3 Animus femina

« Au départ, je pensais qu’il fallait un chef op animalier (…) mais j’ai vite compris que ce n’était pas le même métier : affût, matériel de cosmonautes, esthétique Walt Disney ou Géo... Or c’est le mystère qui nous tient en éveil : un œil, une patte, un flou suffisent à faire surgir une présence. », explique l’anthropologue et réalisatrice Eliane de Latour en guise d’intention de son nouveau documentaire Animus Femina. Et de fait, l’idée ici n’est pas d’humaniser les animaux (cf. Disney) mais de rétablir un lien perdu avec eux. Ce lien quatre femmes l’incarnent ici.

Thomas Baurez
3 Mr Nobody against Putin

C’est un document tout autant qu’un documentaire. Un témoignage rarissime car nécessitant de prendre des risques insensés. Ceux qu’a pris en son âme et conscience le Mr Nobody qui donne son titre à ce documentaire : Pavel Talankin, enseignant, vidéaste et coordinateur d’événements scolaires dans la petite ville russe de Karabash. Ce Mr Nobody against Putin est son carnet de bord en temps de guerre, celle que la Russie a déclaré à l’Ukraine avec son invasion à grand échelle.

Thierry Chèze
2 L'Académie des secrets

Ce documentaire s’intéresse à Jean- Louis Schefer, historien d’art et philosophe, auteur d’une œuvre majeure sur la peinture et le cinéma (décédé en 2022 à 83 ans alors que ce film était encore en production). Et plus précisément à l’Académie des secrets qu’il avait créé avec des règles pour le moins singulières : personne ne savait qui en faisait partie et il ne prévenait jamais ceux qu’il en excluait. Ce qui explique qu’elle ne s’est jamais réunie ! La présentation par l’intéressé de ce système qu’il avait inventé semble promettre un documentaire épousant sa malice.

Thierry Chèze
3 Tout va bien

Dès les premières minutes du film, les profondeurs marines engloutissent l’image. Si Tout va bien nous plonge dans le grand bain sans détour, c’est sans aucun doute car l’eau marque la première étape de l’immigration. Mais la dangereuse traversée en mer vécue par ces mineurs livrés à eux-mêmes, que l’ex-journaliste Thomas Ellis prend pour sujet, ne sera jamais évoquée frontalement. Seulement par vagues, grâce à un travail du son étourdissant qui en fait un traumatisme de fond.

Lucie Chiquer
2 Rien n'est oublié

Il existe des milliers de façons de faire du documentaire. Andrea Ceriana Mayneri et Edie Laconi, e en apportent une nouvelle preuve Rien n'est oublié où ils multiplient les angles pour appréhender au plus juste la richesse de son sujet, l’histoire politique récente de la Centrafrique et l’épineuse question de la mémoire qui passe notamment par ses biens culturels. Alors : indécision ou refus de choisir ? En tout cas, les effets produits par ce film qui se voudrait à la fois intime, enquêteur, observateur et actif dans sa démarche décoloniale, apparaissent forcément relatifs.

2 Pile ou face

Du même duo de cinéastes italiens nous étions restés sur la sidération laissée par La Légende du roi Crabe en 2022, récit d’aventures illuminées en Terre de Feu. On raccorde sans mal dans les premiers instants de ce Pile ou face, anti-western qui choisit lui aussi la tangente en pleine nature pour y trouver une sorte d’aube originelle. Et là où leur précédent long-métrage parvenait à créer une mythologie sur un espace vierge (du moins envisagé comme tel), celui-ci se sert de la figure encombrante de Buffalo Bill (John C.

Thomas Baurez
3 Les Lumières de New- York

Découvert à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, le premier long de Llyod Lee Choi dialogue avec L’Histoire de Souleymane. Il met lui aussi en lumière l’un de ces forçats invisibilisés de l’ubérisation à tout crin de nos sociétés : Lu, un livreur de repas arrivé de Chine à New- York dont le rêve d’ouvrir son restaurant va se fracasser sur la dure réalité d’un quotidien parsemé d’humiliations devenu une course pour ne pas sombrer sous le poids du surendettement.

Thierry Chèze
4 Le Studio photo de Nankin

Le Studio photo de Nankin plonge au cœur du massacre de 1937 à travers l’histoire d’un studio photo réquisitionné par l’armée japonaise. Shen Ao met en scène un engrenage pervers : dans cet endroit, on se met à fabriquer des clichés officiels destinés à célébrer une occupation “harmonieuse”, tandis qu’à l’extérieur, les atrocités s’accumulent. Dans ce huis clos saturé de peur, un postier devenu apprenti développeur découvre l’ampleur des crimes nippons en voyant se révéler, dans les bains chimiques, les images interdites.

