Toutes les critiques de The Drama

Les critiques de Première

  1. Première
    par Frédéric Foubert

    Pour ne pas trop gâcher la surprise, disons simplement que le drame au cœur de The Drama permet à Borgli de poursuivre une interrogation qui rôdait déjà dans Dream Scenario (film dans lequel un prof lambda joué par Nicolas Cage se mettait à apparaître dans les cauchemars de tout un chacun), et qu’on pourrait résumer ainsi : "peut-on être condamné pour ses pensées ?". Voilà pour le sujet philo, qui s’articule ici non pas dans une forme flirtant avec le fantastique (l’option Dream Scenario) mais dans une déconstruction de la rom-com, voire de la comédie du remariage, genre hollywoodien antédiluvien que Borgli plonge dans le chaudron de quelques-unes des conversations contemporaines les plus brûlantes, faisant s’immiscer le thème de la cancel culture jusqu’aux conversations sur l’oreiller – car la question qui agite ici le personnage de Pattinson, au fond, n’est rien moins que la "cancellation" de sa propre histoire d’amour.

    Le pitch est séduisant, le talent des interprètes franchement époustouflant (Pattinson est assez génial dans la comédie du malaise, notamment dans cette scène où il se révèle incapable de sourire sur des photos censées exprimer la félicité conjugale), mais le petit problème de The Drama est qu’il a malheureusement un peu de mal à tenir la distance, comme s’il se reposait trop sur l’effet de stupeur provoqué par son terrible secret.

    Le film est organisé selon un crescendo censé nous emporter toujours plus loin dans la gêne et le chaos, mais la mécanique comique n’est pas ici extraordinairement bien huilée, Borgli se mettant dans le dernier acte à utiliser des ficelles un peu usées de comédie de mariage (pas de re-mariage, là, de mariage tout court, genre Le Sens de la fête), avec DJ embarrassant, discours cringe et pétage de plomb généralisé. Autant de moments où on se dit que, sur un sujet pareil, Larry David aurait expédié un excellent épisode de Curb your enthusiasm en trente minutes montre en main. The Drama retombera néanmoins brillamment sur ses pattes, dans une scène finale en forme de cerise sur le gâteau (de mariage), où Borgli s’ouvre in extremis de nouveaux horizons, au-delà de son talent de satiriste narquois. Maître Östlund appréciera-t-il ?