Ce qu’il faut voir en salles
L’ÉVÉNEMENT
DISCLOSURE DAY ★★★☆☆
De Steven Spielberg
L’essentiel
Le cinéaste bientôt octogénaire embarque Emily Blunt et Josh O'Connor dans son obsession pour les extra-terrestres et signe son film le plus risqué depuis longtemps.
Steven Spielberg n’a jamais cessé de regarder le ciel. Si l’on excepte La Guerre des mondes, depuis Rencontres du troisième type les extraterrestres ont toujours représenté chez lui une promesse : celle d’un ailleurs capable de réenchanter le monde. Avec Disclosure Day, le cinéaste revient donc à ses premières amours. Mais on comprend dès le début que quelque chose a changé. Les soucoupes volantes ne surgissent plus dans un ciel étoilé mais dans le monde saturé des chaînes d’info continu, des vidéos militaires déclassifiées et des réseaux sociaux. Chaque séquence possède sa trouvaille visuelle, chaque poursuite son idée de mise en scène. Mais, plus que les extraterrestres eux-mêmes, c’est notre rapport à la vérité qui intéresse Spielberg. Dans un monde où chacun construit sa propre réalité à partir d’images floues et de fragments d’informations, les ET ne sont qu’un symptôme. Ce que semble raconter Disclosure Day, c’est une société qui a perdu confiance dans tout. Et c’est précisément là que le film se complique. Car Spielberg ne se contente pas d’observer cette fascination contemporaine pour les mystères non résolus. Il semble aussi la partager. Son dernier acte est à ce titre un peu déstabilisant : il prend le risque de regarder l’imaginaire Alien avec un sérieux absolu, au point de brouiller la frontière entre émerveillement et crédulité.
Pierre Lunn
Lire la critique en intégralitéPREMIÈRE A BEAUCOUP AIME
UNE ANNEE ITALIENNE ★★★★☆
De Laura Samani
L’Italienne Laura Samani a ici imaginé un scénario hybride, né de l’amalgame de la trame d’un roman datant de 1929 (Une année d’école, Giani Stuparich) et d’éléments autobiographiques. On y suit une étudiante suédoise transférée dans un établissement technologique du nord-est de l’Italie dans les années 2000, prise sous son aile par un trio de garçons Et les quatre compères de se lancer à corps perdu dans ces vagabondages adolescents où l’innocence n’a bientôt plus sa place. Il y a, dans Une année italienne, quelque chose du teen movie américain mais aussi de ces récits d’apprentissages hérités des littératures naturalistes. Lancée tous azimuts au gré de ces clairs-obscurs essentiellement mélancoliques, la bande d’interprètes amateurs – Stella Wendick, Giacomo Covi, Pietro Giustolisi et Samuel Volturno –, dénichés par la réalisatrice crève l’écran… et les cœurs.
Chloé Delos-Eray
Lire la critique en intégralitéTHE FURIOUS ★★★★☆
De Kenji Tanigaki
C’est un film de pur plaisir, d’une générosité presque délirante. Le scénario, griffonné sur un ticket de métro, n’essaye à aucun moment de prétendre à la sophistication et assume au contraire glorieusement son pedigree bis. Un journaliste et un homme muet dont la petite fille vient d’être enlevée enquêtent sur un réseau de trafiquants d’enfants. Et brisent pas mal d’os au passage, au fil de combats hallucinants, extraordinairement chorégraphiés, de plus en plus abstraits au fur et à mesure qu’avance le récit et au cours desquels, quand les poings ne suffisent plus, tout un tas d’objets (arcs, marteaux, motos, blocs de glaces) servent de supplétifs létaux. The Furious file comme une flèche et avant tout la jubilation, et parvient superbement à ses fins.
Frédéric Foubert
PREMIÈRE A AIME
D’UN MONDE A L’AUTRE ★★★☆☆
De Jérémie Rénier
Gaspard Ulliel et Jérémie Rénier étaient bien plus que des amis. De véritables frères. Et la disparition brutale du premier le 19 janvier laissé le second inconsolable. son douloureux processus de deuil, Jérémie Rénier a croisé la route de Loury Lag, un explorateur professionnel, chez qui il a trouvé une main tendue pour remonter à la surface : la proposition de l’accompagner lors de sa prochaine expédition en Arctique. Ce documentaire, sa toute première réalisation en solo, est le récit de ce voyage. Celui où face à l’immensité des paysages, aux conditions extrêmes rencontrées et aux péripéties inattendues et déstabilisantes qu’elles engendrent, il va se confronter à la douleur de l’absence de l’ami disparu à jamais pour s’en libérer. La beauté de ce qu’il y dit, la manière dont il nous fait partager et ressentir ce qu’il traverse sans nous tordre le bras force l’admiration. Nul doute que Gaspard serait fier de son ami. De son frère.
Thierry Cheze
Lire la critique en intégralitéPREMIERE A MOYENNEMENT AIME
THE CHRISTOPHERS ★★☆☆☆
De Steven Soderbergh
Voici le Soderbergh semestriel. Deux enfants d’un peintre célèbre et à l’article de la décident d’embaucher une jeune artiste capable d’imiter son style à la perfection pour qu’elle finisse à son insu certaines de ses toiles laissées inachevées – toiles qui rapporteront des millions aux héritiers filous au moment du trépas du grand homme. The Christophers fait d’abord mine de se diriger vers la comédie d’arnaque ou le film de casse, mais s’enroulera en réalité principalement autour de longues joutes verbales entre la faussaire et le peintre, dessinant une réflexion sur la postérité des artistes « problématiques » et l’impureté fondamentale de toute démarche artistique. Des sujets hélas traités dans une forme très monotone, tout juste dynamisée par les perfs de Michaela Coel et d'Ian McKellen. Soderbergh a-t-il fait exprès que ce film sur des peintures inachevées donne l’impression d’avoir été brossé à la va-vite ? The Christophers est une esquisse plutôt qu’une une toile de maître.