Gael Golhen
Father Mother Sister Brother
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Father mother sister brother

Il y a trois films dans Father Mother Sister Brother. Le premier, Father, raconte la visite d’un frère et d’une sœur (Adam Driver et Mayim Bialik) à leur vieux père (Tom Waits), vivant au fin fond du New Jersey. Mother dépeint le rendez-vous annuel d’une mère collet monté de Dublin (Charlotte Rampling) et de ses deux filles (Cate Blanchett et Vicky Krieps). Et Sister Brother est consacré au séjour parisien d’un frère et d’une sœur (Luka Sabbat et Indya Moore), venus vider l’appartement de leurs parents décédés.

Frédéric Foubert
Sound of falling (poster)
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Les Echos du passé

Prix du Jury à Cannes, Les Echos du passé est le type de film qu’on adore ou qu’on rejette grâce au parti pris de sa réalisatrice de faire confiance aux spectateurs, de les laisser se perdre puis déambuler à leur guise dans le travail de fourmi qu’elle a opéré au fil de ses trois années d’écriture, en suivant le fil de son ressenti à l’intérieur du cadre dans lequel elle a circonscrit son récit.

Thierry Chèze
Ma frère
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Ma frère

Dans leur web-série Tu préfères ? (Arte, 2020), Romane Guéret et Lise Akoka filmaient les errances philosophiques de deux lycéennes, Shaï et Djeneba entre les toits de la Place des Fêtes et les bancs des Buttes-Chaumont. Tu préfères avoir des grosses fesses ou des gros seins ? Manger du porc ou plus jamais voir ta mère ? L’argent ou l’amour ? Quelques années et un premier long-métrage (Les Pires, 2022) plus tard, direction la Drôme, où la colonie de vacances qui emploie Shai et Djeneba a décidé de planter ses sardines.

1 Vade Retro

Quand on a aimé l’humour génialement absurde de La Fille du 14 juillet, difficile de ne pas souffrir devant le nouveau Antonin Peretjatko. Il y avait pourtant matière à une comédie délirante, mordante et politique à travers l’histoire d’un vampire de bonne famille aristo-réac sommé de trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Mais une fois le pitch posé, rien ne fonctionne.

Thierry Chèze
Los Tigres
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Los Tigres

Antonio de la Torre est un acteur physique. Terrien, costaud, doué pour l’incarnation taiseuse. On aime le voir bouger dans le cadre, s’exprimer sans un mot – qu’il recharge son fusil à double canon dans La Colère d’un homme patient ou court à perdre haleine dans El Reino. Sur ce plan-là, Los Tigres, le nouvel Alberto Rodriguez (La Isla Minima), est un bonheur. De la Torre y joue un scaphandrier pas causant, spécialisé dans la réparation de navires marchands, aux côtés de sa sœur (Barbara Lennie), avec qui il partage un passé familial compliqué.

Frédéric Foubert
Le Pays d'Arto - Camille Cottin et Zar Amir
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Le Pays d'Arto

Céline (Camille Cottin), une Française, débarque en Arménie sur les terres natales de son défunt mari. Malheureusement l’administration locale ne parvient à identifier cet homme qui avait semble-t-il des choses à cacher. Débute alors pour elle un road-trip dans un pays fracturée de partout (séquelles encore visibles du tremblement de terre de 1988, tensions toujours vives avec l’Azerbaïdjan voisin…). Elle va bientôt faire la rencontre d’une jeune femme (Zar Amir Ebrahimi) qui va l’impliquer à son insu dans un dangereux trafic.

Thomas Baurez
3 Laurent dans le vent

Puisque sans attaches, Laurent arrive en coup de vent dans la vallée d’une station de ski en plein hors-saison. Il n’a ni domicile ni projet fixe, il cherche à prendre un nouveau départ. Le film quitte très rapidement les rails de la rédemption et de la réinsertion sociale, lui préférant le hasard de la déambulation et la subversion des modèles marginaux. Ce jeune homme de 29 ans suscite une curiosité magnifique (d’où vient-il ? est-il dépressif ou juste timoré ?), et touche à une certaine dérive existentielle propre à la jeune génération d’aujourd’hui.

