Operations Brothers
Netflix

Le film porté par Chris Evans n’atteint pas des sommets.

Si Netflix sait miser sur des long-métrages ambitieux (Beast of no Nation, Aucun homme ni DieuThe Ballad of Buster Scruggs), voire carrément arty (Roma, le chef d’œuvre en noir et blanc d’Alfonso Cuaron), les films originaux du géant de la SVOD ont généralement une fonction plus terre à terre. Celle d’offrir un bon divertissement à ses abonnés avec des productions pas trop ampoulées qu’on regarde pour se détendre après une dure journée, attiré par un casting alléchant. Birdbox (avec Sandra Bullock), Bright (avec Will Smith), Triple Frontière (avec Ben Affleck et Oscar Isaac)… les exemples récents ne manquent pas.

Autant le dire tout de suite, Operation Brothers est à classer dans cette catégorie des DTN (Direct to Netflix). Projet sauvé des tiroirs de Fox Searchlight, avec un pitch promettant de l’aventure, qui plus est inspiré d’une histoire vraie (une mission de sauvetage de Juifs éthiopiens entre le Soudan et Israël dans les années 1980), et une distribution menée par Chris "Captain America" Evans, avec quelques têtes bien connues en renfort (Ben Kingsley, Michael K. Williams, Michiel Huisman), le long-métrage réunit tous les ingrédients du potentiel hit Netflix. Mais est-ce que ça donne un bon film ?


Ceux qui regarderont Operation Brothers pour prendre leur dose de Chris Evans, dont on ne sait pas si on le reverra dans le MCU après les évènements d’Avengers : Endgame, seront servis. Chris Evans est barbu et beau à tomber. Chris Evans abandonne sa fille pour sauver des enfants africains. Chris Evans est célibataire (sa femme l’a plaqué). Chris Evans fait des pompes et des tractions. Chris Evans défie sa hiérarchie. Chris Evans marche torse nu (pas rasé) sur "Just an Illusion" d’Imagination. Chris Evans fait des conneries mais il demande pardon après alors personne ne lui en veut parce que c’est Chris Evans. 

Chris Evans, en revanche, ne peut sauver le film de ses scories. Comme on pouvait le craindre, Operation Brothers met de côté le sujet principal de son histoire (les Juifs éthiopiens rapatriés en Israël), donnant trop peu de place aux réfugiés (menés par Michael K. Williams, qui lâche la meilleure réplique du film : "ce n’est pas une mission, c’est ma vie") et n’échappe pas au complexe du white savior (ce syndrome de l'Occidental qui pense que lui seul peut sauver le monde). Sans surprise, le film nous apprend d’ailleurs que le personnage d’Ari Levinson (Chris Evans) est motivé par les fantômes de son passé.

Operation Brothers aurait gagné à éviter certains clichés (la sempiternelle scène de recrutement), et aussi à éviter quelques fautes de ton. Notamment cette transition dérangeante entre une scène de rigolade et l’exécution de réfugiés à coup de balle dans la nuque. De fait, le film ne semble pas conscient de la gravité de son sujet. Et, contrairement au Argo de Ben Affleck, les séquences de tension tombent souvent à l’eau. Gideon Raff a pourtant été assistant de Doug Liman, un maitre du genre (Jason Bourne, The Wall). Mais c’était sur Mr. et Ms. Smith. Ceci explique sans doute cela.

Operation Brothers est donc au mieux un bon petit film, hanté parce qu’il aurait pu être. Dommage, car Chris Evans et son équipe de durs à cuire (dont un convaincant Alessandro Nivola) avaient sans doute mieux à nous offrir. 

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