Frédéric Foubert
Lire la critique en intégralitéFILS DE PERSONNE ★★☆☆☆
De Safy Nebbou
Dévasté après la mort accidentelle de sa femme alors qu’ils venaient d’adopter un petit garçon thaïlandais de 4 ans, Thomas décide d’emmener celui-ci dans son pays pour retrouver sa famille biologique et lui donner une nouvelle chance. Sur ce point de départ à forte intensité émotionnelle, Safy Nebbou (Celle que vous croyez) développe un récit initiatique dont on anticipe trop chacun des rebondissements pour s’y abandonner pleinement et ne pas s’y ennuyer. Et ce en dépit d’une délicatesse jamais prise en défaut et de la justesse de Romain Duris
Thierry Cheze
A SECOND LIFE ★★☆☆☆
De Laurent Slama
Un an après le délicieusement rohmerien Le Rendez-vous de l’été de Valentine Cadic, voici de nouveau les JO de Paris et l’atmosphère si particulière qui y régnait toile de fond d’un nouveau long métrage. Un film construit comme un contraste entre l’esprit joyeux de fête alors à l’œuvre et la profonde dépression que vit son héroïne, bossant pour une société de locations d’appartements de courte durée, après une rupture douloureuse dont elle peine à se sortir. Et ce malgré la rencontre avec un Californien insouciant à qui elle remet les clés de son appart’ et qui va décider de la prendre sous son aile. Tourné avec un budget plus que réduit, A second life bénéficie de la composition pleine de nuances d’Agathe Rousselle décidément trop rare depuis Titane qui l’a révélée. Mais le récit manque trop de rebondissements et d’aspérité pour tenir sur un format de long métrage.
Thierry Cheze
AU BORD DU MONDE ★★☆☆☆
De Guérin van de Vorst et Sophie Muselle
Alexia (Mara Taquin), infirmière stagiaire de 25 ans, débarque dans un service fermé d’un hôpital psychiatrique pour son premier jour. Une affectation qu’elle n’a pas choisie, loin s’en faut, mais qu’elle aborde pétrie d’illusions mais aussi avec ses certitudes de jeune femme fraîchement diplômée. Très vite, elle se retrouve confrontée à la réalité du terrain. Et surtout à des patients qui, pour certains, ont quasiment son âge. Malgré les avertissements de sa hiérarchie, elle peine à garder avec eux la distance nécessaire pour les soigner mais aussi se protéger elle-même. Jamais, ici la caméra ne s’éloigne plus de quelques secondes d’elle, permettant aux spectateurs de suivre au plus près ses tourments, là ses désenchantements mais aussi les petites victoires qui ponctuent son quotidien. Au point qu’ils peuvent parfois avoir l’impression d’assister à un documentaire. Dommage que le film cède un peu trop régulièrement au manichéisme.
Anne Lenoir
LE DERNIER VRAI SAMOURAÏ ★★☆☆☆
De Jun'ichi Yasuda
Si Jean-Marie Poiré et Christian Clavier s’étaient penchés sur l’idée d’un Visiteurs 4 au Japon, peut-être seraient-ils tombés sur quelque chose approchant le scénario du Dernier vrai samouraï. Ici pas de grimoire ou d’omission d’œufs de caille mais une pluie torrentielle et un éclair, qui transportent un samouraï de l’époque Edo dans le présent, sur le plateau d’une série historique. Pris pour un figurant, il devient la coqueluche des tournages, avant d’être engagé comme cascadeur professionnel. Vraiment amusante dans sa première heure qui enchaîne les quiproquos et les chocs des cultures, l’histoire s’enlise à vue d’oeil dans sa deuxième partie, très répétitive. Cas typique d’un film qui a les yeux plus gros que le ventre (une durée de 2 h 11 est quasi suicidaire sur un synopsis pareil) mais se rattrape avec un personnage principal solidement campé par Makiya Yamaguchi, et un regard sur le Japon moderne (un peu) plus méchant que ce qu’on pouvait imaginer.
François Léger
Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première GoPREMIERE N’A PAS AIME
LE VERTIGE ★☆☆☆☆
De Quentin Dupieux
Quentin Dupieux fait du cinéma d’animation ? Ben ça alors, on ne l’avait pas vu venir. Mais évidemment, il y a un twist : le réalisateur de Yannick, Le Daim ou Mandibules a décidé de s’entourer d’un tout petit groupe d’animateurs et d’emprunter une esthétique radicale, proche des jeux vidéo en 3D grossière de la première PlayStation. Idée très marrante à laquelle s’ajoute un scénario où les personnages d’Alain Chabat et Jonathan Cohen se rendent compte que le monde qui les entoure n’existe pas réellement, et qu’ils vivent dans une simulation bourrée de bugs. Balançant ses meilleures (seules ?) vannes dans les vingt premières minutes, Le Vertige s’effondre totalement ensuite, perdu entre la métaphysique de comptoir et un gloubi-boulga sur la vacuité du monde de la tech. La promo du film, qui transformait acteurs et journalistes en polygones, était bien plus stimulante.
François Léger
Lire la critique en intégralitéEt aussi
L’Athlète, de Marie-Claude Fournier
Ma famille chérie, de Isild Le Besco
Les reprises
L’Amant, de Jean-Jacques Annaud
Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii
La Revanche d’une blonde, de Robert Luketic
Sur mes lèvres, de Jacques Audiard
The Party, de Blake Edwards







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