1. Première
    par Thierry Chèze

    Phénomène littéraire de 2008, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patatess’intéresse à une  jeune écrivaine en panne d’inspiration. Nous sommes juste après la fin de la Seconde guerre mondiale et Juliet Ashton, tout comme le Royaume-Uni et le reste du monde, tente de panser ses blessures. C’est la lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey, créé durant l’occupation, et un voyage sur l’île qui attiseront à nouveau sa créativité. Mike Newell, Donnie Brasco et un Harry Potter au compteur, signe une adaptation bien sage et filmée comme un téléfilm de la BBC de cette histoire un peu cousue de fil blanc. Mais l’observation des blessures de guerre à l’échelle de cette micro-société qu’est l’île de Guernesey donne cependant du corps à cette bluette, portée avec conviction par Lily James. 

  2. Première
    par Thierry Chèze

    Honnêtement, la franchise Ocean ne nous manquait guère. Car après le carton d’Ocean’s eleven, le savoureux remake de L’inconnu de Las Vegas avec la joyeuse bande de ClooneyPitt et consorts, ses deux suites ont eu tendance à méchamment ronronner pour ne finir par provoquer qu’un vague sentiment d’ennui entre deux sourires. Mais voilà qu’un gang de filles débarque pour lui donner un second souffle. En l’occurrence Debbie Ocean (Sandra Bullock), la sœur de Danny, qui, à l’instar de son frangin, va réunir une équipe de professionnelles de l’arnaque (cette première partie est réjouissante) pour subtiliser un collier à 150 millions de dollars au cou d’une célébrité. Et ce lors d’un des grands événements mondains de la ville de New- York : le gala du MET

    Braquage réussi
    Luxe, glamour et bling bling sont bien évidemment au rendez- vous de cet Ocean’s 8. Mais Gary Ross – ami de Soderbergh qui lui en a confié les clés vingt ans après avoir produit son premier long, Pleasantville – ne s’enferme jamais dans un film bêtement girly. Il renoue simplement avec l’ADN de cette franchise. Du clinquant, de la dorure, du chic et du choc certes mais surtout de l’élégance, de l’humour et du rythme. Ou comment doper un film de casse par une bonne dose de malice et de second degré. Qu’importe qu’ensuite le casse en lui-même ait un air de déjà vu : Bullock et ses amies (dont Cate Blanchett et une surprenante Rihanna) avaient gagné leur pari bien avant : ressusciter une franchise devenue pantouflarde à travers un divertissement efficace.

  3. Première
    par Gérard Delorme

    Révélés avec Salvo (2013), Fabio Grassadonia et Antonio Piazza poursuivent leur voie singulière avec ce film qui brouille plus que jamais les frontières entre stylisation et réalisme. L’histoire (vraie) retrace le calvaire d’un adolescent kidnappé et retenu pendant deux ans par la mafia pour faire pression sur le père informateur. Mais la fiction fait irruption sous la forme d’une amoureuse de l’écolier, qui refuse le silence et la résignation des adultes pour se lancer à la recherche du disparu. Tous les moyens sont bons, y compris ceux de l’esprit. C’est là où le film rejoint un procédé cher à Guillermo del Toro, qui consiste à soulager les vivants des réalités trop dures en recourant à la mythologie. C’est le cas ici, où les deux adolescents se réfugient dans un univers imaginaire qu’ils définissent parfois par écrit, d’autres fois sous formes de dessins. Inspirés de légendes locales, et chargés de significations symboliques, les prairies, lacs ou forêts leur servent de lieux de rendez-vous où ils se retrouvent en pensée. Les transitions entre la réalité et le fantasme sont invisibles, grâce à une mise en scène sobre et juste, qui se garde bien de céder à la tentation de la surstylisation. En Sicile, le fait divers dont le film s’inspire est dans toutes les mémoires, mais pour ceux qui ne le connaissent pas, l’horreur du dénouement est à la limite du supportable. Mais il vient à point pour réaffirmer que le salut peut se trouver dans l’imagination.

  4. Première
    par Chrsitophe Narbonne

    Entre deux documentaires-fleuve (le dernier, Les Âmes mortes, présenté à Cannes, durait huit heures !), Wang Bing a signé ce doc minimaliste qui suit la lente agonie de Fang Xiyujing, une sexagénaire chinoise atteinte de la maladie d’Alzheimer. On est partagé devant le voyeurisme du “spectacle” de cette souffrance (Mme Fang est longuement filmée en gros plan, l’œil vide et la bouche ouverte, le corps de plus en plus décharné) et le potentiel de fiction des personnages qui se succèdent au chevet de la malade (le fils aimant, les voisins persifleurs…). Une curiosité.

  5. Première
    par Gérard Delorme

    Derrière la virtuosité exaltante du plan-séquence qui ouvre Hérédité se dessinent les contours du personnage central joué par Toni Collette. Alors qu’elle vient de perdre sa mère, Annie Graham construit pour une galerie d’art des modèles réduits inspirés de sa maison, recréant des scènes de sa vie familiale. La séquence incite à se demander ce qui peut pousser cette mère de famille à ce genre d’activité maniaque, sinon le besoin de se persuader qu’elle contrôle sa vie. Comme si elle avait l’intuition du contraire, que son destin lui échappait au profit de forces qui la dépassent. La suite confirmera cette dernière hypothèse avec une rigueur implacable... Mais il serait dommage d’en dévoiler plus, parce que l’intérêt du film réside précisément dans sa façon imprévisible et inédite de renouveler un territoire familier. Tout ce qu’on peut révéler, c’est que la famille Graham est en équilibre instable. La cadette de 13 ans présente des signes de troubles mentaux. Son frère aîné se réfugie dans la consommation compulsive de cannabis. Le père cherche à maintenir une apparente stabilité avec une assurance lugubre.

