Nathalie Baye est morte ce samedi à 77 ans. Quatre César, figure tutélaire de Première, l'actrice aura traversé un demi-siècle de cinéma français aux côtés des plus grands. Elle commentait ici ses plus grands films.
Nathalie Baye est morte ce samedi à l'âge de 77 ans. Révélée par Truffaut dans La Nuit américaine à 25 ans, l'actrice aura traversé un demi-siècle de cinéma français en jouant pour tout ce que le pays comptait de réalisateurs essentiels - de Godard à Pialat, de Tavernier à Beauvois, de Blier à Téchiné. Quatre César (dont trois consécutifs entre 1981 et 1983), des dizaines de rôles inoubliables, une filmographie qui comporte un certains nombres de classiques : Baye n'était pas seulement une bonne comédienne, c'était une actrice totale, capable de tout jouer, du polar au drame intimiste, de la comédie au film d'auteur radical. Elle était aussi une figure tutélaire pour Première, qui lui consacra de nombreuses couvertures dans les années 80 et 90, quand elle régnait sur le box-office et les festivals à la fois. Beauté De La Tour dans Le Retour de Martin Guerre, paumée dans Notre Histoire, flic abîmée dans Le Petit Lieutenant : Nathalie Baye ne s'est jamais laissé enfermer, refusant les emplois, cassant son image, s'exposant jusqu'au ridicule quand il le fallait. Elle avait accepté de revenir sur quelques films qui racontent cette trajectoire unique.
La Nuit Américaine (François Truffaut, 1973)
Premier rôle chez Truffaut. A peine sortie du conservatoire, Nathalie Baye incarne la script girl de Truffaut/Ferrand sur le tournage de Je vous présente Pamela (le film dans le film). Voix décidée, port de danseuse : la silhouette est fixée pour les années à venir. Avec en prime, ces fameuses lunettes !
« C’est son assistante qui m’a repérée dans la rue et m’a proposé de faire le casting. La première fois que j’ai rencontré Truffaut, il m’a dit qu’il imaginait une fille plus « technicienne » et moins « actrice ». Je suis quand même revenu le lendemain, il m’a donné la réplique et à la fin a conclu d’un : « c’est bon » avant de me dire que j’allais porter… ces lunettes. Du coup, j’étais super contente et en même temps très déçue quand je me suis vue avec ce paquebot sur le nez… mais c’est lui qui avait raison évidemment et le rôle a frappé les esprits à cause de ça (rires). Je ne comprenais pas tout au scénario (avec le film d’un côté et le film dans le film de l’autre), mais c’était magique. On était en studio pour recréer des extérieurs… Il y avait des acteurs formidables, Jean-Pierre Léaud, Valentina Cortese, Jacqueline Bisset. Et quand le tournage s’est achevé j’ai eu un vrai coup de cafard. Mon agent Serge Rousseau m’avait dit : « ne t’attends pas à ce que tous les tournages soient aussi paradisiaques ». Il disait vrai, mais La Nuit américaine m’a fait aimer le cinéma. »
La Gueule ouverte (Maurice Pialat, 1974)
Pour son troisième long métrage, Maurice Pialat s'inspire du cancer et l'agonie de sa mère. Et il confie à Nathalie Baye le rôle de la compagne de Philippe Léotard - l'alter ego du cinéaste à l'écran - dont elle partage alors la vie.
« J'ai été heureuse de travailler avec Maurice. Même s'il s'est comporté très durement avec Philippe Léotard, pourtant magnifique. Et comme j'aimais Philippe, le tournage fut compliqué. Maurice était un excellent acteur. Or la plupart de ses films étaient autobiographiques et je crois qu'il n'a jamais aimé être interprété par qui que ce soit. Seul Gérard (Depardieu), doué et malin comme il est, a réussi ce tour de force »
Sauve qui peut (la vie) (Jean-Luc Godard, 1980)
Après avoir été révélée par Truffaut, elle passe chez son frère ennemi JLG. Dans Sauve qui peut (la vie), le Godard de la renaissance, elle incarne Denise Rimbaud, une jeune femme qui quitte son mec pour s’exiler à la campagne.
