Deux personnes échangeant de la salive, étonnante fiction dystopique produite par des français, a conclu en beauté sa saison des prix.
Le duo de cinéastes Natalie Musteata et Alexandre Singh a sauvé l'honneur de la France avec leur fiction dystopique en prises de vue réelles, Deux personnes échangeant de la salive. Ce film produit par une société française, Misia Films, a remporté l'Oscar du meilleur court-métrage, la nuit dernière à Los Angeles, après avoir échoué aux César face à Mort d'un acteur.
Les deux auteurs qui évoluent également dans le monde de l’art contemporain, travaillent principalement sur le sol américain. Natalie Musteata, Américaine d’origine roumaine, est écrivaine, réalisatrice, conservatrice et commissaire d’expositions. Alexandre Singh né à Bordeaux, est un Franco-anglais d’origine indienne. Il vit à New York. En recevant ce prix, ex-aequo avec The Singers, les deux réalisateurs ont souligné la dimension internationale (et queer) de leur création, soutenue par deux marraines de poids (Julianne Moore et Isabelle Huppert) et un casting tout aussi cosmopolite.
The Oscar for Best Live Action Short Film is a tie between “The Singers” and “Two People Exchanging Saliva.” #Oscars pic.twitter.com/eB3cgdmbvf
— Good Morning America (@GMA) March 16, 2026
Deux personnes échangeant de la salive est filmé dans un beau noir et blanc au sein des imposantes Galeries Lafayette à Paris. On y suit l’itinéraire d’une jeune employée du magasin débrouillarde (Luàna Bajrami) qui va peu à peu s’attirer les faveurs d’une riche cliente (Zahra Amir Ebrahimi) Si le monde décrit semble être à peu près le nôtre, on décèle très vite une étrangeté dans le comportement entre individus, une faille à la surface d’un réel dissonant.
Les hommes et les femmes répondent ici à des patronymes pas franchement lumineux : Malaise, Angine, Chagrin ou encore Arnaque. Ils et elles s’envoient des claques à travers la figure à longueur de journée avec flegme et passivité. Ces actes de violence s’avèrent être une « simple » monnaie d’échange expliquant les tuméfactions sur les visages.
On comprend aussi très vite que les baisers sont prohibés et que l’idée même d’un échange de salive provoque un suprême dégoût chez le commun de ces mortels. C’est la notion de rapports humains qui est en question ici et donc d’amour. Mais au-delà de son sujet, c’est la mise en scène qui impressionne avec cette façon presque douce de créer du malaise dans la normalité. Le récit implacable porté par la voix-off de Vicky Krieps (so chic !) avance habilement, n’impose jamais les règles de sa propre logique. Et lorsqu’un évènement foudroie cette marche mélancolique et brutale, le temps et nos regards s’en retrouvent perturbés. Il y a du Luis Buñuel dans ce cinéma-là.
Deux personnes échangeant de la salive avait auparavant triomphé un peu partout dans le monde : Los Angeles, San Francisco, Pantin ou encore Clermont-Ferrand. Vous pouvez le voir gratuitement sur MyCanal.







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