    PRÉCISION DIABOLIQUE
    Le titre du film suggère la transmission, mais il aurait pu tout aussi bien s’appeler Fatalité. Parce qu’il s’agit bien d’une tragédie classique, dont les protagonistes sont prisonniers de leur sort. Celui-ci est particulièrement funeste, et le réalisateur Ari Aster, dont c’est le premier film, le met en scène avec une précision diabolique, réaffirmant que les jeux sont faits depuis cette fameuse première séquence programmatique jusqu’aux nombreux signes précurseurs qu’il n’arrête pas de disposer au long du film (comme la gamine qui coupe la tête des oiseaux à coups de ciseaux). Révélé au festival Sundance, Hérédité arrive précédé d’une réputation qui n’a rien d’exagéré. L’écriture des personnages, le rythme délibéré, le timing parfait, la puissance graphique des moments forts, la direction d’acteurs (excellents, à commencer par Toni Collette), tout est pensé et exécuté avec une efficacité exceptionnelle. À tel point qu’on a envie d’y retourner illico. C’est aussi ce genre de film, plus si fréquent, qui gagne à être revu. 

  6. Première
    par Thierry Chèze

    Si vous n’aimez pas le mélo, passez votre chemin. Car Scott Speer (Sexy dance 4) n’y va pas avec le dos de la cuillère dans ce remake d’un film japonais, Taiyō no Uta, réalisé en 2006 et resté inédit en France. Une histoire d’amour a priori impossible entre une ado de 17 ans atteinte d’une maladie génétique qui la prive de toute exposition à la lumière du jour sous peine d’en mourir et le garçon qu’elle observe depuis sa tendre enfance et qui la fait fondre. Ce garçon qu’elle croise pour la première fois une nuit où elle sort chanter près d’une gare et qui, instantanément sous son charme, va tout faire pour la revoir et entamer une love story… sans savoir son secret. Alors oui, il y a de la guimauve dans cette romance adolescente qui joue au premier degré avec le symbole du premier amour si fort et si essentiel qu’il vous consume de l’intérieur et de l’extérieur. Mais Speer a le mérite de ne pas tourner autour de son sujet pour jouer au petit malin. Il y va fort dans le mélo et sans renouveler ou dynamiter le genre, il le respecte et évite nombre de facilités lacrymales toujours gênantes, aidé en cela par Bella Thorne, une Disney star comme Britney Spears et Justin Timberlake, qui, depuis la fin de la série Shake it up dont elle était l’héroïne, mène rondement sa barque entre ciné, télé, musique et mannequinat. Avec une redoutable cinégénie. 

  7. Première
    par Anouk Féral

    Avant de réaliser le remake américain de son film Gloria avec Julianne Moore, Sebastian Lelio (Une femme fantastique) se fait la main en adaptant le roman de Naomi Alderman, La désobéissance, avec deux autres stars de dimension hollywoodienne, Rachel Weisz (également productrice du film) et Rachel McAdams. Un premier film en anglais pour le réalisateur d’origine chilienne, mais une prolongation logique de l’étude d’un de ses sujets de prédilection : le couple interdit, désapprouvé par le reste du monde. Ici « les autres » c’est la communauté juive orthodoxe de Londres, rompue aux dogmes religieux, animée par une foi souveraine mais aussi par une nette résistance à l’évolution contemporaine des mœurs. Quand  le rabbin Rav meurt, sa fille Ronit, réfractaire à ce monde dont elle s’est détournée, revient pour ses obsèques. Elle revoit Dovid et Esti, ses amis d’enfance désormais mariés et très pieux. Ce retour va pulvériser leur bel équilibre en réactivant l’attirance irrépressible entre Ronit et Esti, autrefois planquée sous le tapis au nom de la bien pensance. Ces retrouvailles vont les contraindre tous trois à une mutation morale. Si celle des femmes est relativement classique (assumer son identité profonde), la trajectoire de Dovid, le mari trompé, est plus captivante. Alors qu’il doit être intronisé rabbin, les remous lesbiens de sa femme vont le plonger dans un dilemme où ses certitudes d’homme saint vont être ébranlées. Mis en scène avec épure et tension, ce drame psychologique procure tous les frissons du feu sous la glace.

  8. Première
    par Anouk Féral

    1981, Romy Schneider a 42 ans. Aux prises avec ses démons existentiels et ses addictions, elle fait une cure à Quiberon avec une amie d’enfance. Cette période est dure : son fils la rejette, elle vient de divorcer et connaît des problèmes d’argent. Elle accepte pourtant de recevoir dans cet hôtel breton le photographe Robert Lebeck et le journaliste Michael Jürgs, du magazine Stern, pour ce qui se révèlera être sa dernière interview en allemand. Emily Atef (L’étranger en moiTue-moi) reconstitue avec habileté ces quelques jours en compagnie de l’actrice - incarnée par Marie Bäumer, troublante de ressemblance -, grâce aux 600 clichés jamais publiés que Lebeck himself lui a confiés. Mais la cinéaste a beau filmer la star versant vie privée, sans fards, jouant de l’accordéon dans un bar de marins, la clope au bec et le rire rustique, son aura d’étoile écorchée persiste. La proximité ne fait pas éclater le halo magnétique qui la ceint, au contraire, elle l’augmente. C’est que Romy appartient au petit cercle des stars aussi envoutantes qu’envoutées. Plus Marilyn que jamais, elle altère malgré elle son entourage, tour à tour souveraine et enjôleuse. Incapable de vivre cachée (donc heureuse), elle entretient avec les médias une relation d’amour-haine incarnée par ses rapports avec Lebeck et Jürgs auxquels, dans un double mouvement, elle donne et reproche tout. Evidemment on pense aux films de Sautet, qui filma si bien la Romy solaire et sensuelle ; mais aussi à la brèche immense révélée par L’important c’est d’aimer, où Romy apparaissait éreintée. La mort rôde. Peu après cette interview, l’actrice disparaitra.

