Première
par Frédéric Foubert
Le Roi Soleil, c’est le nom d’un bar-tabac versaillais, situé près de l’ancienne demeure de Louis XIV. C’est là que commence l’action du film, au petit matin, dans ce rade banal où s’ébrouent déjà quelques clients : un urgentiste, un fêtard en pleine descente, deux flics sortant d’une nuit agitée… Et un vieil habitué des lieux, qui apprend sous les yeux de l’assemblée qu’il vient de gagner une fortune au Loto. A peine le temps d’encaisser la bonne nouvelle qu’il se fait braquer, puis tuer... Les témoins du drame réagissent en se disant qu’ils pourraient se partager le pactole, en réarrangeant un peu la vérité, comme on écrit un scénario… Voilà pour le point de départ du deuxième long de Vincent Maël Cardona, après Les Magnétiques, un film noir au confluent de Reservoir Dogs (pour les voyous pratiquant le storytelling en huis-clos), du Million de René Clair (pour le billet de tombola gagnant qui rend tout le monde dingo) et de Smoking/No Smoking (pour le jeu sur le « et si ? » et les divagations scénaristiques en arborescence). Passé la mise en place amusante, l’attachante ambiance PMU, et le casting de comédiens bien-aimés, le film finit malheureusement par se perdre dans ses ramifications alambiquées, de moins en moins crédibles au fil de la projection. On décroche définitivement au moment d’une longue digression karaoké, où Cardona tente en dernier recours de privilégier l’atmosphère sur la mécanique scénaristique. Mais c’est trop tard : un film sur l’art de (se) raconter des histoires aurait eu besoin d’un script au cordeau.