Dès le premier plan de Sur la route d'Omaha, c’est toute la fragilité de l’Amérique des losers qui nous saute à la gueule. Un père réveille ses enfants à l'aube. Il jette les fringues nécessaires dans une valise improvisée et se précipite dans une vieille bagnole. Destination ? Inconnue. A partir de là, Cole Webley filme leur road trip comme une fuite en avant où chaque station-service, chaque motel miteux devient le théâtre d'un drame intime sur fond de crise éco. John Magaro compose un père au bord du gouffre avec une vérité bouleversante. Son visage défait, sa tendresse désespérée pour sa fille Ella (fantastique Molly Belle Wright) et le petit Charlie rappellent les grands films sur les perdants. On navigue à mi-chemin entre le Wendy and Lucy de Kelly Reichardt et l'humanisme brut de The Rider.
Et le récit avance de manière subtile : on devine avant de comprendre, on pressent la tragédie sans jamais sombrer dans le misérabilisme… Pareil pour la photo, dont la beauté âpre paraît presque documentaire. C’est dans ce refus du pathos que le film trouve sa vraie force : les moments de grâce côtoient l'angoisse sourde de la catastrophe annoncée. En 83 minutes, Sur la route d'Omaha s'impose comme un beau film sur la paternité en temps de crise - sensible, déchirant, et d'une rare justesse émotionnelle.