  9. Première
    par Thierry Chèze

    Quand l’enfant disparaît… Tel pourrait être le sous-titre de ce troisième long métrage du roumain Constantin Popescu, dont le travail reste méconnu en France, à l’exception de sa participation au film collectif Contes de l’âge d’or, en 2009. Car tel est bien – à l’image, l’an passé, de Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev ou Mon garçon de Christian Carion - le drame angoissant que va vivre le couple de trentenaires, au centre de ce récit. Lui travaille dans une entreprise de téléphone, elle comme comptable. Ils ont deux enfants et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’au jour où, lors d’une promenade dans un parc, leur petite fille disparaît. Le début d’une descente aux enfers et aux confins de la folie. Le point de départ de l’implosion de cette cellule familiale unie. A l’écran, cette disparition soudaine donne lieu à un grand moment de cinéma. Un plan séquence de 20 minutes qui place le spectateur dans la peau de ce père de plus en plus paniqué. Avec donc d’emblée la certitude que Popescu ne traitera pas ce sujet – en partie inspiré par une douloureuse histoire personnelle – par le seul prisme de l’émotion basique mais en faisant du cinéma. Popescu ne déviera jamais de cette ligne à travers une mise en scène ambitieuse et une nécessité absolue d’étirer le récit à 2h30 pour raconter tout à la fois le chagrin, la rage, la honte de cet homme face à cette poignée de secondes d’inattention qui font que plus jamais rien ne sera comme avant dans sa vie. L’ensemble se révèle impressionnant et étouffant à souhait avec ce sentiment permanent que ses défauts - ces inévitables longueurs ressenties devant l’écran – nourrissent ce qui en fait sa puissance et sa singularité

  10. Première
    par Elodie Bardinet

    En 2015, Jurassic World démontrait que 22 ans après le succès de Jurassic Park, la fascination des spectateurs pour les dinosaures était toujours intacte. Amassant 1,6 milliard de dollars de recettes, le blockbuster de Colin Trevorrow, mi-suite mi-remake de l’original de Steven Spielberg, a cartonné malgré des critiques mitigées. Sans surprise, Universal a rapidement lancé un nouvel opus. Le studio a même directement annoncé une trilogie, et Fallen Kingdom, qui sort cette semaine au cinéma, est donc l’épisode du milieu, qui doit consolider ce qui a été inauguré avec Jurassic World tout en introduisant les enjeux du dernier film et en respectant l’œuvre originale. Un défi en partie relevé par Juan Antonio Bayona, qui succède à Trevorrow à la mise en scène, même si celui-ci est toujours au scénario.

    L’intrigue de Fallen Kingdom est globalement son point faible. Proposer des réflexions écologiques au cœur d’un blockbuster d’une telle ampleur, c’était pourtant osé sur le papier, mais la mise en place des enjeux est laborieuse. Considérant qu’ils devraient être protégés comme toute espèce menacée, Claire (Bryce Dallas Howard) veut libérer les dinosaures d’Isla Nublar avant que l’île ne disparaisse lors d’une catastrophe naturelle annoncée. Elle refait alors appel à Owen (Chris Pratt), le dresseur du raptor Blue, pour en récupérer un maximum et les transférer en lieu sûr, où ils pourront vivre en liberté loin des hommes. Evidemment, le sauvetage des créatures ne va pas se passer comme prévu. L’histoire bascule ensuite vers d’autres problématiques traitées sans finesse : les dangers des manipulations génétiques et l’amoralité des hommes. Puis, elle ouvre grand les portes à l’ultime épisode, qui sera à nouveau réalisé par Colin Trevorrow et sortira en 2021.

    Si le duo d’acteurs est moins cliché que dans le premier opus -on ne peut pas en dire autant de leurs nouveaux acolytes, Zia et Franklin-, leur relation reste au second plan tant les enjeux écologiques sont appuyés. Ils sont régulièrement répétés tout au long de l’intrigue, notamment par le Dr Ian Malcolm, qui revient, toujours incarné par Jeff Goldblum, pour avertir l’humanité du danger encouru si les dinos restent en vie. Totalement écrasantes, ces réflexions morales coupent court à toute tentative d’humour, donnant au film un ton étonnament sérieux pour un divertissement de ce type. C'est d'autant plus frappant que le précédent opus jouait à fond la carte de l'ironie en se moquant de façon décomplexée de son concept.
    Restent quelques jolis clins d’œil à la première trilogie de Jurassic Park. Surtout au Monde perdu (1997), puisque les bestioles finissent par semer la terreur en société, comme le T-Rex à la fin du deuxième film de Spielberg, et que les héros doivent tenir tête à des soldats qui n’ont que faire de la cause animale. La séquence sur la verrière est également construite comme celle avec Julianne Moore et Jeff Goldblum dans la caravane tombant de la falaise, la tension montant crescendo au fur et à mesure que le verre craquelle.