2 En garde

Ce premier long met en scène les retrouvailles entre Jie, un jeune talent prometteur de l’escrime et son grand frère, sortant de 7 ans derrière les barreaux pour avoir tué un adversaire lors d’une compétition. Accident ou geste volontaire ? Des années après, le doute reste présent dans l’esprit de Jie et nourrit toute l’ambiguïté du film. Ce suspense est indéniablement accrocheur mais souffre d’un scénario ayant tendance à ronronner et à enfermer ses personnages dans des carcans archétypaux trop importants quand il s’agit de les en libérer dans la dernière ligne droite.

Thierry Chèze
2 La Dernière valse

Impossible de ne pas accroché par l’entame de ce film, immense carton au box- office hong- kongais et choisi comme son représentant dans la course à l’Oscar. On y voit Dominic, un organisateur de mariages, criblé de dettes à la sortie du COVID, sauvé in extremis par la main tendue d’un organisateur de pompes funèbres prenant sa retraite qui lui confie son activité.

Thierry Chèze
3 Sur un air de blues

Dès ce titre VF un peu tarte, on sent la difficulté à « vendre » un tel film en France. Une romance musicale consacré à un couple d’artistes du Wisconsin connu pour ses covers de Neil Diamond ? Aux Etats-Unis, où la scie « Sweet Caroline » est entonnée à tue-tête dans une fête de famille sur deux, c’est peut-être facile, mais chez nous, où la belle voix de baryton de Diamond n’a jamais déclenché de grandes passions, c’est plus compliqué.

Frédéric Foubert
Gael García Bernal Magellan
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Magellan

Le cinéma dominant (occidental) même guidée par un soi-disant humanisme impose par l’énergie d’une mise en scène sûre d’elle-même une vision du monde en surplomb. C’est par ce regard que s’effectue les nouvelles évangélisations. A contrario, des films comme Pacifiction tourments sur les îles ou plus récemment Le Rire et le couteau auscultaient des territoires post-coloniaux - Tahiti pour Serra (coproducteur de ce Magellan) ; la Guinée-Bissau pou Pinho – afin de questionner ce néo-impérialisme par le cinéma.

Thomas Baurez
Mélanie Laurent dans Qui brille au combat
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Qui brille au combat

En 2014, dans Respire, Mélanie Laurent offrait à Joséphine Japy un personnage qui allait changer le cours de sa carrière. Onze ans plus tard, voilà que les rôles s’inversent. C’est au tour de Joséphine Japy de passer derrière la caméra avec une histoire inspirée par sa propre petite soeur atteinte d’un trouble génétique rare (Sarah Pachoud, une révélation époustouflante) et la déflagration qu’a eu ce handicap lourd sur sa famille. Et pour jouer la mère de cette enfant, elle a donc choisi de faire appel à… Mélanie Laurent !

Thierry Chèze
2 Une enfance allemande, Île d'Amrum, 1945

En portant à l’écran le scénario d’Hark Bohm (comédien vu chez Fassbinder, disparu en novembre à 86 ans), inspiré par son enfance, Fatih Akin aborde les ultimes jours du régime nazi vu du côté allemand. Et plus précisément à travers le regard d’un enfant de 12 ans, membre des Jeunes Hitlériennes dont la mère est une farouche partisane du Reich mais totalement inconscient de l’horreur de l’époque. Akin lorgne pour ce récit initiatique d’un gamin forcé à grandir à marche forcée tant du côté du Voleur de bicyclette que de Stand by me.

Thierry Chèze
3 Selon Joy

Joy (Sonia Bonny) a la foi. L’église semble être sa maison. Nous sommes dans des faubourgs peu identifiés. On dira que l’époque est sûrement la nôtre mais aucune boussole spatio-temporelle nous le certifie. Dans les années 80, des cinéastes comme Enki Bilal, Luc Besson voire Jean-Jacques Beineix avaient investi des espaces souterrains, vestiges probables d’une apocalypse.

Thomas Baurez
1 L'Engloutie

En 1899 dans un village alpestre trop haut perché, la vie s’articule à l’abri du vaste monde. Les regards s’arrêtent aux frontières d’un horizon sans perspectives. Dès lors, les croyances spirituelles permettent d’élargir le cadre. Encore que, la jeune institutrice (Galatea Bellugi) venue de la ville va vite comprendre que tout le monde vit replié sur lui-même et qu’une intimité est impossible. Louise Hémon sculpte un film d’abord intriguant autour des pièges du désir avant de finir étouffé par les limites d’un univers sauvage trop décoratif.

