Première
par Thierry Chèze
C’est un projet que Kristen Stewart a mis des années à faire éclore. Le temps d’abord de digérer le choc ressenti en lisant La Mécanique des fluides, les mémoires de Lidia Yuknavitch qui y racontait une jeunesse brisée par un univers familial d’une rare toxicité, entre une mère alcoolique et un père qui a abusé d’elle puis sa reconstruction pied à pied, par la littérature. Le temps, ensuite, de réfléchir à comment s’emparer de cette vie pour la transformer en un long métrage de fiction et de trouver les financements pour suivre le chemin qu’elle a choisi, tout sauf consensuel, en allant creuser les failles au lieu d’arrondir les angles. Le résultat impressionne par cette radicalité- là. The Chronology of water fait partie de ces films qu’on ressent physiquement, dans la peau de ce personnage en souffrance, à mille lieux de toute psychologisation. Sa mise en scène n’a rien de discrète, elle envahit volontairement l’écran dans un geste de plasticienne qui joue en permanence sur les couleurs, la matière et le son où les rapports physiques y sont organiques et dénués de tout érotisme. Elle crée un film qui ne cherche jamais à séduire mais à transmettre les sensations les plus désagréables, les plus insupportables. Celles que provoque l’inceste : l’auto- détestation, l’envie de disparaître dans le bruit et la fureur. Dans chaque plan, on sent un désir fou de faire du cinéma et d’aller au bout de ses convictions avec la plus solide des partenaires : l’immense Imogen Poots qui campe son héroïne dans un geste où finesse et puissance ne font qu’un. Ce duo- là, c’est du brutal !