    Visiblement très influencé par le travail de Steven Spielberg (surtout dans The Impossible, son drame familial sur le tsunami de 2004), Juan Antonio Bayona parvient à lui rendre hommage, tout en insufflant son propre style au sein de ce blockbuster au cahier des charges pourtant bien rempli. S’il croule sous les pressions scénaristiques, sa mise en scène est parfois grandiose : la fuite des hommes et des dinosaures lors de l’irruption volcanique et les attaques nocturnes dans le manoir/musée sont visuellement bluffantes. Le meilleur exemple ? Lorsque le réalisateur revient quelques instants à l’ambiance horrifico-poétique de son chef-d’œuvre, L’orphelinat, en filmant une nouvelle créature s’introduisant dans la chambre d’une fillette par un jeu d’ombres chinoises à la fois beau et terrifiant. Un vrai cauchemar d’enfant retransmis à l’écran ! Grâce à Maisie, sa petite héroïne jouée par Isabella Sermon, il peut d’ailleurs offrir de beaux passages d’émotion et de douceur entre deux poursuites haletantes. C’est malheureusement trop furtif pour être aussi bouleversant que dans ses précédents films (Quelques minutes après minuit en tête).

    Même si le monde de Jurassic Park a perdu de son effet "wow" au fil des suites, Juan Antonio Bayona marche sur les traces de son modèle Steven Spielberg avec respect. Dommage que ce soit au cours d'un long métrage davantage pensé comme un épisode transitoire que comme un film phare de la saga.

  11. Première
    par Frédéric Foubert

    Quatre vieilles copines (Diane Keaton, Jane Fonda, Candice Bergen et Mary Steenburgen) décident de pimenter les réunions hebdos de leur club de lecture en se mettant à lire 50 nuances de Grey…. A partir de ce pitch navrant, Le Book Club déroule des péripéties mécaniques de comédie romantique pour seniors, où quatre super mamies vont redécouvrir les joies de l’amour et de la sexualité grâce à une poignée de vieux beaux (Andy Garcia, Don Johnson…). Le seul (très léger) intérêt du film est de regarder ses interprètes – plutôt amusantes et investies malgré la pauvreté du matériau – s’amuser avec l’image que l’inconscient collectif veut garder d’elles : Diane Keaton est l’intello pétillante, Jane Fonda la tigresse conquérante, etc. Profitons également de cette chronique pour informer les fans de la saga du Parrain que Diane Keaton fait ici des bisous à Andy Garcia – on préfère prévenir ceux que ça choquerait de voir la femme et le neveu de Michael Corleone fricoter ensemble.

  12. Première
    par Eric Vernay

    Après son documentaire intimiste sur le foot (Match retour, où son père, ancien arbitre, et lui-même, commentaient un match datant de 1988), Porumboiu attaque cette fois le sujet par le biais d’un portrait subtil et cocasse, où s’imbriquent théorie du sport et parabole politique. Gravement blessé sur un terrain de foot dans sa jeunesse, Laurentiu Ginghina est resté totalement obsédé par l'idée d’en changer les règles. Devenu gratte papier pour le gouvernement roumain, il se compare volontiers aux super-héros. Comme eux, il mène une double-vie ; l'une excitante, l'autre plus grise, servant de couverture à ses exploits :  l’élaboration de ces fameuses nouvelles règles, donc, qui portent en elles une volonté de changement, où la non-violence joue un rôle pivot. Une utopie qui peut paraitre insignifiante aux yeux d'un novice en ballon rond, voire gentiment délirante pour les plus avertis : le réalisateur de 12h08 à l'est de Bucarest, qui débat en personne avec l’apprenti sorcier, ne se prive d’ailleurs pas d’en pointer les incohérences. Mais au-delà de la question de son applicabilité, elle a le mérite de produire une étincelle de pensée stimulante dans un pays noyé sous la grisaille et toujours plombé par les lourdeurs administratives : témoin de cet immobilisme post-communiste, l’irruption régulière dans le bureau de Ginghina de citoyens lassés par la paperasse, dont une nonagénaire qui attend depuis trente ans que l’Etat lui rende son terrain. Kafka n’est jamais très loin.

  13. Première
    par Perrine Quennesson

    Et si on vous disait que celle qui a inspiré le visage de Blanche-Neige est aussi l’inventrice d'un système secret de communication applicable aux torpilles radio-guidées qui a engendré la création du Wifi? Vous n’y croiriez pas, hein? Et si on ajoutait qu’elle a aussi fait scandale en jouant le premier orgasme féminin du cinéma non X dans un film austro-tchécoslovaque des années 30, qu’elle fut mariée six fois et qu’elle a fini sa vie en recluse dans sa maison, cela deviendrait complètement fou, n’est-ce pas? Et pourtant Hedy Lamarr, c’est tout ça à la fois. Dans son documentaire, Alexandra Dean dresse le portrait d’une belle affranchie qui ne craignait qu’une seule chose : qu’on la prive de liberté. Si le long métrage n’épate pas par sa forme, force est de constater que son sujet bigger-than-life le rend indispensable et fascinant. Par les mots de ses proches et par ceux de la comédienne de Samson et Dalila elle-même, Hedy Lamarr : from Extase to Wifi raconte le parcours de cette émigrée juive autrichienne, née Hedwig Kiesler, qui fuira son pays et sa religion par crainte de représailles et deviendra une icône du 7e art ainsi qu’une brillante scientifique (quoique manquée). Que ce soit George Antheil, son acolyte en sciences, Howard Hughes, amant et fournisseur d’équipements, ou ses différents maris, tous ne sont qu’une facette 2D de celle qui fut une héroïne aux multiples dimensions, à qui l’absence de reconnaissance a fini par coûter la raison. 