« Faire un film avec Godard, c'est partir dans une aventure. J'ai fait Sauve qui peut et Détective pour changer d'univers, être secouée. Et ça a été le cas. J’avais envie de découvrir autre chose. Il y a un mystère Godard, et pourtant c’est très simple. Pas d'improvisation, Jean-Luc est directif et sait exactement ce qu'il veut. Il oblige à une disponibilité totale. Lorsque vous avez un scénario précis et que vous arrivez sur le plateau en sachant quelle scène vous allez tourner, vous avez une idée sur le personnage. Avec lui, il y a un dialogue et on ne sait pas exactement ce que l'on va faire. Si on est disponible, c’est très simple, il nous porte et on se laisser aller. Sinon, ça peut être violent (je me souviens d’engueulades mémorables avec Claude Brasseur sur Détective). Jean-Luc m'a filmée avec beaucoup de tendresse, parce que c’est un homme fragile. Une anecdote sur la présentation à Cannes. Dutronc et Huppert n’étaient pas là, et j’étais seule avec lui. En sortant de la projection, une femme l’avait agonie d’injures avec des mots très violents. Je lui avais alors pris la main qu’il a gardée… On pense toujours que rien ne peut l’atteindre, mais il n’est pas en béton ».
Une semaine de vacances (Bertrand Tavernier, 1980)
Baye traverse les 70’s dans des films d’auteur purs et durs (Pialat, Cavalier, Goretta) mais toujours en second rôle. Jusqu’à ce Tavernier où elle incarne une prof en pleine crise existentielle qui s’arrête une semaine pour faire le point sur sa vie et sa carrière.
« Mon premier rôle principal. Je ne quittais pas l’écran pendant tout le film. Jusque là, je ne connaissais pas vraiment le public qui avait pu me voir au cinéma. Mais après ça, j'ai reçu des lettres et les gens se sont mis à me regarder dans la rue... Le succès ne m’a jamais posé de problèmes parce que ça n’a jamais été agressif ou angoissant. Au contraire, c’était toujours respectueux, et très agréable. J’ai un souvenir extraordinaire de ce tournage qui fut une parenthèse harmonieuse. On a tous vécu ça comme une grande histoire d'amour – les techniciens et les acteurs. On peut faire des films dans une ambiance de drame, comme chez Pialat ou Goretta, mais parfois, tout est simple comme chez Bertrand. J’aurais adoré retravailler avec lui ; il y a bien eu ce projet de western, Sœur perdue, l’histoire d’une pionnière débarquant au Canada. Bernard Giraudeau devait jouer un photographe aventurier. Et puis… je suis tombée enceinte, il n’a jamais trouvé les financements et à la place, il a tourné ce film avec Azéma… Un Dimanche à la campagne ! On n’a plus jamais parlé de ce projet. »
Le retour de Martin Guerre (Daniel Vigne, 1982)
Début d’un home-run qui va faire de Nathalie Baye une reine du box office. Un grand film populaire en robe de bure et cornette avec suspense champêtre et musique de Michel Portal. Gégé Depardieu en colosse usurpateur fait dans la dentelle et Baye, filmée comme dans un De La Tour, est au sommet de sa beauté.
« Vous n’êtes pas le premier à me le dire. J’ai travaillé avec de très grands chef-opérateurs (Rénato Berta, Pierre William Glenn, Caroline Champetier…) mais il y en a deux qui m’ont particulièrement marqués. William Lubtschansky sur les films de Godard. Son travail est magnifique et il captait des choses de moi que j’aime beaucoup. Et André Neau : sa lumière ocrée sur ce film est de toute beauté. J’ai une tendresse pour Martin Guerre et pourtant ça avait mal commencé. Miou-Miou avait refusé le film et j’ai failli faire pareil. J’avais fait les essais mais en costume je ressemblais à Mamie Nova ! C’était horrible… mais bon, jouer avec Gérard ça ne se refuse pas. On fonctionne de la même manière tous les deux, on est des acteurs de « première prises ». Je vous dis ça et je me souviens maintenant que sur la première scène de Martin Guerre - il arrivait épuisé d’un autre tournage - il a vraiment eu du mal. Il est devenu bon au bout de la 25ème prise. Mais il n’a rien lâché : il refusait de se contenter d’un truc moyen… une leçon. »
J’ai épousé une ombre (Robin Davis, 1983)
Après le suspense moyenageux, le thriller hitchcocko-bordelais, avec changement d’identité, trahison et maître-chanteur. Une tragédie grecque sur fond de vendanges électriques : ça ressemble à une saga d’été (Nathalie Baye ressemble d’ailleurs beaucoup à Chantal Nobel), mais pour l’actrice c’est le début de la célébrité
« C’est mon plus gros succès je crois. Un drôle de truc ça, surtout que sur le tournage je n’étais vraiment pas emballée. Je me sentais seule, c’était pas très exaltant, et j’avais décidé que ce serait moyen, un gentil fiasco quoi. Et puis le film sort et là : carton total. Très bizarre. Je l’ai revu longtemps après, à la télé, et je me suis rendu compte que j’en avais gardé une opinion très injuste. C’est un film pas mal. Un film de genre qui tient la route, bien foutu avec un vrai climat. Mon personnage était émouvant, têtu, courageuse, mais tellement paumée – un peu comme moi sur le tournage je crois. Finalement, j’ai souvent été surprise par les choses qu’on me volait, que les réalisateurs me « prenait » sans que je m’en rende compte. Godard et la scène de vélo dans Sauve qui peut ; Pialat dans La gueule ouverte, Robin sur ce film… ils fonctionnaient comme ça et j’avoue que ca me plait. J’ai épousé… est un film important également parce que c’est effectivement le moment où je prends conscience qu’on peut faire des films sur moi, sur mon nom. »
Notre Histoire (Bertrand Blier, 1984)
L’étreinte entre un garagiste alcoolo et une jeune paumée qui cherche les coups d’un soir n’est que le début d’une longue descente aux enfers aux allures de cauchemar fantasmatique. L’occasion pour Blier d’imposer son style de moraliste misanthrope et pour Baye d’ajouter une nouvelle star à son CV tout en cassant son image trop lisse.
