Franck Dubosc est cette semaine au festival de L'Alpe d'Huez, juste pour le plaisir. Il a quand même offert un happening hilarant avant la projection du Marsupilami et nous a accordé une interview. L'occasion de parler d’Un ours dans le Jura, des César et de son prochain film au Havre...
Il n’avait aucun film à promouvoir cette année à l’Alpe d’Huez, mais Franck Dubosc y était “comme à la maison”. Et comme souvent, il a volé la vedette avec un talent fou. Dans un happening calculé juste avant la séance du Marsupilami, il est monté sur scène avec toute l'équipe du film (Jamel, Alban Ivanov, Elodie Fontan...) avant que Lacheau ne lui annonce qu’il avait été coupé au montage… Une blague ? Oui. Mais le plus drôle c'est que c'est totalement vrai. Un peu avant, dans l'ambiance parfaite du Chamois d'Or, on a parlé d’Un ours dans le Jura, des César, et de son prochain film, avec une petite exclusivité.
PREMIÈRE : Franck, la dernière fois qu’on s’est parlé c’était il y a un an, juste avant la sortie d’Un ours dans le Jura. Depuis il y a eu le succès critique et public du film, votre apparition aux César… Comment avez-vous vécu cette année ?
Franck Dubosc : Ça a été une belle année. C’est vrai que les César, c’était fou ! J’ai aussi vécu de beaux tournages, on m'a fait de belles propositions, il y a eu des choix… Oui, vraiment, une belle année.
Est-ce que le succès d’Un ours dans le jura représente un tournant dans votre carrière ?
Un tournant… non. Ce serait présomptueux. J’ai l’impression qu’un seul film ne peut pas constituer un tournant. C’est une étape. Disons que je n’ai pas braqué le volant, mais juste pris une route qui part un peu à côté. Pour parler de tournant, il faudrait deux ou trois films.
On sent pourtant qu’Un ours dans le jura poursuit ce que vous aviez entamé avec Tout le monde debout, votre premier film de réalisateur.
C’est vrai qu’avec Tout le monde debout, j’installais quelque chose. À ce moment-là, beaucoup de spectateurs ou de critiques disaient déjà : “Tiens, c’est différent ce qu’il fait.” Je devenais réalisateur, je faisais une comédie qui n’était pas du pur burlesque et ça surprenait. Après, il y a eu Rumba la vie, qui, lui, est passé un peu sous les radars. Si on cherche les raisons, on peut en trouver plein : la date de sortie, l’après-Covid… mais ce n’est pas que ça. Je pense que ce deuxième film était moins net. Comme si je n’avais pas vraiment choisi… Le film hésitait entre la comédie et le drame, et les gens se sont demandés ce que j’avais vraiment voulu faire. Attention : je dis ça sans regret. J’adore Rumba. Disons, pour reprendre votre métaphore, que j’amorçais un virage… mais j’ai braqué sans assumer vraiment. Je suis resté entre les deux et… j’ai dérapé. Aujourd’hui, le film trouverait mieux sa place je pense. À l’époque, il arrivait trop rapidement comme “tournant”, sans être assumé totalement.
Un Ours assume tout cela alors ?
Le deuxième film, c’est le plus difficile. On dit toujours ça, et c’est vrai. On met tout dans le premier et du coup, dans le deuxième, on essaie de planter le clou posé, mais c’est extrêmement compliqué. Sur Un ours j’ai pu bénéficier de l’expérience acquise sur les deux précédents. Je n’avais plus envie de m’excuser, je voulais assumer tout ce que j’allais faire : la comédie, le noir, le drame. Et ce n’est pas une question d’âge ou de maturité. C’est l’expérience.
Qu’est-ce que le succès critique et public d’Un ours dans le Jura a changé ?
Je n’ai plus envie de décevoir. Ni le public… ni moi-même. Ça met clairement une pression supplémentaire. J’ai toujours eu un côté bon élève et j’ai encore envie d’avoir des bonnes notes (rires), de plaire au maximum - tout en sachant qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais j’ai de plus en plus envie de me plaire à moi. J’ai des goûts cinématographiques assez sûrs pour m’écouter davantage.
Ce n’était pas le cas avant votre passage à la réalisation ?