  14. Première
    par Sylvestre Picard

    Dans la famille « biopic », il y a ceux qui font le choix du portrait par le détail, l'anecdote, la petite tranche de vie qui doit tout concentrer : The Final Portrait est de ceux-là, et narre les difficultés d’Alberto Giacometti à terminer le portrait de l'écrivain James Lord dans son atelier parisien en 1964 -deux ans avant la mort de l’artiste, d'où le titre funèbre. Le film, coincé dans un atelier poussiéreux et glacial, aux couleurs désaturées, traite la pulsion artistique exclusivement à travers le doute. Geoffrey Rush s'amuse beaucoup à interpréter Alberto comme un ronchon mercantile. Face à lui, Armie Hammer continue de jouer sa partition élégante et gay de Call Me by Your Name avec la même aisance, mais en mode passif. La rencontre en les deux, si théâtrale qu'elle soit, est un régal.

  15. Première
    par Frédéric Foubert

    Lila est l’héroïne d’un livre pour enfants qui se retrouve soudain propulsée dans le monde réel. Menacée par les oiseaux de l’oubli, elle part à la recherche de Ramon, un petit garçon qui lisait ses aventures quelques années plus tôt mais a fini par l’oublier… Malgré quelques baisses de rythme, ce dessin animé colombien est une belle fable initiatique et symbolique sur les pouvoirs de la lecture, des récits et de la mémoire. Recommandé aux petits à partir de cinq ans.

  16. Première
    par Thierry Chèze

    Est-ce le fait d’avoir été trop gourmand et de jouer les cumulards pour son premier long métrage : réalisateur, scénariste et acteur principal ? Toujours est-il que Florian Hessique passe totalement à côté de cette histoire d’as du basket qui, bien que courtisé par les plus grandes équipes, décide de retourner dans son club formateur, fraîchement promu au plus haut niveau. Un jeune homme de 25 ans qui ambitionne d’intégrer l’équipe de France et va tout faire y compris via l’usage de produits non autorisés pour tenter de masquer une blessure au genou, véritable couperet pour la suite de sa carrière. Plus que faiblard dans sa mise en scène –où le manque de moyens se révèle criant à chaque plan–, La légende souffre tout à la fois d’un scénario cousu de fil blanc et d’une interprétation hasardeuse. Et ce sans ne rien apporter façon Coup de tête d’Annaud sur le petit monde du foot français à la fin des années 70 sur les coulisses d’un club de basket provincial aspirant à jouer dans la cour des grands. Comme si Hessique avait placé tous les sujets sur la table (dopage, argent, querelle de pouvoir, histoire d’amour, vie en équipe…) sans en creuser aucun.

  17. Première
    par Thomas Baurez

    D’entrée, une brume grise empêche de voir l’horizon. Tout au plus distingue-t-on deux silhouettes qui gravissent une montagne. Presque à l’aveugle. Nous sommes à l’été 43 dans le Piémont. L’Italie tout entière nage dans un épais brouillard. Les deux hommes en question sont des partisans qui luttent contre le fascisme. L’un finit par rebrousser chemin. L’autre se retrouve bientôt devant une fière bâtisse. Et soudain tout s’éclaire. Le cadre retrouve toute ses couleurs. Le drame intime peut se lover dans celui de la grande Histoire. Somewhere over the Rainbow crépite sur un vieux tourne-disque. Les vocalises lumineuses de Judy Garland lancent le flash-back et dessine les contours d’un mélo : Milton aime Fulvia qui aime en secret l’ami de celui-ci, Gorgio. La clarté du passé laisse de nouveau place à un présent sans perspective qu’il va falloir recomposer. Milton - puisque c’est lui dont il s’agit - va bientôt redescendre dans la plaine pour rechercher Gorgio. Celui-ci est prisonnier des fascistes donc promis à une mort certaine. Milton va tout faire pour sauver cet ami, ce rival de cœur. Ce Una questione privata sera le dernier film des frères Taviani après la mort de Vittorio le 15 avril dernier. Nul ne sait si Paolo fera désormais cavalier seul. On peut toutefois voir dans ce  film qui renoue avec la force tellurique et poétique de leur œuvre la plus célèbre Padre, Padrone - Palme d’or en 1977 - où la terre sarde durant le Seconde Guerre Mondiale servait de cadre à une émancipation rocambolesque, une boucle se refermer. Mais loin d’un retour vers un passé glorieux, les frères Taviani continuaient ici d’accompagner les évolutions de leur art. La grande révolution narrative a eu lieu il y a 6 ans avec leur César doit mourir et l’utilisation inédite pour eux de l’image numérique. Contrairement à certains de leurs confrères mal à l’aise avec la perfection engendrée par la haute qualité, les Taviani en ont tiré profit. La grande netteté de l’image n’est pas un obstacle, et lorsqu’elle le devient, c’est que le récit a quelque chose à nous dire, comme cette brume tenace qui vient ici contrarier le combat de leur héros tout au long du récit. Une belle leçon de modernité en somme.

  18. Première
    par Thierry Chèze

    Oren, un jeune pâtissier allemand, entretient une liaison avec un homme marié israélien qui vient régulièrement à Berlin pour affaires. Puis, un jour, cet amant ne donne plus signe de vie. Oren découvre qu’il est mort dans un accident de voiture et décide de partir pour Jérusalem pour apprendre à connaître l’autre vie de celui qu’il aimait. Et en taisant sa réelle identité, il entre peu à peu dans le quotidien de sa veuve Anat en se faisant engager comme pâtissier dans son petit café. De fil en aiguille, il va se rapprocher du fils, de la mère et du frère de son amant, reconstruisant le puzzle de sa vie avec des pièces qu’il connaissait et d’autres jusque-là manquantes. Sur cette trame, Ofir Raul Greizer aurait pu choisir de bâtir un suspense autour du fait que cette famille en deuil finisse ou non par découvrir la réelle identité de celui dont Anat finit même par tomber amoureux. Comme si instinctivement leur amour commun du même homme devait les rapprocher. Mais pour son premier long métrage, Greizer a choisi une autre voie. Celle de raconter la reconstruction de deux êtres blessés à travers un inattendu récit d’émancipation et de deuil mêlés. Le tout sans précipitation, sans obsession du rebondissement permanent. Une force tranquille émane de ce Cakemaker tout en subtilité et émotion rentrée qui n’a pour seul défaut un épilogue un peu trop balourd et convenu. Où Greizer montre ce qu’il aurait dû laisser aux spectateurs le soin d’imaginer. Une exception dans ces 105 minutes remarquablement maîtrisées.