« Un de mes rôles préférés. Insolite, merveilleux. J’ai adoré jouer cette actrice larguée qui va chercher des types dans les gares pour les baiser, une mauvaise mère aussi… C’était un drôle de film, qui s’est monté bizarrement. Blier voulait Delon et Delon voulait travailler avec moi. Je me souviens que Bertrand avait un scénario qui n’était pas finalisé ; il devait le retravailler, mais la perspective d’aller à Cannes a tout bousculer, et on a dû le tourner très vite, tel quel. Ca se sent. Il y a un ventre mou dans le film – toute la partie avec Galabru notamment - qui pèse et qui noie l’essentiel. C’est dommage parce que sinon, c’est vraiment un film atypique, qui fonctionnait comme un rêve. Avec des scènes sublimes, comme cette ouverture dans le train avec Alain. C’est vrai, on n’est pas allé à Cannes. Est-ce que la polémique avec le FN nous a fait du mal ? Je ne sais pas, je trouvais ça déjà ridicule à l’époque et j’ai essayé de rester le plus éloignée possible de tout ça. Alain est un acteur que j’adore. Une star immense »
Un Week-end sur deux (Nicole Garcia, 1990
Un César, les succès, l’idylle avec Johnny et puis… un passage à vide. Baye aborde les 90’s avec ce premier film de Nicole Garcia qui sonne comme un autoportrait. Camille est une actrice, une ex-vedette qu’on ne comprend plus. Un week-end elle décide d’embarquer ses enfants dans un road trip. Aller simple pour le désespoir ou retour à la vie ?
« J’ai toujours refusé d’être cadenassée dans des rôles. Ca m’emmerde prodigieusement. Et c’est comme ça depuis le théâtre. A l’époque je voulais tout essayer : La Putain respectueuse, Le jeu de l’amour et du hasard. Je ne voulais surtout pas être enfermée dans un emploi. Pourtant c’est ce qui m’est un peu arrivée au cinéma. Après La Nuit américaine on me proposait des rôles de filles rigolotes, avec des lunettes… quel ennui ! Dans les années 80 j’ai joué des putes, des meurtrières, des foldingues, mais je gardais cette image de fille stable, raisonnable, que tout le monde aimait. Il a fallu ce film, où j’ai mis beaucoup de moi, pour qu’on me voit autrement et que mon image change. C’était une femme en danger, qui voulait qu’on la regarde différemment. Est-ce que ça me parlait ? Oui, forcément et d’ailleurs, après ce film on s’est mis à me proposer des rôles plus troubles, plus opaques, plus borderline… »
Vénus Beauté (Institut) (Tonie Marshall, 1999)
Après une décennie 90 compliquée, Nathalie Baye se relance avec ce rôle d'esthéticienne dans cette comédie attachante. Carton en salles, triomphe aux César - 4 statuettes, dont meilleur film et meilleure réalisatrice.
