Arnold est une souris au chômage, mariée sans conviction, et persuadée que son monde n'est qu'un décor. Il n'a pas tort. Sa ville appartient à ALMA, mégacorporation qui administre le travail, les affects et jusqu'aux croyances de ses habitants. Diagnostic médical : déréalisation. Ordonnance : souris et tais-toi. Quatre ans après Unicorn Wars, Alberto Vázquez étire un court métrage de 2016 sur 95 minutes sans rien céder de sa férocité. Le Galicien planque toujours ses brûlots sous des fables animalières faussement mignonnes, et la direction artistique de José Luis Ágreda fait le reste : couleurs pop, aplats léchés, vide sidéral derrière la façade. Quelque part entre un Truman Show passé au vitriol buñuelien et Orwell relu par les frères Fleischer, le résultat est aussi drôle que dérangeant et l'orgie visuelle emporte tout. Primé à Annecy, le film confirme aussi que, après le boom des séries télés, l’Espagne vit peut-être sa Movida de l’animation.