  19. Première
    par Chrsitophe Narbonne

    C’était la star par défaut du dernier Festival de Cannes. Assigné à résidence dans son pays (comme son homologue russe, Kirill Serebrennikov, lui aussi en compétition sur la Croisette avec Leto), le cinéaste iranien Jafar Panahi a une nouvelle fois étonné, sinon ébloui, les observateurs non pas tant pour la qualité intrinsèque –et réelle- de Trois visages que pour son existence même : rappelons qu’il est interdit de tournage depuis 2010 et que, depuis cette date, il a réalisé quatre longs métrages dont l’acclamé Taxi Téhéran ! Le mystère et la clandestinité qui entourent la fabrication de ses films participent puissamment de leur pouvoir d’attraction d’autant que le réalisateur proscrit s’y met désormais systématiquement en scène, donnant ainsi de ses nouvelles par écrans interposés. Comme d’habitude, donc, Jafar Panahi joue Jafar Panahi mais il n’est plus la seule star à l’image. A ses côtés, Behnaz Jafari joue aussi son propre rôle, celle d’une actrice populaire. Elle va demander l’aide de son aîné pour démêler le vrai du faux d’une vidéo dans laquelle une jeune femme de la campagne se suicide en direct après lui avoir avoué qu’on l’empêchait de devenir comédienne. Direction le village de la défunte (l’est-elle vraiment ou est-ce un canular pour attirer la star et pourquoi ?) au volant d’un véhicule lambda, le décor de cinéma préféré du réalisateur qui représente à la fois le mouvement et l’enfermement. 

    4x4 
    Trois visages dessine subtilement un nouvel autoportrait de l’artiste, cette fois dans l’Iran profond, agité par les questions relatives à la condition de la femme. Les « trois visages » du titre sont en effet ceux de trois héroïnes, à différents stades de la vie : Marziyeh, l’adolescente empêchée, Behnaz, la citadine autocentrée, Shahrzad, la vieillarde recluse -une ancienne gloire du cinéma d’avant la Révolution, dont on ne verra jamais les traits. Leur malheur, nous dit Panahi en substance, est celui de l’Iran, dont  l’immobilisme en fait un mort en sursis. Et le 4x4 de progresser à travers des sentiers étroits, comme une métaphore exemplaire du chemin qu’il reste à parcourir.

     

  20. Première
    par François Rieux

    Viré d'un club prestigieux, un entraîneur de basket borderline se retrouve à la tête d'une équipe amateur remplie de bras cassés. Pire pour ce coach irascible, celle-ci est composée de joueurs handicapés et il doit les préparer en un temps record pour un championnat. Vous la voyez venir, cette histoire casse-gueule au goût de déjà-vu ? Et bien non, Javier Fesser désamorce tous les clichés attendus dans ce feel good movie très efficace, grâce à son autodérision mordante et un humour cash servis par des dialogues hilarants. Ni tire-larme, ni moralisateur, le film puise sa force émotionnelle dans son casting épatant : d'un côté Javier Gutiérrez, sosie espagnol de Michael Keaton, et de l'autre des acteurs semi-professionels voire totalement amateurs, tous atteints d'un handicap. L'alchimie va souder les deux camps, chacun tirant profit de l'expérience de l'autre, pour abattre la barrière des préjugés et aller dans une seule et même direction. La sincérité de ces acteurs d'un jour, ou plutôt d'un film, leur permet de sublimer leurs difficultés à travers le prisme cathartique de la caméra. En pointant du doigt les discriminations, Champions s'attaque frontalement à un sujet quasi-tabou et trop rarement traité à l'écran : la place de ces personnes mises à la marge d'une société trop normée. Mais au final, qu'est ce que la normalité, si ce n'est une bande de potes aux allures de famille de substitution qui se démène pour arracher la victoire avec des étoiles dans les yeux ?

  21. Première
    par Sophie Benamon

    Mark est malade. Il ne lui reste qu’un an à vivre. Il décide de faire congeler son corps pour avoir un espoir de guérir grâce aux avancées de la science. 60 ans plus tard, il est ranimé. Mateo Gil, scénariste complice d’Alejandro Amenabar (Ouvre les yeux, Mar Adentro, Agora) renoue avec la science-fiction. Si le présupposé (comment échapper à la maladie ?) et les conséquences qu’il induit est passionnant, le récit vire lègèrement au monologue monocorde sur la bioéthique. Le réalisateur en a conscience et rythme sa narration de flashbacks intempestifs, car le 22e siècle a judicieusement  inventé le casque qui projette des images de votre mémoire ! Pour les fans de SF et de Charlotte Le Bon.

