La réalisatrice de Sous les figuiers nous raconte les coulisses de son deuxième long, Promis le ciel, portrait de trois femmes d’Afrique subsaharienne victimes de racisme à Tunis, théâtre de rafles et expulsions.
Comment est né Promis le ciel qui met en scène trois femmes originaires d’Afrique subsaharienne et leur quotidien oppressant dans une ville de Tunis gangréné par le racisme ?
Erige Sehiri : L’idée de ce film remonte bien avant Sous les figuiers, en 2016, quand j'ai réalisé un court-métrage documentaire centré sur les étudiants sub-sahariens qui s'installent en Tunisie pour faire leurs études. J’avais été frappée par leurs témoignages qui m’ont donné envie de creuser le sujet. De m’intéresser davantage à la communauté subsaharienne en Tunisie. Et de voir comment les pays du Maghreb peuvent être aussi bien des opportunités pour d'autres nationalités africaines qu’un endroit où les gens se retrouvent coincés entre leur désir d'aller en Europe et leur impossibilité de retourner dans leur pays. Et puis j’ai fait la rencontre décisive d’une journaliste ivoirienne qui a commencé à m’expliquer qu’elle avait un deuxième métier dans sa vie et pas n’importe lequel : pasteure ! C’est d’elle dont je me suis directement inspirée pour le personnage qu’incarne Aïssa Maïga.
Vous venez du documentaire. En quoi vos expériences dans ce domaine nourrissent vos fictions ?
Le documentaire a été mon école et j’essaie de conserver dans mes fictions cette même part d’expérimentation. Avoir fait du documentaire me permet de construire et de déconstruire tout le temps et de remettre en permanence en question mon propre regard sur les personnes que je filme. Je fais des films ancrés dans le réel mais j’essaie que ce réel soit autant sublimé que questionné. Y compris dans le casting où des rencontres d’acteurs ou de non professionnels vont m’inspirer des personnages ou faire évoluer ceux que j’ai été. Ici, j'ai fait la connaissance de Deborah Christelle Lobe Naney qui joue son propre rôle dans le film en faisant un casting sauvage à Tunis auprès de la communauté subsaharienne. Pour le rôle de l'étudiante, j’ai contacté Laetitia Ky via Instagram où j’avais été fascinée par ses créations : les sculptures qu’elle fait avec ses cheveux. Elle me semblait posséder ce côté singulier de Jolie, cette étudiante qui essaie de revendiquer justement son indépendance dans une famille qui ne cesse de la renvoyer à sa communauté
PROMIS LE CIEL: UN REGARD PERTINENT SUR LA QUESTION DE L'EXIL [CRITIQUE]Et comment est arrivée Aïssa Maïga dans cette distribution ?
Je cherchais qui pourrait jouer, avec un temps de préparation très réduit, une pasteure ancienne journaliste, engagée, féministe et charismatique. Et à mes yeux, Aïssa incarne ces trois adjectifs- là. Alors je l'ai contactée et on a beaucoup discuté. Elle est venue à Tunis où elle a rencontré la vraie pasteure qui m'a inspiré le rôle. Dans la démarche de ce film, il y avait l'idée de faire fi des archétypes, de montrer la diversité des parcours et des trajectoires, et donc la complexité des personnalités de ces femmes. C’est ce qui les rend attachantes.
Définiriez- vous Promis le ciel comme un film politique ?
J’aime citer Godard qui disait que c'est la manière dont on place la caméra et dont on filme qui est politique. Je rajouterai simplement que c'est aussi les personnages qu'on choisit de filmer. En l’occurrence ici ces femmes d'origine ivoirienne ou malienne, installées à Tunis, qu'on appelle en Tunisie « les Africaines », alors que les Tunisiens sont eux- mêmes africains. Ca rappelle qu’on est tous « l'autre » de quelqu'un, en Tunisie comme en France.
De Erige Sehiri. Avec Aïssa Maïga, Debora Lobe Naney, Laetitia Ky... Durée: 1h32. Sortie le 28 janvier 2026







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