«J'ai adoré ce rôle pour ses deux facettes antagonistes. Comme toutes les femmes qui travaillent dans la beauté, Angèle se doit de créer autour d'elle une ambiance toujours positive, alors que sa vie est un immense chaos. Tonie était une battante à qui j'étais très attachée, mais c'était aussi une femme anxieuse qui transmettait son angoisse. Et de fait, ce tournage n'a pas été serein. Mais je m'en moque. L'essentiel, c'est toujours le scénario et le rôle. »
Une liaison pornographique (Frédéric Fonteyne, 1999)
Nathalie Baye remporte le prix d'interprétation féminine à la Mostra de Venise grâce à ce film où elle incarne une femme bien décidée à réaliser un fantasme sexuel. Ce sera donc avec un inconnu, rencontré dans la rue, et interprété par Sergi Lopez. Cette relation d'abord strictement sexuelle devient peu à peu plus sentimentale...
« Avec Sergi, on a immédiatement aimé travailler ensemble. Surtout avec ce scénario en or qui joue avec l'imagination du spectateur. Il y a notamment ce fameux fantasme, dont il est question tout au long du film sans qu'on sache jamais de quoi il s'agit. On m'a souvent demandé quelle en était la nature. Et j'ai fini par trouver la réponse: "C'est le vôtre". En réalité, Frédéric n'a jamais levé le mystère"»
Absolument Fabuleux (Gabriel Aghion, 2000)
Continuant à évoluer dans tous les genres, Baye débarque dans cette adaptation de la série télé anglaise la plus trash de l’époque. Les deux névrosées surcocaïnées d’Ab Fab deviennent des ploucs qui ne se vautrent plus dans le cynisme ou la vulgarité, mais dans des bennes à ordure avant la rédemption programmée. Pourtant Baye n’a peur de rien, surtout pas du ridicule.
« Ca va peut-être vous faire bizarre, mais j’aime la comédie ! Vraiment. J’adore entendre le rire des gens au théâtre ou même en projection. Au début de ma carrière, je ne voulais faire que ça. Regardez ma filmo : dans La nuit américaine il y a des passages très amusants. J’ai fait Je Vais Craquer avec Clavier ! Il y a des trucs marrants des Les Sentiments, dans Passe Passe… J’ai toujours essayé d’en faire ; j’avais même demandé à ce qu’on m’en écrive, mais les projets ne venaient pas. Alors quand on m’a proposé Absolument Fabuleux, je me suis dit que je ne pouvais pas refuser, que c’était peut-être le moment de ne plus contrôler mon image dans le jeu, de lâcher les amarres. J’avais aucun problème avec le look ! Moi, j'accepte d'être moche quand je sais qu'il y a de beaux plans, que ça a du sens. Une actrice c'est pas un mannequin. Bon… Là… Sur le tournage, je me suis rendu compte que n’y croyais pas, je me sentais vraiment mal et j’ai failli tout lâcher. Mais Josiane (Balasko) m’a soutenue. Elle me disait « je comprends que tu sois pas bien, mais c’est comme moi quand je fais du drame ». C’était gentil, mais c’était autre chose. Ca m’a permis de continuer et c’est marrant parce que les gens adorent ce film ; on m’en parle beaucoup ce qui me ravit. Il faut dire… quel look ! »
Arrête-moi si tu peux (Steven Spielberg, 2002)
Grand admirateur du cinéma de Truffaut qu'il avait dirigé dans Rencontres du troisième type, Spielberg a l'idée de faire appel à l'actrice qu'il avait aimée dans La Nuit américaine. Il confie à Nathalie Baye le rôle de la mère de Leonardo DiCaprio dans cette comédie policière survoltée, inspirée par la vie d'un authentique faussaire.
« Spielberg a fait passer des essais filmés à cinq actrices françaises. Être choisie fut une immense joie mais l'exercice n'a pas été simple car Steven m'avait très tôt expliqué qu'il n'y aurait pas de répétitions: il tenait à tourner au rythme du personnage interprété par Leonardo DiCaprio, à 4000 à l'heure. Exercice délicat quand on ne joue pas dans sa langue... Sur le plateau, Steven m'a posé beaucoup de questions sur François (Truffaut). Et François m'avait souvent parlé de lui. Après avoir joué dans Rencontres du troisième type, il avait été marqué par le fait de devoir attendre très longtemps entre les prises sur ce type de gros films. Il avait d'ailleurs demandé à Suzanne Schiffman de lui envoyer une machine à écrire pour travailler un scénario pendant ces moments-là »
Le Petit Lieutenant (Xavier Beauvois, 2005)
Nathalie Baye joue le commissaire usé par un deuil impossible, ravagée par l’alcool, une figure surplombante et meurtrie qui enveloppe de son désespoir le destin de ses hommes perdus. Un personnage intimidant qui lui vaut son deuxième César, plus de 20 ans après La Balance.