Thomas Baurez
Bob l'éponge
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Bob l'Eponge, le film: Un pour tous, tous pirates !

Depuis la mort de son créateur Stephen Hillenburg en 2018, la saga Bob l’éponge a perdu un peu de son âme. Mais le succès est toujours là et la machine continue de tourner à plein régime. Dans ce quatrième long-métrage, Bob et son copain Patrick l’Etoile de Mer partent à l’aventure en compagnie du Hollandais volant, doublé en VO par Mark Hamill (en VF, c’est Eric Antoine). L’intrigue, très générique, est digne d’un DTV mais, le temps de quelques vannes, le bon vieil esprit « nonsensique » de Bob souffle encore.

Frédéric Foubert
La pire mère au monde
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La Pire mère au monde

Judith et Louise sont mère et fille. La première est greffière dans un petit tribunal de province, la seconde, une brillante et implacable substitut d’un Procureur promise à une carrière flamboyante dans la haute sphère de la magistrature.  Et elles entretiennent, pour user d’une litote, une relation compliquée qui fait que l’une comme l’autre se réjouissent de vivre loin de l’autre, sans chercher à renouer le moindre contact. Jusqu’au jour où… Louise se retrouve mutée dans le tribunal où travaille sa mère. Soit la promesse de retrouvailles électriques qui sera tenue à 1000% !

Thierry Chèze
Le Temps des moissons de Huo Meng
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Le Temps des moissons

Comme l’indique le titre, tout est ici question de temps. Un temps long que Huo Meng réussit à ne jamais faire rimer avec ennui au fil de l’année qui voit s’écouler son récit. L’année 1991, marqueur de l’histoire chinoise contemporaine où le système social agricole collectiviste vieux de 3000 ans allait laisser la place à une industrialisation massive et à une gestion autonome par chacun de ses parcelles. On suit ce bouleversement à travers les yeux d’un gamin de 10 ans que ses parents, partis chercher du travail en ville, ont confié à leur famille restée au village.

Thierry Chèze
Le Maître du Kabuki
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Le Maître du Kabuki

À première vue, Le Maître du Kabuki pourrait ressembler à une fresque un peu poussiéreuse sur un art figé. Mais Lee Sang-il préfère la tension au formol. Derrière les gestes millimétrés et le rituel du kabuki, il déploie un drame vibrant où l’ascension du fils d’un yakuza adopté par un maître du théâtre se transforme en lutte silencieuse contre l’ordre établi. L’enfant du crime devient prodige de la tradition et de ce paradoxe naît la charge affective du film. La mise en scène conjugue sophistication visuelle et énergie éclatante.

Gael Golhen
La femme de ménage
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La Femme de ménage

La Femme de ménage, le best-seller de Freida McFadden, semblait taillé pour le cinéma. Pas seulement à cause de son succès massif, mais aussi pour son intrigue s’inscrivant dans une généalogie qui va de Rebecca à Gone Girl, en passant par Hantise, La Main sur le berceau, Misery… Lignée qui aurait pu pousser le réalisateur Paul Feig vers une forme de maniérisme post-hitchcockien, à la façon du Joe Wright de La Femme à la fenêtre.

Frédéric Foubert
Affiche - Avatar : de feu et de cendres
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Avatar: De feu et de cendres

Seize ans après la révélation du premier volet et trois ans après l’immersion azur de La Voie de l’eau, James Cameron rallume les braises de son opéra panthéiste avec Avatar 3 : De Feu et de Cendres, troisième mouvement d’une saga désormais installée, tournée en avance et pensée comme une arche narrative géante. On retourne donc sur Pandora, non plus émerveillés mais familiers, comme on revient dans un lieu laissé derrière soi. Première évidence : ici, Pandora ne se découvre plus - elle se retrouve.

Gael Golhen
3 Jone sometimes

C’est l’histoire d’une Basque de 20 ans, Jone, bousculée par deux élans contradictoires dans ce fameux moment en lui- même déstabilisant du fameux passage à l’âge adulte. D’un côté un élan de mort avec la maladie de Parkinson de son père qui s’aggrave, la renvoyant au décès prématuré de sa mère qui, enfant, l’a fait grandir trop vite, trop tôt et transformée en maman de substitution pour sa petite soeur. De l’autre, un désir puissant de vie avec sa première histoire d’amour avec une Madrilène, rencontrée lors de la Semana Grande de Bilbao.

Thierry Chèze