J’ai longtemps fait ma carrière sans m’écouter, encore une fois, en voulant plaire à tout le monde. Parfois en me désavouant un peu. Je ne regrette aucun film. Mais je ne m’écoutais pas complètement. Aujourd’hui, je me fais plus confiance. J’aurai tort mais au moins ce sera assumé, et ce sera pour moi.
Je vous écoute et je me rappelle qu'il y a toujours en vous une forme de pudeur. C’est ce qui a fait votre succès vous pensez ? Cette fragilité qu’on sent derrière tous vos personnages ?
Je ne suis pas sûr. Au début, je pense que les gens aimaient me voir faire le nigaud. “Il est rigolo en maillot de bain, il ose des trucs qu’on n’oserait pas.” Patrick Chirac marche parce qu’on se sent au-dessus de lui. C’est très important : mes personnages de comédie ont souvent été des types dont le public pouvait se sentir supérieur, c'était souvent des nigauds assumés. Et à ce moment-là, il n’était pas question de fragilité. Mais c’est vrai que progressivement, les gens ont vu qu’il y avait “autre chose derrière”. On veut toujours voir le “devant”, mais je crois que ceux qui restent voient aussi ce qu’il y a “derrière”. Moi, j’aime mettre de la comédie dans le dramatique. Sans doute par pudeur. Pour ne pas me prendre trop au sérieux. Pour effacer les moments trop sérieux.
On est à un mois des César et votre film est éligible. Vous y pensez ?
Un peu. Il est éligible, mais comme tous les films. Quand j’ai regardé la liste, j’ai vu qu’il y avait beaucoup de très bons films qui cochaient toutes les cases - et bien mieux que le mien. Je pense qu’on serait peut-être 7e ou 8e avec un Ours. Ce qui est déjà bien. Très honnêtement : même si j’étais nommé, je sais que je ne serais pas au bout de la course. Donc ce serait une moitié de récompense. Et je vous promets : ce n’est pas vraiment mon but. Si un jour j’ai un César, je serai content… mais cinq minutes. Le temps de monter sur scène.
Cette année, Jim Carrey sera honoré. C’est un acteur qui vous touche ?
Oui, mais paradoxalement moins dans le registre de la comédie. Je l’aime vraiment quand il n’est pas comique : Man on the Moon, Truman Show… J’avoue que Dumb & Dumber ce n’est pas un humour qui m'émeut. Mais j’admire vraiment sa carrière. Et surtout j’admire les metteurs en scène qui ont osé l’emmener ailleurs, qui ont osé lui faire faire autre chose que ce pour quoi on le connaît.
Vous travaillez sur un nouveau film en tant que réalisateur. Vous pouvez nous en dire un mot ?
Oui, ça s’appellera 5h48 Place des Martyrs. Ça se passera au Havre, et on suivra l’histoire d’un chauffeur d’autobus du petit matin qui décide de prendre ses passagers en otage… mais en les prévenant, en leur demandant leur avis : “Je vais vous prendre en otage. Est-ce que vous acceptez ? Pas aujourd’hui, pas demain. On va choisir ensemble quand et comment.” 5h48, c’est l’heure du départ de ce bus qui quitte la place des Martyrs, tous les matins. Il prend 7 ou 8 passagers qui partent travailler et ce sont eux qu’il va prendre en otage.
C’est une comédie ?
C’est un film (sourires). Pas une comédie noire cette fois, mais plutôt un film dramatique dans lequel je vais injecter un peu de comédie. Et qui, j’espère, fera rire et pleurer. Encore une fois, ce sera un thème sérieux, avec - un peu - de comédie.
Et vous jouez dedans ?
Oui. Je suis le conducteur du bus.
Pourquoi Le Havre ?
Parce que je voulais une ville cinématographique, avec une vraie identité visuelle. Le Havre possède une architecture magnifique, très forte à l’image. Et puis, je suis Normand. Certes je viens de Rouen, mais Rouen est une ville un peu plus bourgeoise, un peu moins brutaliste. Pour ce film-là, j’avais besoin d’un décor plus populaire, plus dur, plus ancré dans le quotidien. Le Havre me ressemble davantage. On est en repérages, mais j'ai vraiment hâte de commencer le tournage.







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