiné, Moretti dépouillait le bouffon de sa faconde, de son cabotinage, et dénonçait la froide mécanique de sa tyrannie.

Gael Golhen
Affiche le grand bal
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Le Grand Bal

« Le cinéma est une allégorie de nos vies, et nos vies sont elles-mêmes du cinéma », nous dit Laetitia Carton dans l’entretien qu’elle nous a accordé. C’est exactement le sentiment qui nous habitait quand on a découvert Le Grand Bal à Cannes. Tout à coup, des préoccupations qui semblaient à l’opposé des nôtres – quoi de plus éloigné du glamour de la Croisette que les danses traditionnelles ? – devenaient des métaphores actives de nos expériences festivalières – la quête de l’air du temps, l’addiction à l’extase, la ritualité et l’épuisement.

Michaël Patin
affiche Seule la vie
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Seule la vie...

C’est peu de dire qu’on attendait le retour au cinéma de Dan Fogelman, dans la foulée de la superbe série This is us. Au point d’avoir un peu oublié que Danny Collins, le premier long de celui qui fut aussi le scénariste de Cars, n’a pas laissé une trace impérissable dans la carrière de son interprète principal, Al Pacino… Mais la mémoire sélective peut avoir du bon tant les premières minutes de ce Seule la vie paraissent un délice de comédie romantique sucrée juste ce qu’il faut.

Thierry Chèze
Affiche Chacun pour tous
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Chacun pour tous

Plutôt adaptation que remake, Chacun pour tous s’inspire d’un scandale qui éclaboussa les Jeux Paralympiques de Sydney et qui a déjà donné lieu à une comédie espagnole, Champions : en 2000, le coach de l’équipe de basket espagnole de déficients mentaux, faute de moyens, engagea de vrais athlètes, sains d’esprit, mélangés à quelques handicapés.

Christophe Narbonne
Les Habilleuses
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Les habilleuses

Les Habilleuses documente le projet de six étudiantes voulant venir en aide aux plus démunis. Futures habilleuses ou costumières, elles décident de confectionner des vêtements adaptés aux besoins des personnes vivant dans la rue. Le résultat s’apparente à un long reportage télé, le genre de documentaires diffusés le week-end après le journal de 13h. Compilation de banalités sur la pauvreté et la solidarité, le film ne parvient pas à se défaire du regard naïf de ses jeunes protagonistes.

Maxime Grandgeorge