Couture avec Angelina Jolie et Louis Garrel
TIFF

Face à une baisse des tournages internationaux et à une concurrence européenne de plus en plus féroce, la France réforme son crédit d’impôt pour les productions internationales et notamment hollywoodiennes. Objectif : redevenir un choix crédible pour les films et séries à gros budgets.

La France vient de réviser en profondeur son crédit d’impôt pour productions internationales (TRIP) dans un mouvement clair : revenir dans la course face à ses voisins européens et séduire les gros tournages hollywoodiens. Pendant des années, Paris, Marseille ou Lyon ont attiré des équipes pour leurs décors et leur savoir-faire technique, mais côté fiscal, le pays commençait à perdre des points face à l’Irlande, la Belgique ou même certains pays d’Europe de l’Est comme la Hongrie, qui comptabilisent déjà les salaires des stars américaines dans les dépenses éligibles.

Jusqu’ici, le TRIP - remboursement de 30% des dépenses engagées en France (jusqu’à 40% si les VFX sont faits localement) - n’incluait pas les salaires des acteurs non-européens dans l’assiette des dépenses éligibles. Un frein pour l'industrie locale, car ces cachets représentent souvent une grosse part du budget d’un film ou d’une série américaine. Avec cette réforme, les salaires des acteurs non européens deviennent éligibles. Autrement dit : si un blockbuster décide de tourner des scènes en France avec Dwayne Johnson, Angelina Jolie ou Timothée Chalamet, ces salaires pourront désormais compter pour obtenir le crédit d’impôt.

Au Paris Images showcase, Gaëtan Bruel, président du CNC, n’a pas caché l’urgence de cette réforme (via Variety) : pour lui, ces changements sont "indispensables" si la France veut vraiment attirer les productions à gros budgets. Et ce dans un contexte où une "industrie affaiblie" à Hollywood a fait baisser les volumes de production mondiaux. Gaëtan Bruel a raconté avoir passé une semaine à Los Angeles à l’automne dernier, rencontrant des dirigeants de studios et des producteurs, avant de signaler au Ministère des Finances que l’attractivité de la France en tant que destination de tournage était tombée à un niveau très bas, au point de ne plus être un facteur dans les décisions des grands projets internationaux.

La statistique est parlante : le nombre de productions agréées TRIP est tombé à 55 en 2024, contre 100 en 2022, montrant une réelle érosion de compétitivité.

"Cette amélioration corrige donc une perte de compétitivité avec nos voisins et nous remet dans la course. Bientôt, nous pourrons reconquérir notre place parmi les champions de l’accueil de tournages ambitieux et de projets à grande échelle, générant des bénéfices économiques significatifs : des nuits d’hôtel aux revenus pour artisans et commerçants, et, bien sûr, des emplois."

Ces propos mettent en lumière un enjeu double : attirer davantage de productions internationales grâce à des incitations fiscales modernisées (incluant désormais salaires de stars et frais de séjour) et réaffirmer la France comme un hub majeur dans l’industrie mondiale du cinéma et des séries, à un moment où chaque point de compétitivité fiscale compte.

La mesure doit encore être validée par la Commission européenne, mais plusieurs observateurs estiment qu’elle pourrait s’appliquer dès 2026. En élargissant l’assiette du TRIP, la France répond directement à cette concurrence et envoie un signal fort : Paris veut être, fiscalement aussi, une destination de premier plan pour les blockbusters internationaux.