Angoulême 2026-Jour 1
Pan Distribution/Memento/Ad Vitam

Chaque jour, retour sur les temps forts de la 19ème édition du festival du film francophone.

Le film du jour : Si tu penses bien de Géraldine Nakache

C’est son quatrième long métrage mais aussi une double première. Son premier film ouvertement dramatique et le premier film qu’elle dirige sans y jouer. Après Tout ce qui brille et Nous York (co-réalisés par Hervé Mimran) et J’irais où tu iras (réalisé en solo), Si tu penses bien marque donc un tournant pour Géraldine Nakache. Un tournant remarquablement maîtrisé. Elle met en scène une histoire d’amour, dont l’intensité et la joie lumineuse des premiers jours vont vite laisser place à une relation sous emprise. Celle que Jacques (Niels Schneider, impressionnant) exerce sur Gil (Monia Chokri, déchirante, qui formait avec lui en 2010 déjà un couple dans Les Amours imaginaires de Xavier Dolan). Dans les dialogues comme dans les silences si pesants, dans ce qu’elle montre comme dans ce qu’elle choisit de laisser hors champ, Géraldine Nakache trouve en permanence le bon ton et la bonne distance pour décrire cette toile d’araignée qui se tisse autour de Gil et finit par l’étouffer. Et c’est précisément ainsi que l’on ressent son film. Physiquement. Dans la tête et le corps de Gil. Sans que jamais Géraldine Nakache n’ait besoin d’en rajouter. On en ressort KO debout. Un tour de force

Sortie le 16 septembre


 

L’actrice du jour : Isabelle Huppert dans Ni vue, ni connue

Quand on pense à la carrière hors norme d’Isabelle Huppert, la comédie n’est pas le premier genre qui vient spontanément à l’esprit. Pourtant, de La Femme la plus riche du monde à Un crime en passant par Tip top (où elle faisait déjà équipe avec Sandrine Kiberlain), elle s’y est aussi aventurée avec une gourmandise et une espièglerie qui traversait l’écran. Après l’avoir dirigée dans La Ritournelle et un irrésistible épisode de Dix pour cent où son auto-dérision faisait merveille, Marc Fitoussi a écrit pour elle le rôle central de Ni vue, ni connue. Corinne Maclou. Une figurante qui enchaîne les tournages en espérant un jour enfin être repérée. Et où elle va croiser donc les « vrais » Sandrine Kiberlain mais aussi Anne Marivin, Ana Girardot, Diane Krüger, Vincent Dedienne et Emmanuelle Bercot. Huppert épate par la manière dont elle apparaît instantanément crédible dans un rôle de composition puissance mille et peut dès lors se faire le vecteur de tout ce que la comédie charrie ici derrière elle : la description des coulisses de cinéma comme un lieu de pouvoir hiérarchique et des petites vexations et grandes humiliations qui vont avec. Une certaine cruauté est ici assumée et donne du relief au propos par-delà la cocasserie évidente de la situation de départ. Et on peut y lire un dialogue organisé par le festival d’Angoulême avec Dix pour cent, le film, qui en assurera la clôture samedi. Réjouissant

Sortie le 7 octobre


 

La réalisatrice du jour : Marie-Clémentine Dusabejambo pour Ben’Imana

C’est forcément l’un des poids lourds de la compétition. La rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo arrive en effet à Angoulême, auréolée de sa Caméra d’Or cannoise qui a sacré en mai dernier le meilleur premier long métrage toutes sections confondues. Cette excellente réputation qui la précède n’a rien d’usurpé. D’abord parce que Marie-Clémentine Dusabejambo s’empare d’une horreur dont les plaies restent encore à vif dans son pays trente ans plus tard : le génocide des Tutsis perpétré par les Hutus qui, en 1994, a fait 1 million de victimes en 100 jours. Son récit nous ramène en 2012, au moment des procès Gacaca (les tribunaux populaires et traditionnels de proximité mis en place au Rwanda) dans les pas d’une mère et de sa fille. L’une, rescapée du génocide, hantée par son passé. L’autre tournée vers le futur. Ben’Imana est un grand film sur la résilience et la capacité de ces femmes, en dépit de tout ce qu’elles ont subi ou vu commettre sous leurs yeux (viol, assassinats de leurs proches à la machette…), à croire en la justice et même à la réconciliation. Il y a une dignité absolue dans le geste de Marie-Clémentine Dusabejambo, un refus de toute position victimaire. Les mots échangés, les face-à-face sont durs, poignants mais jamais tire-larmes. Ce projet a mis près de dix ans à voir le jour et après avoir pensé en faire un documentaire, Marie-Clémentine Dusabejambo s’est aventurée sur le chemin de la fiction avec la même rigueur apportée à l’écriture, à l’image qu’à sa direction d’actrices quasiment toutes – sauf Isabelle Kabano (l’héroïne de Petit pays d’Eric Barbier pour lequel elle avait reçu le prix d’interprétation à Angoulême en 2020) – non professionnelles. Une oeuvre éminemment personnelle porteuse d'un message universel.

Sortie le 3 février 2027


 

La vidéo du jour : Marine Delplace

La chanteuse lauréate de la 12ème édition de la Star Academy en 2024 fait partie du Jury de cette édition 2026 du festival d'Angoulême. On l'a rencontrée hier juste avant la cérémonie d'ouverture et elle nous a parlé du président de ce jury, Franck Dubosc.


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