Première
Dans le tourbillon de la Fashion Week parisienne, un défilé se prépare et une poignée de silhouettes féminines prend chair, confrontée à la tragédie de l’existence, à des malheurs, petits et grands. La réalisatrice américaine venue tourner le court-métrage d’ouverture (Angelina Jolie) digère le diagnostic de son cancer. Une mannequin sud-soudanaise (Anyier Anei) apprivoise les codes cruels de l’industrie. Une maquilleuse (Ella Rumpf) se rêve écrivaine. Une couturière (Garance Marillier) s’use le bout des doigts dans la tulle de sa première robe.
Joli patchwork que celui de ces destins croisés, d’ordinaire si loin les uns des autres et ici reliés, rapiécés. A l’image de ces corps pris d’assaut par la maladie, abîmés par les talons vertigineux, piqués par les aiguilles, ulcérés par les désillusions. A l’image, encore, de ces lignes cramoisies appliquées sur un mannequin de travail pour en délimiter les formes, et retrouvées, au feutre, sur une poitrine en passe d’être amputée.
Coutures est un film sur le fil, de ces numéros d’équilibriste qui fonctionnent dans l’ensemble, à condition de ne pas étudier de trop près l’état des finitions, parfois inégales. A l’image de ce déséquilibre dans le poids des quatre trajectoires, ou cette voix off – celle de la maquilleuse –, narration omnisciente un peu accessoire. Pourtant, jamais ces quelques accrocs n’entravent vraiment la justesse du regard, jamais voyeur, jamais vulgaire, d’une Alice Winocour qui fait ici dans la dentelle.
Et la mode dedans tout ça ? Le film le dit : “Inutile et nécessaire”. Si Chanel – jamais nommé – est de tout plan, c’est sur les dessous du défilé que les projecteurs sont braqués. Et, le temps d’une respiration, les ouvrières peuvent enfin voler la vedette à la fourmilière.
Chloe Delos-Eray