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C’est un visage et une faconde qu’on a découvert en 2024 lors d’une manifestation du monde agricole et qu’on retrouve à chacun de leurs combats. Mais de Jérôme Bayle, éleveur de Haute-Garonne qui a repris la ferme familiale, au fond, on ne sait rien. Et Edouard Bergeon (Au nom de la Terre), lui- même fils d’agriculteurs a donc eu envie de le raconter en profondeur. Il l’a suivi au coeur des mouvements qu’il organise, de ses rencontres avec les politiques mais surtout dans son quotidien d’agriculteur, sa relation avec sa mère et une femme divorcée venue s’installer dans ce coin de France avec ses enfants à qui Bayle va transmettre sa passion. Mu par une empathie qui ne vire jamais à l’hagiographie, Rural dresse le portrait d’un homme libre et donc craint et respecté par les politiques car impossible à ranger sous une quelconque bannière. Une liberté que même Emmanuel Macron apprend à ses dépens quand au petit jeu du serrage de mains où il excelle, on le voit déconcerté quand Bayle ne lâche pas l’étreinte tout en le fixant dans les yeux. Au point qu’il se met soudain à le vouvoyer. Cette scène symbolise ce que réussit ici Bergeon. Aller au-delà d’une lecture idéologique pour privilégier l’humain. Et ce toujours à bonne distance, y compris dans les moments poignants où Bayle évoque le suicide de son père. Dommage qu’une musique omniprésente vienne trop appuyer ce qui est dit ou suggéré.