  22. Première
    par Thomas Baurez

    La comédienne Hélène Fillières signe ici son deuxième long-métrage de réalisatrice. Et déjà l’affirmation d’une auteure au sens où les deux films semblent se répondre.  Une histoire d’amour d’après un roman de Régis Jauffret lui-même inspiré de l’affaire Edouard Stern, s’interrogeait sur l’abandon physique, le don de soi, la violence passionnelle et pulsionnelle. Si ce Volontaire, parcours d’une jeune femme qui s’engage dans la Marine Nationale et va entretenir avec son supérieur un rapport de séduction, n’est pas le récit d’un déchainement émotionnel et joue sur la retenue, la cinéaste tente de sonder la même tension sourde qu’induit certains jeux où pouvoir, fascination et répulsion s’entremêlent.  C’est en tout cas, ce que l’on devine entre les lignes de ce récit malheureusement bien trop maladroit pour convaincre totalement.

    Manque de mystère
    Volontaire, c’est d’abord un regard d’un bleu presque transparent, celui de l’actrice Diane Rouxel où se lit tout à la fois détermination et innocence. Un regard qui devient et prend corps à mesure que celui-ci pénètre les eaux mystérieuses d’un monde fantasmé et ritualisé (la Marine Nationale) où règne un ordre immuable. Laure, c’est son prénom, devra faire un pas de côté si elle veut s’affirmer et sortir du rang. Face à elle, un mur de chair implacable : Lambert Wilson et son physique adéquat d’éternel Apollon racé. On peut légitimement se demander, à l’instar du personnage de la mère jouée par une Josiane Balasko en surjeu : « Pourquoi, une fille comme toi, rêve de Marine Nationale ? » Ou pas. C’est peut-être là où le bât blesse, dans cette volonté qu’à Hélène Fillières de tout vouloir contextualiser et justifier au risque de détruire tout ce qu’elle avait si bien mis en place. Sans mystère, tout devient trivial. Dommage car lorsque la cinéaste reste dans le vase clos du monde militaire, elle était magnifiquement parvenu à imprimer les prémices d’un trouble.

  23. Première
    par Thierry Chèze

    Quelques mois après le succès de son deuxième long métrage Jalouse (co-réalisé avec son frère Stéphane), revoici des nouvelles de David Foenkinos sur grand écran. Mais cette fois- ci comme auteur d’un de ses romans publiés en 2013, adapté et porté à l’écran par Jean-Pierre Améris. L’histoire d’un quinqua soudain en proie à un mal de dos fulgurant qu’aucun médecin ne parvient à guérir. Et pour cause : l’origine de cette douleur est purement psychologique. Sur le papier, on pouvait attendre beaucoup de la rencontre entre la plume (si joliment portée à l’écran par Jean-Paul Rouve avec Les souvenirs) de l’auteur de La délicatesse et l’œil du réalisateur des Emotifs anonymes. Tant ils semblent liés par une langue commune, une aisance à explorer l’âme humaine avec empathie, finesse et humour. Mais ici, quelque chose cloche. Le récit reste trop sage, ne sort jamais des sentiers battus et rebattus. On s’attend exactement à tout ce qui va arriver à cet homme qui décide de remettre en cause sa vie privée comme professionnelle. Il manque le grain de sable, l’accident, le coup de folie malicieux dont l’un et l’autre sont si souvent coutumiers. Celui-ci ne se produit que le temps d’une seule et unique scène lorsque ce quinqua pousse son ex à lui balancer ses quatre vérités, point de départ d’une dispute façon Guerre des Rose. Une scène, c’est hélas bien peu. Et ce, malgré les efforts d’Eric Elmosnino et Judith El Zein, irréprochables, Je vais mieux se contente d’arriver à bon port sans qu’on se souvienne du voyage.

  24. Première
    par Gérard Delorme

    Le hasard de la programmation voit la sortie le même mois de deux films traitant du conflit israélo-palestinien à l’époque où il commençait à s’exporter dans le monde entier. Mais là où Otages à Entebbe, de José Padilha, reconstitue un événement historique, Opération Beyrouths’appuie sur les faits pour imaginer une fiction complexe, propulsée par un héros qui ne l’est pas moins. Ici, les négociations importent autant sinon plus que l’action, et le scénariste Tony Gilroy s’y entend pour écrire des dialogues denses qui véhiculent une quantité d’informations tout en faisant avancer l’intrigue. Celle-ci paraît alors un peu mécanique dans sa façon de privilégier le personnage central au détriment des autres, dont on peut regretter qu’ils ne soient pas plus développés. Jon Hamm compense en incarnant à la perfection un homme fracturé et paradoxal, pas vraiment à sa place et pourtant maître de la situation. Ce n’est pas un rôle confortable, à l’image du film, où s’affrontent mouvement et tractations, poids du passé et fièvre d’un présent où la frontière entre amis et ennemis est complètement brouillée.

  25. Première
    par Christophe Narbonne

    L’histoire, tirée d’une histoire vraie, est incroyable : trois femmes, une mère et ses deux filles, retranchées dans leur maison, combattirent, armes à la main, 200 bandits menés par leur oncle qui revendiquaient les terres de son frère, injustement emprisonné. Le film illustre les tentatives de spoliation qui sont monnaie courante au Pakistan, l’un des pays les plus corrompus au monde –l’oncle bénéficiait du soutien du commissaire local. Anglais d’origine pakistanaise, Sarmad Masud a tourné sur place dans des conditions rocambolesques qui mériteraient un film à part. Tout était donc réuni pour faire de My pure land un western moyen-oriental au scénario digne d’une tragédie grecque : las, il trahit un léger amateurisme à tous les étages, du découpage à la direction d’acteurs, en passant par la mise en scène incapable de transcender la folle matière narrative. Il faut néanmoins saluer et encourager cette incursion prédestinée dans le genre au pays des kalach’.

