Shadowplay
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L'ambitieuse série de Måns Mårlind se poursuit ce soir sur Canal +. Le créateur suédois (The Bridge) nous raconte les coulisses de ce drama historique, qui explore avec une précision bluffante le Berlin dark et déchiré de 1946...

Vous êtes un auteur suédois, la série se passe en Allemagne, mais a été tournée en grande partie en langue anglaise, avec des Américains. Du coup, Shadowplay, c'est une série...
Måns Mårlind : On peut dire que c'est une série internationale ? (rires) Parce que 70% de la série est en anglais, mais il y a aussi du russe, de l'allemand. Après, le financement vient largement des Etats-Unis, dont je suppose que c'est fondamentalement une production américaine.

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire cette intrigue, située au milieu d'une page méconnue des livres d'Histoire, en 1946 ?
La première raison, c'est que c'est une période qui a été peu explorée dans le cinéma ou à la télévision. Et la ville de Berlin aussi a été peu explorée. On a vu des batailles de la Seconde Guerre mondiale, la Guerre Froide qui a suivi. Mais presque rien sur cette période précise, sur les conséquences directes de la défaite de l'Allemagne et les blessures que cela a généré. Mais en même temps, par extension, je voulais raconter une histoire de gens abîmés, qui ont envie de se racheter.



Ce que vous décrivez, c'est l'enfer sur Terre. Une période extrêmement sombre....
La série est moins sombre que ne le fût la réalité, en fait. Il y a plein de choses que j'ai choisies de ne pas raconter. Comme le cannibalisme. On dit souvent que l'après-guerre est presque plus dure que la guerre elle-même. Parce qu'il y a beaucoup de rage. Au bout du compte, je ne crois pas que Shadowplay soit une série aussi dark que ça... Pour tout dire, je fais des choses sombres, parce que j'adore montrer la lumière ! Je suis quelqu'un de très sentimental. Mais si vous racontez des choses belles, et simplement des choses belles, vous n'avez rien. Ou une histoire de Disney. Plus le décor est dur, rugueux, plus la beauté émerge. Plus elle est mise en valeur.

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Ce qui est passionnant dans Shadowplay, c'est la précision extrême du décor que vous peignez. Il a fallu énormément de travail en amont ?
Je n'ai jamais fait autant de recherches que pour cette série. En Allemagne, c'est encore un traumatisme. On ne peut pas débarquer là-bas et filmer comme ça. Il faut bien bosser le sujet avant. Parce qu'on se retrouve à parler à des gens qui sont encore affectés par cette période, par la Guerre, par l'image du Nazisme. Certes, tout ce qu'on raconte dans Shadowplay n'est que fiction. Les personnages sont inventés. Mais ce qui est réel, c'est qu'il y a vraiment eu 200 000 viols rapportés aux autorités de Berlin entre la fin de la Guerre, en mai, et l'été qui a suivi ! C'est complètement fou. A partir de là, j'ai imagine qui aurait pu avoir envie de profiter de cette situation tragique, puisqu'il n'y avait plus de pénicilline, pas d'avortement possible, pas de soins accessibles. Un méchant qui manipule et possède les femmes qu'il aide, et qui m'a été inspiré directement par les livres d'Histoire en fait.

Où a été tourné Shadowplay ? Comment vous avez fait pour recréer ce Berlin de 1946 ?
À chaque fois qu'on fait une série, on essaye de mettre le doigt sur le facteur X, le truc qui va vous faire chier. Pour Shadowplay, c'était clairement la ville de Berlin version 1946. Parce qu'elle n'existe plus du tout aujourd'hui. Le Berlin d'aujourd'hui est une ville moderne, en béton, qu'on voit dans les films sur la Guerre Froide. Elle ne ressemble plus du tout à celle de l'époque. Il a donc fallu tout recréer. D'autant que je suis pour le réalisme total et je déteste tourner en studio. Mais on a eu du bol : on a trouvé à Prague une ancienne usine désaffecté gigantesque, avec une architecture identique, un truc immense avec des rues et tout. L'endroit avait été complètement brûlé, détruit. Alors on a posé les caméras là. On a pu filmer à 360 degrés, et au bout de chaque rue, on avait installé des écrans verts géants, pour rajouter des effets CGI. La résultat donne une impression de réalisme brut, on sent la poussière, les débris. Ca marche vraiment bien.

Shadowplay
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Votre série est à la croisée de plusieurs genres. Vous diriez que c'est un drama historique ? Une série policière ? Un polar noir ?
J'ai employé la même technique que celle que j'ai utilisée pour écrire Jour Polaire et The Bridge. C'est-à-dire que je veux aborder une question politique, mais je la cache dans une histoire criminelle. Dans Jour Polaire, par exemple, je parlais de la manière horrible dont ont été traités nos indiens de Suède. Le sujet peut paraître un peu barbant de prime abord, mais si on l'inclut dans un « murder mystery », alors les gens écoutent et apprennent. Les éléments du thriller sont le moteur de l'histoire de Shadowplay. Mais ce moteur, comme souvent, n'est pas le centre de ce que je veux raconter. Ici, je veux parler d'Europe et de l'Europe d'aujourd'hui, de la période actuelle très dangereuse dans laquelle nous sommes. C'est ça le message. Un peu comme dans Inception en fait (rires) ! J'essaie de mettre des idées dans la tête des gens sans vraiment qu'ils s'en rendent compte...

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