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Sam Raimi est-il fan de Ruben Östlund ? On peut se poser la question devant Send Help, qui ressemble à une régurgitation de Sans Filtre, la Palme d’or du trublion suédois, revue et corrigée façon série B horrifique. Vision caustique de la lutte des classes, inversion des rapports de force entre dominants et dominés à l’occasion d’un voyage qui tourne mal, robinsonnade mâtinée de misanthropie… Les échos sont nombreux entre les deux films, jusqu’aux éclaboussures de vomi qui les parsèment.
Du Östlund pop-corn ? Le programme n’est pas plus bête qu’un autre. C’est en tout cas celui qu’a choisi Sam Raimi pour revenir à un cinéma a priori plus offensif et déconnant, une formule qui lui va a priori mieux au teint que les films de commande au service de la grosse machinerie Disney qu’il a usinés ces dernières années – ses deux derniers films en date étaient un prequel du Magicien d’Oz (Le Monde fantastique d’Oz, 2013) et une suite de Doctor Strange (Doctor Strange in the Multiverse of Madness, 2022).Dès le début, pourtant, on sent que quelque chose cloche, que l’ex-sale gosse n’est pas complètement à son aise dans le registre de la satire sociale. Rachel McAdams joue Linda, une employée de bureau mal dans sa peau, mal fagotée, constamment humiliée par ses collègues et ses supérieurs, et qui n’a pour seul ami dans la vie que son animal de compagnie. On devrait sourire et s’attendrir, comme si on faisait connaissance avec une petite sœur de Peter Parker, mais le ton est tellement lourd, la caricature tellement appuyée, qu’on comprend instantanément que le film va peser trois tonnes.
Cette pauvre Linda va ensuite se retrouver, à la faveur d’un crash d’avion, coincée sur une île déserte en compagnie de son connard de patron (Dylan O’Brien). C’est le moment où les rapports hiérarchiques s’inversent : il est blessé et incapable de faire quoi que ce soit de ses dix doigts, elle est taillée pour la survie après avoir passé sa vie à rêver de participer à Koh-Lanta. Le boss toxique se retrouve en bas de l’échelle sociale, quand Linda, elle, va pouvoir lui enseigner les vertus du travail d’équipe. A moins qu’elle ne profite de la situation pour se venger de toutes ces années d’humiliation ?
C’est, donc, The Office qui rencontre Duel dans le Pacifique. Marrant sur le papier, mais assez inopérant dans les faits, Sam Raimi semblant toujours hésiter devant le film qu’il veut faire. Les embardées gore sont ainsi systématiquement désamorcées, court-circuitées, jamais menées à leur terme, et ne fonctionnent que comme des récréations inoffensives au sein d’une satire elle-même assez attendue, dont la petite musique misanthrope n’est même pas dérangeante, juste mécanique. Quant aux clins d’œil autoréférentiels qu’adresse Raimi à son glorieux passé horrifique, ils donnent l’impression d’être en train d’assister au come-back d’un vieux rocker rejouant mollement ses greatest hits.
Seule l’énergie démentielle de Rachel McAdams, sa capacité de passer de la candeur à la folie douce en un battement de cils, permet de faire tenir l’édifice. Tout ça est d’autant plus dommage qu’il y a dans le film une scène assez géniale : celle du crash, à la fois terrifiante et hilarante, qui parvient à encapsuler en une poignée de minutes tout le propos de Send Help sur la dimension proprement cauchemardesque du darwinisme social. Mais ce ne sera sans doute pas suffisant pour consoler le fan-club, qui voit dans le titre même du film le SOS d’un cinéaste en panne d’inspiration.
Send Help