  26. Première
    par Sophie Benamon

    Jean-Marc Barr retrace la vie de l’homme qui inspira Le Grand Bleu. En 1988, le grand public découvre l’existence du plongeur apnéiste Jacques Mayol à travers le films culte de Luc Besson. Ses plongées font rêver les ados aux sons de la musique flamboyante d’Eric Serra. Mais le modèle se révèle encore plus passionnant. C’est ce que nous explique le documentariste Lefteris Charitos en mêlant des images d’archives et témoignages inédits. Entendre le véritable Enzo Molinari (interprété à l’écran par Jean Reno) raconter leur rivalité est captivant. Il y a aussi la vie d’un père racontée par une fille qui le voyait s’éloigner dans ses rêves et ses passions. Car Jacques Mayol reste aussi un mystère. Enfin, Jean-Marc Barr vient aussi témoigner des effets du Grand Bleu sur cet homme mort il y a 17 ans.
    Sophie Benamon

  27. Première
    par Sylvestre Picard

    Comment est-ce qu'un sympathique arnaqueur des rues se retrouve coincé dans une armoire Ikea ? Et comment se retrouve-t-il baladé dans toute l'Europe, à partager le sort des migrants clandestins et à en tirer une leçon de vie ? Si Le Voyage du fakir réussit à dépasser son statut de feel good movie en guimauve à la Jean-Pierre Jeunet, c'est grâce à son héros joué par Dhanush, superstar du cinéma tamoul dotée d'un charme ahurissant. Il porte brillamment le film sur son bagout. On le suivrait n'importe où, même dans une armoire.

  28. Première
    par Thierry Chèze

    Pour son premier long métrage, Saïd Hamich (coproducteur du Much loved de Nabil Ayouch) s’aventure sur un terrain ô combien miné : la question de l’identité et des communautarismes. Mais en lieu et place du flot de théories répétées en boucle jusqu’à l’épuisement sur ce sujet, il fait le –bon- choix de le traiter en partant d’une situation concrète. En l’occurrence, le retour de Nassim, trentenaire vivant à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine, à Bollène où il a grandi. Un retour aux sources qui ne sera pas de tout repos. D’abord parce qu’il entretient des rapports complexes avec sa famille, et tout particulièrement son père à qui il n’adresse plus la parole. Mais surtout parce qu’il ne reconnaît pas l’ambiance de cette ville du sud de la France et certains de ses amis d’enfance, contaminés par la montée en puissance de l’extrême-droite et son rejet de la communauté maghrébine à laquelle il appartient. Hamich raconte les tiraillements de cet homme entre ce passé qui l’a construit mais qu’il a fui et ce présent où il se sent étranger à ses origines pour autant de bonnes que de mauvaises raisons. Rien n’est jamais tout noir ou tout blanc dans ce récit et Retour à Bollène séduit précisément pour sa capacité à évoluer dans ce gris où se mêlent harmonieusement l’intime et le général, les liens familiaux et les engagements sociétaux. Et, de fait, à ne jamais s’enferrer dans la pure réflexion cérébrale distante pour oser se confronter à des moments émouvants voire poignants. Le tout en un peu d’une heure orchestrée sans longueur inutile. Un grand film politique, aussi pertinent que sensible.

  29. Première
    par Christophe Narbonne

    Si vous connaissez le travail de Samuel Collardey, son nouveau film ne vous surprendra guère. Comme dans L’Apprenti et Tempête, il s’agit pour lui de produire de la fiction avec du réel : l’instituteur danois qui choisit d’enseigner aux Inuits dans un bled paumé du Groenland, c’est Anders Hvidegaard rejouant des scènes tirées de sa propre vie – ou de celles de collègues sur lesquels Collardey s’est documenté au préalable. Le réalisateur français appartient à cette caste de cinéastes aux rangs de plus en plus étoffés (Jean-Charles Hue, Roberto Minervini, Chloé Zhao), qui profitent de leur immersion dans une communauté donnée pour nourrir des docu-fictions bluffants, redéfinissant les concepts de récit, de héros et même de réalité. L’expédition menée par le guide inuit en plein blizzard, avec Anders Hvidegaard commençant à maîtriser la conduite de son traîneau à chien, relève-t-elle de la reconstitution totale ou de la simple captation ? À la limite, mieux vaut ne pas savoir, on risque d’être déçu – les détails a posteriori sur les scènes bidonnées du mythique Nanouk l’Esquimau en ont quelque peu amoindri l’impact. En l’état, Une année polaire peut se voir comme un excellent récit d’apprentissage, doublé d’une réflexion pertinente sur les bienfaits discutables de la civilisation : Anders Hvidegaard, en bon Danois, est persuadé de prêcher la bonne parole auprès des Inuits, pour qui la scolarisation représente un danger, car elle se substitue à la transmission orale des anciens, indispensable à leur survie.

  30. Première
    par Alexandre Bernard

    Après son divorce, Samira quitte la province où elle vivait pour retourner vivre avec sa fille à Téhéran. Violent, son ancien époux s’oppose à son retour et emmène de force leur enfant chez la sœur de Samira. Pas à son coup d’essai (Les Rives du destin est son huitième film), Abdolreza Kahani met en image le quotidien de cette femme indépendante, prête à braver vents et marées pour se reconstruire et s’émanciper, malgré sa précarité. Ce long-métrage témoigne avec force de la façon dont les mentalités conservatrices en Iran sont en train d’évoluer. Malgré quelques longueurs, il montre les difficultés qu’une mère célibataire doit affronter pour se désenchaîner du diktat des hommes, toujours présent. Un combat plus que jamais d’actualité.