Pour son premier doc, Antonin Peretjatko — réalisateur de comédies décalées (La Fille du 14 juillet…) — délaisse son terrain de jeu habituel pour plonger aux confins d’une Ukraine meurtrie. Loin du reportage conventionnel, son Voyage au bord de la guerre offre un regard d’artiste, profondément subjectif et très intime. Armé d’une caméra 16mm, il suit Andrei, réfugié en France qui décide de retourner à Lviv. Et cette odyssée va lui permettre de cartographier le désastre à travers des rencontres bouleversantes. Sur la route, il y aura Ihor ayant fui Kharkiv bombardée, Ruslan racontant l’horreur de Boutcha, ou Ella, poète d’Irpin…. La force du film réside dans sa capacité poétique à faire résonner des détails apparemment anodins, mais qui mis bout à bout deviennent profondément révélateurs. Car ce que Peretjatko dévoile c’est cet étrange mélange de joie et de tristesse qui habite les survivants, et qui prouve que la vie s’obstine. Malgré tout.