Toutes les critiques de Soudain (2026)

Les critiques de Première

  1. Première
    par Thomas Baurez

    C’est peu dire que les personnes âgées sont invisibilisés au cinéma. Placer son intrigue quasi exclusivement dans un Ehpad parisien comme le fait ici le Japonais délocalisé Rysuke Hamaguchi (Drive my car) est en cela un geste fort. Plus fort encore est d’en faire un lieu utopique où prendre soin de l’autre serait une façon de réenchanter un monde meurtri par notre égoïsme. Virginie Efira incarne la directrice d’un établissement aux méthodes expérimentales. Elle met en place le programme « Humanitude » autour du concept philosophique prônant « la capacité d’un être humain à prendre conscience de son appartenance à l’espèce humaine comme membre à part entière. » Face au scepticisme de sa direction et de certains collègues, elle vante les quatre piliers de cette sagesse : regard, parole, toucher et verticalité. Par la douceur de sa mise en scène ultra-précise sans être surplombante, Hamaguchi s’approprie l’espace sans verser dans l’exotisme béat. Le cinéaste est rivé à ses interprètes, épouse leurs rythmes, leurs battements de cœur, écoute leurs pensées à l’épreuve de leurs propres discours. Virginie Efira qui a partagé son Prix d’interprétation féminine cannois avec sa partenaire Tao Okamoto, passe du français au japonais avec un aisance déconcertante. On pensera ce qu’on voudra de ce nouveau long de l’auteur japonais, sachez qu’il parvient au bout de deux heures à nous scotcher avec une partouze « de pieds » où des personnes âgées majoritairement séniles retrouvent un apaisement en frottant les orteils de son voisin. Pour arriver à cet hédonisme sénior absolument revigorant, il aura fallu intégrer la logique d’un film à cheval entre Lelouch et Bourdieu où les bons sentiments se lovent dans une conscience politique aigüe du monde. Surprenant on vous dit.