« A l’origine, Xavier m’avait demandé de jouer le rôle du juge, joué par Jacques Perrin. Et un jour, il m’appelle - je savais que Dutronc, qui devait avoir le rôle du commissaire, ne donnait pas sa réponse - il m’appelle et me dit : « j’en ai marre d’attendre, est-ce que tu veux le rôle ? ». J’ai hésité deux secondes et j’ai dit oui. C’était un beau rôle, très dur, ambivalent et j’adore travailler avec Xavier. Beauvois, c’est comme Godard. Il fait partie des nettoyeurs à sec, ces réalisateurs qui dégraissent et ne veulent pas du bidouillage des acteurs. C’est un fainéant, mais un fainéant hors norme. Et quand les fainéants sont à ce point intelligents et sensibles, ils donnent parfois naissance à des choses fulgurantes. J’étais heureuse en recevant ce deuxième César. Mais il n’était pas différent du premier. L'inquiétude ne me quitte jamais. J'ai toujours peur avant de commencer un film de ne pas être à la hauteur, de ne pas y arriver. Je me remets continuellement en question, je ne suis pas rassurée et je ne fais rien pour l'être, j'ai besoin d'être en éveil. Récompense ou pas récompense… »
L'Affaire SK1 (Frédéric Tellier, 2015)
Après avoir tenu le rôle central de sa série Les Hommes de l'ombre, Nathalie Baye accompagne Frédéric Tellier dans son premier long métrage, inspiré par l'affaire du tueur en série Guy George. Elle joue ici son avocate.
« J'avais adoré travailler avec Frédéric sur Les Hommes de l'ombre. C'est un bosseur qui connaît bien les acteurs et sait leur parler alors que tant de cinéastes en ont peur. Cela me rappelle cette phrase de François Truffaut quand je lui avais dit que j'avais aimé son travail avec les comédiens sur Le Dernier métro : "vous savez bien que je ne sais pas diriger les comédiens, je les aime". Sur le papier, je n'étais guère attirée par cette histoire d'un tueur en série. Mais j'ai eu envie d'accompagner Frédéric sur son premier long. Je l'ai d'ailleurs souvent fait. Avec Nicole Garcia, Martin Fougeron, Antoine Cuypers... Il n'y a rien de plus merveilleux que d'assister à la naissance d'un metteur en scène »
Juste la fin du monde (Xavier Dolan, 2016)
Dans cette adaptation de la pièce de Jean-Luc Garce, elle incarne la mère de cette famille dysfonctionnelle qui se déchire. Elle est entourée par un casting de star : Vincent Cassel, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Léa Seydoux... Et elle brille en épousant le ton particulier de ce film, fait de bruit et de fureur, impulsé par Dolan qui l'avait déjà dirigée quatre ans plus tôt dans Laurence Anyways.
« Au début des années 2010, j'avais vu arriver ce jeune homme très sérieux. Il était venu me présenter le scénario de Laurence Anyways en me précisant que le rôle de la mère n'était pas énorme mais qu'il comptait énormément pour lui. J'avais beaucoup aimé ses deux premiers films. A partir de là, on a commencé à beaucoup se voir. Je lui trouvais un charme, une intelligence et un talent fous. Mais je redoutais qu'il ait un comportement de petite star sur le plateau. C'est exactement le contraire mais il fait vraiment tout ! Ce n'est pas une légende. Jusqu'aux costumes: le jour de mon arrivée sur le plateau, il m'a habillée comme une poupée Barbie. Une amitié s'est installée entre nous. Il m'avait dit qu'on retravaillerait ensemble. Mais il est bien trop intelligent pour m'avoir parlé trop tôt de Juste la fin du monde. Le jour où il l'a fait, il était encore plus excité de me proposer le film, que moi d'apprendre la nouvelle. Ca m'a émue aux larmes. Puis, une fois sur le plateau, Xavier est resté fidèle à ce qu'il est : même s'il bosse beaucoup en amont, il crée avec les acteurs. Parmi mes partenaires, Marion Cotillard était celle que je connaissais le plus. De toutes les actrices de sa génération, je la considère la meilleure depuis longtemps. J'avais une seule crainte : qu'on renvoie ce casting à la gueule de Xavier. La projection de presse cannoise a d'ailleurs été agité. Quand j'ai dîné avec lui le lendemain de la projection officielle, il était accro à son portable, lisant toutes les critiques négatives. C'était fou de voir comment la maturité dont il fait preuve sur un plateau peut s'envoler dans ces moments-là »







Commentaires