Première
Lorsque le Débarquement est annoncé dans La Bataille de Gaulle d’Antonin Baudry, Winston Churchill demande dans une réplique tout à fait anodine si quelqu’un a vu son météorologue. Et cette phrase ne devait rien au hasard. Anthony Maras part de ce trou de souris, l’étire, et en tire Pressure, drôle de film qui présente la Seconde guerre mondiale depuis le point de vue d’un génie-météorologue qui ordonna l’envoi des Alliés en Normandie le 6 juin au matin. Tel un contrepoint aux grandes fresques habituelles, la représentation de ce conflit au cinéma entame une sorte de nouvelle ère où l’on s’intéresse plutôt à des acteurs auxiliaires de cette guerre, dans l’espoir d’atteindre une perception palpable de cette époque (La Zone d’intérêt, Notre Salut…). Pressure s’inscrit dans cette seconde catégorie, en ramenant ces enjeux mondiaux à quelques décisions concrètes, pesant lourd sur les épaules d’un banal météorologue (Andrew Scott). Mais si la portée matérielle du film amuse dans un premier temps (la pluie tombera-t-elle le 4 ou le 5 juin !!?), celle-ci trouve très vite ses limites. Le dilemme du météorologue est par exemple alourdi d’un pathos dégoulinant, entre sa femme qui lui manque et les militaires qui le méprisent. En somme, un petit objet qui sait faire la pluie ou le beau temps, mais qui ne rabattra pas les cartes du film sur la Seconde Guerre mondiale.
Nicolas Moreno